Synergie renforcée entre Hydro-Québec et Énergir pour le chauffage

Grâce à cette entente avec Énergir, Hydro-Québec n’aura pas à augmenter sa capacité de production pour répondre à la demande qui découle de l’électrification de l’économie.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Grâce à cette entente avec Énergir, Hydro-Québec n’aura pas à augmenter sa capacité de production pour répondre à la demande qui découle de l’électrification de l’économie.

Hydro-Québec et Énergir proposeront d’ici juillet à la Régie de l’énergie des tarifs communs pour les clients qui se doteront de systèmes de chauffage biénergie. Des équipes d’employés provenant des deux plus importants distributeurs d’énergie œuvrent depuis novembre à coordonner leurs réseaux afin d’offrir une solution qui permettrait d’atteindre les objectifs québécois de réduction de gaz à effet de serre dans le secteur des bâtiments.

« On n’a jamais déposé une offre tarifaire commune à la Régie de l’énergie. Ce sera une première », indique Valérie Sapin, directrice marketing, expérience client et efficacité énergétique chez Énergir, anciennement Gaz Métro.

Des équipes composées d’employés des deux distributeurs « travaillent de façon très soudée » depuis la publication du Plan pour une économie verte du Québec, le 16 novembre dernier, pour jeter les bases de ce partenariat.

L’objectif : coordonner les deux réseaux afin de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au chauffage des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels d’ici 2030 par rapport à 1990.

Il n’est pas question de forcer les clients à changer leurs équipements. Lorsqu’un système arrive en fin de vie, on veut pouvoir les faire migrer vers la biénergie.

 

Pour ce faire, des bâtiments dont les appareils de chauffage carburent au gaz naturel devront les changer pour des systèmes biénergie. Ces systèmes, qui utiliseront l’électricité comme principale source d’énergie presque toute l’année, pourront être alimentés par du gaz naturel en période de forte demande.

« Nous travaillons justement à établir ce “point de bascule” de l’électricité vers le gaz. Ça dépend d’une multitude de facteurs, dont, bien sûr, la température », dit Mme Sapin.

Car voilà, le chauffage des bâtiments exerce une pression considérable sur le réseau électrique, explique Sabrina Harbec, directrice des programmes commerciaux des expertises énergétiques et affaires réglementaires chez Hydro-Québec. « Lors des grands froids en hiver, c’est le secteur qui met le plus de pression sur notre réseau. »

Le réseau de la société d’État a été conçu pour répondre à la demande de ces périodes de pointe qui peuvent atteindre 40 000 mégawatts. Variant en fonction de la température, elles représentent annuellement entre 100 et 400 heures.

Or, la consommation du gaz naturel en période de pointe permettra de réduire cette pression et, par conséquent, de « libérer de l’électricité pour électrifier d’autres secteurs », comme le transport et la culture en serre,
explique-t-elle. Ainsi, Hydro-Québec n’aura pas à augmenter sa capacité de production pour répondre à la demande qui découle de l’électrification de l’économie.

Transition énergétique

Il est impossible de quantifier le nombre de clients qui devront faire le passage à des systèmes biénergie d’ici 2030 pour que le Québec atteigne ses objectifs. « Ce qu’on cible tout d’abord, ce sont les secteurs résidentiels, mais aussi ceux des petits bâtiments commerciaux et institutionnels », indique Valérie Sapin, d’Énergir.

Les technologies sur le marché « sont plus appropriées » aux bâtiments de petite et de moyenne taille, souligne-t-elle. « Pour le moment, il est plus difficile d’imaginer la mise en place de telles technologies pour les grandes tours de bureaux. »

Cette transition s’inscrit dans un « parcours de décarbonation », indique Mme Sapin. Après la mise en place de mesures d’efficacité énergétique et le transfert vers des systèmes biénergie, « le gaz naturel qui serait utilisé en période de pointe pourrait éventuellement être du gaz naturel renouvelable ». Énergir s’est doté d’objectifs à cet effet.

Sabrina Harbec, d’Hydro-Québec, assure que la transition énergétique se fera graduellement : « Il n’est pas question de forcer les clients à changer leurs équipements. Lorsqu’un système arrive en fin de vie, on veut pouvoir les faire migrer vers la biénergie. » Les appareils de chauffage ont une durée de vie moyenne d’environ 15 ans.

Pour encourager l’adoption de nouvelles technologies, des incitatifs financiers seront dévoilés par la suite.

Dans son Plan pour une économie verte, le gouvernement du Québec a prévu une enveloppe de 377 millions de dollars au cours des cinq prochaines années pour remplacer l’énergie fossile par l’électricité ou des énergies renouvelables dans le chauffage des bâtiments. De cette somme, 125 millions de dollars serviraient précisément à la conversion du gaz naturel vers l’électricité et la biénergie.

Au Québec, les systèmes biénergie actuels utilisent le mazout plutôt que le gaz naturel comme source d’appoint. Comme la consommation de mazout a considérablement chuté au cours des trente dernières années, « la prochaine tranche semblait être celle du gaz naturel », dit Sabrina Harbec.

Entre 1990 et 2017, l’utilisation de mazout pour le chauffage des secteurs commercial et institutionnel a chuté de 50 %, alors que celle de gaz naturel a plutôt augmenté de 60 %.

Ce partenariat ne symbolise pas un recul pour Énergir, selon Valérie Sapin. Il s’agit plutôt d’une adaptation dans le modèle d’affaires de l’entreprise. « Le volume que nous livrons à nos clients baisse, mais nous ne perdons pas de clients en tant que tels. Nous misons sur la valeur de notre réseau. » En période de forte demande, le prix du gaz augmente.

Émissions de GES dans le chauffage des bâtiments

Le chauffage des bâtiments est la principale activité émettrice de GES du secteur résidentiel, commercial et institutionnel. Ses émissions ont diminué de 27,1 % entre 1990 et 2018, passant de 11,2 à 8,2 Mt éq. CO2, selon les plus récentes estimations du gouvernement du Québec. Or, des différences notables sont observables entre les sous-secteurs. Les émissions de GES dans le résidentiel ont diminué de 50,9 % au cours de cette période, alors que celles du commercial et de l’institutionnel ont plutôt enregistré une augmentation de 11,9 %.


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