L'inflation est demeurée stable en juin

Aucune surprise hier dans les données portant sur l'inflation en juin. Les consommateurs ont payé leurs biens et services 2,5 % plus cher que l'an dernier à pareille date, une augmentation identique à celle du mois de mai, qui continue de s'expliquer en bonne partie par le niveau élevé des prix de l'énergie.

Les prix ont par ailleurs grimpé de 0,1 % de mai à juin, a indiqué Statistique Canada, une croissance moins forte que la progression impressionnante de 0,9 % en mai. C'est parce que les prix de l'essence, bien qu'ils aient bondi d'une année à l'autre, ont en fait reculé au cours du mois dernier.

Au Québec, l'inflation s'est aussi élevée à 2,5 % par rapport à l'an dernier, mais sur une base mensuelle les prix ont diminué de 0,1 %.

Bref, ont estimé les économistes, pour l'instant tout va bien, car l'inflation sur un an se situe toujours à l'intérieur des balises de 1 % à 3 % que préconise la Banque du Canada. Mais il faudrait rester vigilant, ajoutent-ils, puisque plusieurs facteurs suggèrent que l'économie reprend du poil de la bête et que les prix pourraient grimper encore plus vite si la banque centrale n'intervenait pas.

En effet, la création d'emplois se fait vigoureuse au Canada et l'économie américaine, pour sa part, se raffermit sans cesse, si bien que la Réserve fédérale américaine a elle-même procédé à une hausse des taux le mois dernier.

Hausse des taux en septembre

La morale: la banque centrale canadienne n'aura d'autre choix que d'augmenter ses taux d'intérêt afin de réduire les stimulants à l'investissement, ce qui contribuerait entre autres, au bout de 9 à 12 mois, à ralentir la croissance des prix.

Le fera-t-elle la semaine prochaine, lors de sa réunion prévue mardi matin? Il semblerait que non.

«Toutefois, a écrit Valeurs Mobilières Desjardins dans une note de recherche, la Banque du Canada pourrait profiter de cette occasion, et de la publication deux jours plus tard de la mise à jour du Rapport sur la politique monétaire, pour durcir son message et préparer les marchés financiers à des hausses prochaines de taux, soit dès le début de l'automne.»

Quant à la Financière Banque nationale, elle prévoit elle aussi une hausse des taux lors de la réunion du 8 septembre, lesquels passeraient ainsi de 2 % à 2,25 %.

«Ils ne bougeront probablement pas mardi, mais ils vont peut-être annoncer leurs couleurs, à savoir qu'ils seront plus vigilants au cours des prochains mois. Ils pourraient aussi introduire quelque chose s'apparentant à un biais de resserrement», a dit Stéfane Marion, économiste en chef adjoint à la Financière Banque nationale. «Et jeudi [lors de la mise à jour du Rapport sur la politique monétaire], ils réviseront sûrement à la hausse leurs prévisions de croissance économique.»

Dans ses dernières prévisions faites en avril, la banque centrale tablait sur une croissance économique de 2,75 % cette année et de 3,75 % l'an prochain.

Outre l'essence, l'agence statistique fédérale a imputé l'inflation du mois de juin au coût de remplacement du propriétaire (c'est-à-dire la portion usée de la structure des logements), aux cigarettes, aux frais de scolarité et aux primes d'assurance des propriétaires.

Parmi les facteurs baissiers: le matériel et les fournitures informatiques, la location à bail de véhicules automobiles, les légumes frais et l'hébergement pour voyageurs.

Le prix inférieur des légumes frais serait attribuable à une meilleure récolte que l'an dernier. Ainsi, le prix de la laitue a baissé de 27 % de juin 2003 à 2004, et celui des pommes de terre, de 18 %.

À l'exclusion des prix de l'énergie, l'inflation en juin était de 1,6 % par rapport à l'an dernier. En mai, ce taux a été de 1,3 %. Ce recul s'explique notamment par le fait que les prix de l'essence en juin étaient de 24,5 % supérieurs à ceux de juin 2003. En mai, cette progression s'est chiffrée à 30,3 %.

Et si l'on exclut les huit composantes les plus volatiles telles que définies par la Banque du Canada, l'inflation sur un an en juin a été de 1,7 %, contre 1,5 % le mois précédent.

Au sud de la frontière, le gouvernement américain a lui aussi dévoilé hier les données de l'inflation pour le mois de juin. Les prix dans leur ensemble ont ainsi grimpé de 3,3 % sur un an, un sommet depuis mai 2001, et de 0,3 % sur un mois.

À l'exclusion des prix les plus volatils, l'inflation sur un an ressort à 1,9 % et celle sur un mois à 0,1 %, son plus faible taux de l'année.

Les fed funds (qui servent de référence à la Réserve fédérale américaine, tout comme le taux directeur canadien) sont actuellement de 2,25 %, après la hausse de 25 points de base annoncée le 30 juin dernier.