Les restrictions sur la vente au détail passent sans accroc

Les quincailleries, bien qu’ouvertes, voient une partie de leurs rayons interdits.
Adil Boukind Le Devoir Les quincailleries, bien qu’ouvertes, voient une partie de leurs rayons interdits.

Trois jours après l’entrée en vigueur des restrictions autour de la vente de biens non essentiels, le principal regroupement québécois du commerce de détail ne recensait lundi qu’une vingtaine d’« accrochages » impliquant des clients, tout en soulignant que les choses se sont bien déroulées dans l’ensemble.

Préoccupé par la hausse du nombre de cas de COVID-19, le gouvernement Legault a annoncé, le 15 décembre, que les commerces « non prioritaires » devraient fermer leurs portes du 25 décembre au 10 janvier. Comme les épiceries et les dépanneurs, toutefois, les pharmacies et les quincailleries ont le droit d’accueillir des clients, à condition de se limiter à la vente de produits essentiels ou de réparation et de construction. Les grandes surfaces doivent également s’en tenir à l’essentiel.

« De façon générale, on ne peut pas dire que ça se passe mal », a dit en entrevue Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales au Conseil canadien du commerce de détail pour le Québec. « Oui, il y a eu quelques accrochages avec des consommateurs, quelques situations un peu particulières, mais en règle générale, les commerçants vont s’adapter. » Selon M. Belleau, il est « beaucoup plus facile pour un commerçant d’ajuster ce qu’il met en vente à titre de bien essentiel ou non essentiel, que pour le gouvernement d’adopter une liste par décret et de la modifier par la suite ».

La liste des commerces ayant le droit de poursuivre les activités mentionne évidemment les stations-service, mais aussi les magasins d’alimentation pour animaux, les commerces d’articles médicaux et d’entretien ménager ainsi que les commerces desservant le secteur du transport ou spécialisés dans la réparation de véhicules.

Exercer son jugement

« Pour certains produits, les zones sont un peu plus grises, mais à ce moment-là, le détaillant est en mesure de prendre une décision selon le besoin du consommateur », a ajouté Jean-François Belleau. Autrement dit, si les chandelles ne sont pas considérées à la base comme un produit essentiel, elles pourraient le devenir en cas de panne de courant. L’absence d’une liste formelle adoptée par décret offre un peu de souplesse aux commerçants. « Ce qu’on va voir dans les prochains jours, c’est que les commerçants qui ont été trop libéraux dans leur interprétation vont devoir resserrer, alors que ceux qui ont été trop rigoureux vont devoir devenir un peu plus libéral. »

[Il est] beaucoup plus facile pour un commerçant d’ajuster ce qu’il met en vente à titre de bien essentiel ou non essentiel, que pour le gouvernement d’adopter une liste par décret et de la modifier par la suite

Le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) n’a pas encore entre ses mains le nombre de constats qui auraient pu être remis aux commerçants n’ayant pas correctement suivi le décret. « Pour l’instant, rien ne m’a été rapporté », a dit un porte-parole du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Étienne Doyon, lorsque Le Devoir a voulu connaître le nombre de constats concernant les restrictions sur la vente de biens non essentiels. Du 21 au 27 décembre, le SPVQ a remis 41 constats liés aux consignes sanitaires, mais ceux-ci concernaient dans la très grande majorité des rassemblements illégaux. Le décret concernant la vente de biens essentiels s’applique depuis le 25 décembre seulement. « C’est quand même récent », a dit M. Doyon, en ajoutant que le SPVQ a multiplié les visites de commerces au cours des dernières semaines pour faire de la prévention et rappeler les consignes sanitaires de base (port du masque, distanciation, etc.).

L’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT) a publié dimanche une mise au point à l’intention de ses membres, soulignant avoir eu connaissance de plaintes concernant la vente de peinture et de luminaires, par exemple. « En gros, le mot réparation devrait vous donner le feu vert alors que le mot décoration devrait, lui, vous allumer un feu rouge », y affirme le président de l’AQMAT, Richard Darveau. « Quand un client se présente avec un problème, il faut l’aider. Mais quand il a un projet, on devrait utiliser toute sa diplomatie pour l’amener à reporter celui-ci après le 11 janvier. »

De son côté, l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires a partagé au Devoir une liste produite pour ses membres, qui énumère les produits pouvant être vendus et ceux qui, conformément aux directives du gouvernement, devront attendre au 11 janvier. Ceux-ci incluent par exemple les cartes de souhaits, parfums, le comptoir photo (sauf pour les documents gouvernementaux), la décoration et les « produits électroniques, sauf ceux jugés essentiels ou liés à la santé, comme un moniteur de bébé ou un humidificateur ».

 

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