Un nouveau confinement inquiétant pour l’économie québécoise

Les propriétaires de pharmacies sont plutôt satisfaits de ne pas avoir de limitation de leurs heures d’ouverture. Le contexte économique reste quand même difficile pour ces commerçants, puisque la clientèle ne pourra toujours pas y magasiner de produits jugés non essentiels, sauf en mode «commandes préparées d’avance par téléphone».
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les propriétaires de pharmacies sont plutôt satisfaits de ne pas avoir de limitation de leurs heures d’ouverture. Le contexte économique reste quand même difficile pour ces commerçants, puisque la clientèle ne pourra toujours pas y magasiner de produits jugés non essentiels, sauf en mode «commandes préparées d’avance par téléphone».

Le confinement prolongé et le couvre-feu imposé par le gouvernement Legault auront des conséquences sur de nombreux secteurs de l’économie québécoise. Tour d’horizon des réactions du milieu des affaires face à ce « traitement choc ». 

Épiceries

Les épiceries, qui devront fermer à 19 h 30, se dirigent vers un branle-bas de combat pour refaire les horaires de tous leurs employés. « Est-ce qu’on va pouvoir réaffecter notre personnel de soir à d’autres heures ? » se demande Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ).

M. Blouin s’attend par ailleurs à un retour des files d’attente devant les épiceries, afin de respecter leur capacité d’accueil quand la même clientèle se bousculera lors d’heures d’ouverture réduites. « On espère que les gens pourront déplacer leurs habitudes d’achat. Si une personne peut prendre une heure dans sa journée de télétravail pour faire son épicerie plutôt que de venir le samedi après-midi, ça va faire une différence pour que tout le monde ait accès au service. On demande aussi à ce qu’une seule personne par famille se présente en magasin », dit-il.

Le président de la Fédération du commerce-CSN, qui représente notamment des employés des marchés d’alimentation, est inquiet. « Avec cet achalandage, la clientèle a tendance à être désagréable avec les employés », souligne David Bergeron-Cyr, qui demande par ailleurs le retour d’une prime COVID pour les travailleurs.

Pharmacies

Les propriétaires de pharmacies sont plutôt satisfaits de ne pas avoir de limitation de leurs heures d’ouverture. « C’est une bonne nouvelle pour la population, qui continuera d’avoir accès aux services des pharmaciens, alors que l’accès aux soins est plus difficile », juge Benoît Morin, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP).

Le contexte économique reste quand même difficile pour ces commerçants, puisque la clientèle ne pourra toujours pas y magasiner de produits jugés non essentiels, sauf en mode « commandes préparées d’avance par téléphone ». De plus, comme la clientèle ne pourra se promener librement après 20 h, ils peuvent s’attendre à une baisse d’achalandage en soirée. Dans ce contexte, certaines pharmacies pourraient volontairement réduire leurs heures d’ouverture, selon l’AQPP et l’Association des bannières et des chaînes de pharmacies du Québec.

Détaillants

Les détaillants de produits non essentiels, qui étaient déjà fermés depuis le 25 décembre, devront maintenir leurs portes jusqu’au 8 février. À la différence des dernières semaines, la « cueillette à la porte » sera permise pour tous les commerces, ce qui n’était pas le cas dans les dernières semaines. C’est « un minimum », soutient en entrevue Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), qui craint que le prolongement des fermetures ait « un impact majeur sur la survie » des détaillants québécois. « [La cueillette à la porte] va permettre aux petits commerçants d’être plus compétitifs — souvent, ils le sont moins au niveau des frais de transport — donc ça va leur permettre de faire des ventes et d’être un peu plus profitables », ajoute-t-il.

Un soulagement que partage François Vincent, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). « Les Québécois vont pouvoir continuer de prioriser leurs commerces de quartier plutôt que les géants du Web », souligne-t-il, ajoutant néanmoins qu’il faudra bonifier les programmes d’aide pour les petites et les moyennes entreprises (PME) qui sont frappées de plein fouet par cette nouvelle vague de fermetures.

