L'inflation gagne du terrain aux États-Unis

Washington — L'inflation grignote tranquillement du terrain aux États-Unis mais un dérapage semble exclu, ce qui devrait permettre à la Réserve fédérale de continuer à remonter en douceur ses taux d'intérêt.

Les prix à la consommation ont progressé de 0,3 % en juin, et si les éléments plus volatils — alimentation et énergie — sont retirés, l'indice de base a affiché sa plus petite hausse en six mois avec +0,1 % seulement.

«L'inflation se poursuit à un rythme modéré. La bonne nouvelle est qu'elle n'est pas hors de contrôle», a souligné l'économiste indépendant Joel Naroff.

Jeudi déjà, l'indice des prix à la production avait donné un premier indice de modération en révélant une baisse de 0,3 % des prix de gros et une hausse de 0,2 % de l'indice de base.

Impatience

Ces chiffres étaient attendus avec impatience par les économistes qui s'interrogent sur la vigueur de l'inflation. Les prix du pétrole flambent depuis plusieurs mois, l'alimentation coûte elle aussi de plus en plus cher, et en mai les prix à la consommation avaient affiché une hausse sérieuse de 0,6 %.

Dans ce contexte, la crainte d'une partie des analystes est qu'énergie et alimentation ne finissent par doper le niveau général des prix.

Aussi les chiffres modérés de vendredi ont-il eu un effet rassurant: la Bourse de New York a ouvert en hausse et le marché obligataire s'est envolé.

«Les marchés ne sont pas inquiets, la Réserve fédérale n'est pas inquiète, et c'est leur opinion sur l'inflation qui compte le plus», assure John Lonski de Moody's Investors Services.

L'analyste va même plus loin. «Du point de vue de la santé des entreprises, la hausse des prix à la consommation est une bonne nouvelle car cela signifie que les entreprises regagnent une marge de manoeuvre sur leurs prix, ce qui aidera à augmenter les marges de profits», assure-t-il.

Les entreprises ont longtemps souffert de surcapacités importantes, héritées des vagues d'investissements au tournant de l'an 2000, et elles étaient de ce fait incapables d'imposer des prix plus élevés face à des consommateurs en position de force.

Pour la Fed, les récents chiffres montrent que «l'inflation augmente mais pas assez vite pour la forcer à relever plus agressivement ses taux d'intérêt», estime M. Lonski.

L'analyste table sur une hausse d'un quart de point du taux directeur de la Fed en août et sur un resserrement progressif du loyer de l'argent.

La banque centrale avait relevé d'un quart de point, à 1,25 %, son taux directeur le 30 juin, en promettant de continuer à augmenter le loyer de l'argent de façon mesurée à moins que l'inflation ne s'emballe brusquement.

Les analystes soulignent toutefois qu'il faut rester vigilant. «Même si les chiffres ont l'air bons à première vue, il est clair qu'il y a des pressions générales à la hausse des prix à la consommation», assure M. Naroff.

En juin ainsi, tous les groupes de produits, sauf les hôtels et les véhicules usagés, ont vu leurs prix augmenter. «Même si le phénomène reste assez modéré, certaines entreprises ont augmenté leurs prix de vente pour contrebalancer l'effet négatif des hausses de leurs propres coûts», assure Marie-Pierre Ripert de CDC Ixis.

De plus, les prix ont fortement augmenté sur un an en juin: de 3,3 % pour les prix à la consommation et de 1,9 % pour les prix de base. En décembre, la hausse n'était que de 1,9 % et de 1,1 % respectivement. «La Fed va continuer à augmenter ses taux jusqu'à revenir à la normale. Puisque la normale est autour de 4 %, le comité monétaire de la Réserve fédérale a encore du pain sur la planche», assure M. Naroff.