Air Canada: rendez-vous dans un mois

Air Canada convie maintenant ses créanciers non garantis à se prononcer sur l’arrangement proposé.
Photo: Agence Reuters Air Canada convie maintenant ses créanciers non garantis à se prononcer sur l’arrangement proposé.

Dans un mois précisément, Air Canada pourrait respirer beaucoup mieux.

Après les soubresauts syndicaux de la dernière semaine, l'entreprise vient finalement de franchir une étape majeure, livrant à ses créanciers non garantis les documents officiels qui les convient le 17 août à l'hôtel Reine-Elizabeth, où ils feront escale le temps de se prononcer sur l'arrangement que leur propose le transporteur.

Les agents de bord de son transporteur régional Jazz, les derniers employés syndiqués à ne pas avoir ratifié l'entente sur des concessions additionnelles qu'exigeaient les bailleurs de fonds d'Air Canada, ont finalement donné leur feu vert jeudi soir après que le syndicat eut prolongé la période de scrutin d'une semaine.

Forte de cette ultime bénédiction, Air Canada affirme avoir «satisfait la condition préalable du contrat d'achat garanti de la Deutsche Bank et de l'accord de restructuration globale avec GE Capital Services d'Aviation».

En termes plus simples, la Deutsche Bank a offert de garantir une émission de droits jusqu'à 850 millions de dollars. Pour sa part, GE Capital lui allongera un financement de 585 millions à sa sortie de la protection judiciaire contre les créanciers et une autre tranche de 950 millions $US pour le financement de nouveaux biréacteurs régionaux.

Pour y avoir droit, Air Canada a jusqu'au 30 septembre pour s'affranchir de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, un objectif qu'a une fois de plus répété hier matin le président et chef de la direction, Robert Milton.

«C'est finalement la lumière au bout du tunnel», a estimé hier Karl Moore, professeur de gestion à l'université McGill, qui suit de très près l'industrie aérienne. «Même si Air Canada doit encore obtenir l'accord des créanciers, à ce moment-ci ça semble être une formalité.»

Air Canada propose à ses créanciers non garantis un règlement leur promettant entre 6 ¢ et 9 ¢ par dollar réclamé, tout dépendant du montant total des créances avérées qui pourraient varier entre 10 et 15 milliards de dollars.

«Il serait très surprenant de voir les créanciers rejeter ce plan. Sinon, ils risquent de voir la compagnie passée à la liquidation, un résultat qui ne leur laisserait presque rien entre les mains. Or, en vertu de ce que leur propose Air Canada en ce moment, ils obtiennent des actions d'une entreprise renaissante, et c'est là la solution la plus attrayante», a ajouté M. Moore.

WestJet et Jetsgo foncent toujours

Si les cieux se dégagent, ils n'appartiennent pas qu'à Air Canada, qui a vu au fil des ans ses parts de marché se faire gruger, notamment par le très agressif WestJet, de Calgary. Le transporteur montréalais contrôlait 80 % du marché intérieur avant l'acquisition de Canadian en 2000, ce qui aujourd'hui tourne autour de 55 % ou 60 %, le reste étant passé du côté des transporteurs à rabais.

Mais WestJet a aussi ses propres préoccupations. Les allégations d'espionnage industriel dont fait l'objet la compagnie dans une poursuite intentée par Air Canada ont de nouveau défrayé la manchette cette semaine.

Le vice-président de la planification stratégique et cofondateur de WestJet, Mark Hill, a démissionné mercredi soir en disant qu'il en était du meilleur intérêt de la compagnie. Air Canada le soupçonne d'avoir obtenu des informations confidentielles (et de nature concurrentielle) à l'aide d'un mot de passe permettant d'accéder au site Web des employés de l'entreprise montréalaise.

«WestJet maintient catégoriquement que les renseignements obtenus par M. Hill du site Web d'Air Canada n'étaient ni confidentiels ni utiles à WestJet à tous égards», a indiqué la compagnie.

M. Moore croit toutefois que cela pourrait refroidir les ardeurs de WestJet, mais à peine. «Ils seront peut-être un peu moins dynamiques, mais ils vont continuer de prendre de l'expansion aux États-Unis et au Canada tout en arrachant des parts de marché à Air Canada.»

Nouveaux vols

JetsGo a elle aussi de l'ambition, ayant annoncé mercredi de nouveaux vols entre Edmonton et Vancouver, de même qu'entre Toronto et New York. Résultat, les analystes s'attendent à ce qu'Air Canada mise de plus en plus sur les vols de longue haleine et très rentables à destination de l'Asie, de l'Europe et de l'Amérique latine.

Air Canada a d'ailleurs dévoilé mardi à Toronto un de ses nouveaux appareils A340-500 d'Airbus qu'elle entend mettre en service le mois prochain pour des vols s'allongeant sur près de 14 000 kilomètres à destination de Hong Kong.

En ce qui concerne une liquidation, peu probable selon M. Moore, WestJet pigerait peut-être quelques avions mais jouerait de prudence en raison de l'impact qu'une expansion trop rapide pourrait avoir sur ses finances.

«De plus, si vous êtes WestJet, vous ne voulez pas embaucher tous les employés d'Air Canada. Pourquoi prendre le risque d'avoir les mêmes maux de tête dont a souffert Air Canada avec les syndicats et les salaires que représente son héritage? La culture de WestJet est trop différente.»