Washington et Pékin se chercheront des alliés dans leur rivalité

La défaite de Donald Trump en novembre et son remplacement par Joe Biden dans moins de deux semaines devraient conduire à un changement profond d’attitude de la part des États-Unis.
Photo: Angela Weiss Agence France-Presse La défaite de Donald Trump en novembre et son remplacement par Joe Biden dans moins de deux semaines devraient conduire à un changement profond d’attitude de la part des États-Unis.

Le départ de Donald Trump ne mettra pas un terme à la rivalité entre les géants américain et chinois. Mais elle prendra, peut-être, une forme plus complexe et plus organisée.

Après l’enfer que la pandémie de COVID-19 a infligé à la planète en 2020, il est facile d’oublier que l’année d’avant avait été la pire qu’avait connue l’économie mondiale depuis la crise financière de 2007-2009. L’une des principales causes de ce passage à vide avait été toutes ces guerres économiques lancées par le président américain sur de multiples fronts, notamment contre l’autre grande puissance mondiale, la Chine, mais aussi contre les principaux alliés et partenaires des États-Unis ainsi que contre les institutions et règles internationales qu’ils avaient bâties ensemble en trois quarts de siècle.

La défaite de Donald Trump en novembre et son remplacement par Joe Biden dans moins de deux semaines devraient conduire à un changement profond d’attitude de la part des États-Unis, rapportent les observateurs, mais pas à ce qu’ils enterrent la hache de guerre contre la Chine. Le futur président démocrate a longtemps été convaincu, comme les autres leaders occidentaux, que la meilleure façon d’amener la puissance émergente à se rapprocher des grands principes de l’économie de marché, de la règle de droit et peut-être même des valeurs démocratiques n’était pas de l’isoler, mais de l’intégrer de plus en plus étroitement dans des marchés et des institutions dont les règles ont été fixées par les économies libérales, tout en maintenant la pression.

Le durcissement du régime chinois, les quatre ans de guerre des mots et des tarifs menée par Donald Trump et l’hostilité grandissante des élus et de la population de gauche comme de droite aux États-Unis ont convaincu Joe Biden, ces derniers mois, de continuer de présenter la Chine comme une rivale. Il ne ferme toutefois pas la porte à une coopération entre les deux pays sur certains enjeux, comme la lutte contre les changements climatiques, rapportait The Economist au mois de novembre.

L’union fait la force

C’est dans la manière de mener son combat que Biden se démarquera le plus de son prédécesseur, expliquait mercredi le Wall Street Journal. Plutôt que de continuer à jouer solo, les États-Unis se referaient le champion d’une approche multilatérale en en appelant notamment à la création d’un Sommet des démocraties destiné à « présenter un front uni d’amis et de partenaires contre les comportements abusifs de la Chine ». Il sera beaucoup plus difficile, à cette dernière, d’ignorer la voix de pays représentant ensemble 60 % de l’économie mondiale que celle des États-Unis qui ne comptent que pour le quart, font valoir les conseillers de Biden. Washington essaiera aussi de créer d’autres regroupements plus petits autour d’enjeux plus spécifiques, comme la course à la domination de la prochaine génération de technologies de télécommunication et d’intelligence artificielle.

Les Américains ne devront toutefois pas s’étonner si leur appel à la solidarité suscite des réserves. Leurs habituels alliés européens, japonais, canadien ou australien n’oublieront pas de sitôt comment les États-Unis leur ont tourné le dos et s’en sont même directement pris à eux au cours des quatre dernières années. L’Union européenne a d’ailleurs conclu, dans le temps des Fêtes, un accord sur les investissements avec la Chine, qui ne règle pas la plupart des problèmes de fond qu’on lui reproche, mais qui témoigne de la volonté des Européens de garder leurs options ouvertes.

Coucou, c’est nous !

Puis, il n’y a pas que Joe Biden qui a compris que l’union fait la force. Pékin a présidé, en novembre, à la signature du Partenariat régional économique global, un traité de libre-échange regroupant 15 pays comptant pour presque le tiers de la population et de l’économie mondiales et auquel se sont notamment joints des alliés des États-Unis, comme le Japon, la Corée du Sud et l’Australie. Le président chinois, Xi Jinping, a poussé l’audace jusqu’à dire qu’il envisageait d’adhérer au Partenariat transpacifique global et progressiste, une entente commerciale regroupant 11 pays, dont le Canada, et concoctée à l’origine par le président américain Barack Obama pour faire obstacle à la Chine en ancrant les normes économiques américaines dans la région, mais que les États-Unis ont quittée aussitôt que Donald Trump a mis le pied à la Maison-Blanche.

Les Occidentaux devront démontrer beaucoup plus d’ambition et de constance dans leurs actions face à la Chine pour la convaincre d’adopter des comportements plus en accord avec leurs valeurs, disait au Devoir, il y a un an, le grand expert français de la Chine Jean-Philippe Béja. Quant aux Américains, ils devront se faire une raison et accepter que la Chine est là pour de bon et qu’ils n’exercent plus sur le monde le même pouvoir hégémonique qu’auparavant, écrivait la semaine dernière le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz sur le site Internet d’analyse Project Syndicate. « La seule façon d’aller de l’avant consiste à mettre en œuvre un multilatéralisme véritable, au sein duquel l’exception américaine serait subordonnée de manière authentique à des intérêts et des valeurs communs, à des institutions internationales, ainsi qu’à une forme d’État de droit à laquelle les États-Unis ne sauraient faire exception. »

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