Soins personnels

Les salons de coiffure, comme les autres types de soins personnels tels que les spas ou les salons esthétiques, devront encore rester fermés. « C’est un coup dur. C’était déjà dur de rattraper les pertes subies lors de la fermeture du printemps dernier. En fermant de nouveau un mois, les pertes ne font qu’augmenter » déplore Catia Correia, copropriétaire du salon de coiffure Artof à Montréal. « On a mis tout en place pour assurer le respect des mesures sanitaires. Il y a des coûts importants associés à ça », ajoute-t-elle. Comme au printemps, il faudra reporter les réservations des clients et jongler avec l’incertitude du délai de fermeture, souligne Mme Correia.

Secteur manufacturieret construction

Contrairement au bruit qui courait dans les derniers jours, le secteur manufacturier et celui de la construction pourront rester ouverts, mais ils devront rouler au minimum. « On demande de reporter la production de tout ce qui n’est pas essentiel. Par contre, ils peuvent continuer d’opérer pour ce qui [l’est] » a précisé le premier ministre Legault. Comment déterminer les productions « essentielles » de celles qui ne le sont pas ? « On l’a fait au printemps. Il y aura des discussions entre la Santé publique, les compagnies et la CNESST », a expliqué en anglais le premier ministre Legault en fin de point de presse. Dans un communiqué diffusé en soirée, le gouvernement mentionne qu’il y aura « obligation de télétravail lorsque [c’est] possible et ajustement des quarts de travail pour limiter les présences sur les sites de production et de construction au même moment ».

La présidente-directrice générale des Manufacturiers et exportateurs du Québec pousse un soupir de soulagement. Selon son interprétation, il reviendra à chaque entreprise de déterminer comment elle peut réduire sa production sans mettre sa viabilité en péril.

Questionné par rapport aux éclosions en milieu de travail, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a expliqué qu’il faudra « raffermir les mesures à l’intérieur des entreprises ». Il a ajouté que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) serait mise à contribution afin de s’assurer que, « sur tous les sites », les mesures soient bien suivies par les employeurs.

Cela correspond d’ailleurs à une demande de la Fédération de l’industrie manufacturière — CSN, qui réclame que le gouvernement renforce les contrôles et prévoit des amendes dissuasives pour les quelques employeurs fautifs.

Restaurants

Pour les restaurants, la fermeture prolongée d’un mois est une autre tuile. « Le sacrifice qu’on a fait, six mois de fermeture en 2020, est déjà catastrophique. Ça met en relief que les programmes gouvernementaux sont insuffisants », affirme le vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec, François Meunier. Il réclame un programme d’aide financière directe, en fonction de la baisse du chiffre d’affaires des restaurants.

Par ailleurs, le couvre-feu qui forcera l’arrêt de leur service de plats pour emporter à 19 h 30 risque aussi de les priver de certaines ventes. M. Meunier se console avec le fait que les livraisons de repas à domicile pourront, elles, se poursuivre en soirée.  

Secteur culturel

Côté culture ? La nouveauté, c’est la réouverture des bibliothèques municipales à partir du 11 janvier « pour raisons scolaires », a précisé le ministère de la Santé. Pas question d’aller y bouquiner ; seuls les prêts sans contact de livres, films, disques, jeux de société et autres documents pourront s’y faire. Mais ce changement va permettre aux étudiants d’utiliser les ordinateurs et qui s’y trouvent, et d’avoir un lieu calme où étudier. Les théâtres, cinémas et musées demeurent fermés. Est-ce que le travail de création en arts vivants dans les studios, qui pouvait se poursuivre jusqu’ici, devra cesser samedi ? Non. Les tournages, les répétitions et les captations de spectacle peuvent se poursuivre, indique le ministère, s’ils respectent les mesures. Une inquiétude tenaillait certains éditeurs hier, qui se demandaient si les imprimeries resteraient ouvertes. La consigne pour les imprimeries est une « réduction des activités au minimum pour assurer la réalisation des engagements actuels et permettre la relance après le confinement », qui laisse l’interprétation ouverte.

Catherine Lalonde


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