Quel effet aura l’embellie boursière de la fin 2020?

Le salaire du président d’Enbridge, Al Monaco, s’élevait à près de 1 600 000$ en 2019, sans compter les avantages marginaux.
Photo: Jeff McIntosh Le Presse canadienne Le salaire du président d’Enbridge, Al Monaco, s’élevait à près de 1 600 000$ en 2019, sans compter les avantages marginaux.

La rémunération moyenne des 100 dirigeants les mieux rémunérés au Canada a de nouveau été plus de 200 fois supérieure à celle du travailleur moyen en 2019, a souligné lundi le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) en estimant que le regain boursier de la deuxième moitié de 2020 pourrait non seulement maintenir le niveau salarial de ce groupe sélect, mais contribuer à l’augmenter davantage.

Les membres du groupe des 100 ont gagné en moyenne 10,8 millions en salaires et avantages au cours de 2019, ce qui constitue une baisse par rapport au record de 11,8 millions établi en 2018, une année marquée par des indemnités de départ importantes qui ont influencé le résultat final.

Le ratio est passé de 197 en 2017 à 227 en 2018, puis s’est replié à 202 en 2019.

Cela dit, a indiqué le CCPA, dont le rapport publié une fois l’an se base sur les données provenant des circulaires envoyées par les entreprises à leurs actionnaires, la tendance générale semble être à la hausse : pour accéder au plus bas échelon du classement, il fallait gagner au moins 6,3 millions en 2019, comparativement à 6,1 millions l’année précédente.

Au sommet du classement se trouve José Cil (27,4 millions), chef de la direction de Restaurant Brands International, une société inscrite aux Bourses de New York et de Toronto qui contrôle Burger King et Tim Hortons. Suivent Donald Walker (le fabricant de pièces automobiles Magna International, 24,1 millions), Dennis Mark Bristow (Barrick Gold, 23 millions), Joseph C. Papa (Bausch, 22,7 millions) et Geoffrey T. Martin (spécialiste de l’emballage et d’étiquettes CCL Industries, 19,8 millions).

Selon le CCPA, 36 des 100 dirigeants étaient aux commandes d’entreprises qui, une fois la pandémie arrivée en 2020, ont eu recours à la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC). Les données de rémunération pour 2020 ne sont pas encore connues, car les circulaires de la direction ne sont envoyées qu’en prévision des assemblées d’actionnaires, ce qui surviendra dans les prochains mois.

« Il y aura certainement des entreprises qui, sans changement aux règles, auront distribué des primes aux dirigeants tout en recevant la subvention salariale », a dit en entrevue l’économiste principal du CCPA, David Macdonald. « Dans d’autres pays, les Pays-Bas et l’Espagne par exemple, leur version de la subvention salariale interdit aux entreprises de verser des primes ou de verser des sommes aux actionnaires. Notre version ne l’interdit pas. Mais elle le pourrait, et c’est une des choses que nous devrions envisager. »

Il y a un mois, la ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, a affirmé publiquement que « l’argent doit servir à payer les travailleurs, et non à verser des dividendes ou des primes aux dirigeants ». « C’est très, très clair et nous attendons des entreprises qu’elles s’y conforment », a-t-elle dit.

Invité à estimer la probabilité de voir Ottawa resserrer les règles entourant la gestion des sommes provenant de la SSUC, M. Macdonald a dit qu’il « y a un certain momentum ». Il a mentionné l’article du National Post selon lequel au moins 68 entreprises canadiennes ont continué à verser des dividendes ou ont commencé à le faire au moment même où elles avaient recours au programme. « Les données de la SSUC ont été publiées pendant les vacances, ce qui aide aussi. Ça augmente la pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il referme une échappatoire assez évidente. »

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