Sept entreprises québécoises qui ont passé une bonne année

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Grâce à leur ingéniosité, leur ténacité ou leur chance, des entrepreneurs québécois ont réussi à tirer leur épingle du jeu.

Mises à pieds, baisses radicales de revenus, fermetures définitives… La pandémie a été dévastatrice pour les entrepreneurs québécois. Certains d’entre eux, grâce à leur ingéniosité, à leur ténacité ou à leur chance, ont toutefois réussi à tirer leur épingle du jeu. Voici sept entreprises québécoises qui ont passé une bonne année 2020.
 


Courant plus, livraison sans émission

Seule compagnie québécoise spécialisée dans la livraison par camion électrique, Courant Plus n’avait même pas six mois d’activité quand la pandémie a frappé à la fin de l’hiver. Quand il revient d’Europe le 9 mars, son cofondateur, Clément Sabourin, a une vision ferme de ce qui suivra. « Pour moi, il est alors évident que la livraison sera encore plus une activité demandée. » Six mois plus tard, la liste de clients de Courant Plus compte déjà Décathlon et Lufa.

L’année a été mouvementée. À l’hiver 2020, la société est encore « très en démarrage, on vient de recevoir notre premier camion électrique », raconte M. Sabourin, un ancien journaliste. L’entreprise possédait une flotte de vélos cargos électriques et de voitures électriques, oui. Mais le gros objectif, c’est le transport lourd, celui des palettes. Ce type d’activité démarrait bien, jusqu’à ce que… « Du jour au lendemain, quand tous les commerces ferment, le B2B [business to business, ou interentreprise], ça arrête net. » Les choses ont fini par redémarrer en août.

Pas de doute, le transport de produits, non seulement entre entreprises, mais jusqu’à la porte du consommateur, est un créneau en expansion. Selon certaines prévisions, la livraison de type « dernier kilomètre » au Canada devrait croître de 6 % par année sur la période 2020-2027. Le transport écologique exerce également un pouvoir d’attraction.

Courant Plus a reçu un deuxième camion et en veut d’autres. Qu’attendre de 2021? « C’est sûr qu’on va avoir plus de véhicules, plus de livreurs et plus de clients », dit Clément Sabourin.

François Desjardins

 

Lion électrique, en route vers l’expansion

Le constructeur d’autobus et de camions électriques Compagnie électrique Lion a vu le jour en 2008, en plein cœur de la crise financière. Aujourd’hui, c’est dans une tout autre tempête que l’entreprise québécoise poursuit sa croissance. « On me disait que c’était une drôle d’idée d’ouvrir une entreprise en pleine récession », explique Marc Bédard, p.-d.g. de la compagnie, qui croit qu’il s’agit en réalité du « meilleur temps » pour le faire. Avec la pandémie, l’entreprise en profite cette fois-ci pour prendre de l’expansion.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Marc Bédard, le p.-d.g. de la Compagnie Électrique Lion, à Saint-Jérôme, qui fabrique des véhicules lourds 100 % électriques.

À la fin de l’été, la compagnie a reçu sa plus importante commande de 50 camions du Canadien National (CN), rapidement suivie d’un autre contrat de livraison de 10 camions pour le géant américain Amazon. « On est en négociations avec beaucoup d’opérateurs; il y a un effet boule de neige », se réjouit M. Bédard.

En plein envol, la compagnie franchira une étape importante de son histoire l’an prochain en faisant son entrée en Bourse. L’entreprise établie à Saint-Jérôme, dans les Laurentides, a annoncé en novembre son intention de se regrouper avec Northern Genesis Acquisition. À la clôture de la transaction, la nouvelle entité, qui s’appellera Lion, devrait être cotée à la Bourse de New York sous le nouveau symbole « LEV ». La valeur boursière de la nouvelle entité est évaluée à près de 1,9 milliard $ US.

L’entreprise en profitera pour réaliser plusieurs projets d’expansion — entre autres, la construction d’une usine de production de véhicules aux États-Unis ainsi que celle d’une usine de batteries. Sera-t-elle installée au Québec? « On est en négociations et ça se passe très bien. Je pense qu’on va avoir de bonnes nouvelles à annoncer dans les prochains mois » avance M. Bédard.

Clémence Pavic

 

Marché Goodfood, projeté dans le futur

« On était déjà habitués à une forte croissance, mais cette année a dépassé toutes nos projections. La pandémie nous a projetés dans le futur », résume simplement Philippe Adam, chef de la direction financière de Marché Goodfood. Et pour cause! L’entreprise montréalaise de commande en ligne et de livraison à domicile de repas prêts-à-cuisiner et de produits d’épicerie a vu bondir en un an son nombre d’abonnés de 40 %, pour un total de 306 0000 ménages partout au Canada. Ses ventes ont presque augmenté du double (77 %), pour un chiffre d’affaires de 285 millions.

Cette croissance spectaculaire était en partie planifiée de longue date par l’entreprise de 3200 employés, avec l’ouverture de nouveaux centres de distribution à Montréal, à Toronto et à Vancouver et avec l’élargissement de la gamme de produits d’épicerie de marque privée offerts. Les événements ont toutefois voulu que ce déploiement se fasse alors que la peur de la COVID-19 et les règles de confinement des gouvernements amènent les gens à délaisser les restaurants et à réduire leurs visites à l’épicerie. « On compte non seulement plus d’abonnés, mais nos abonnés se sont aussi mis à commander plus qu’ils ne le faisaient auparavant », explique Philippe Adam. À l’ancienne clientèle, majoritairement de 20 à 30 ans, se sont notamment ajoutées des personnes plus âgées.

La crise sanitaire a ainsi donné un formidable coup d’accélérateur à un secteur d’activité promis à un bel avenir avec des revenus annuels au Canada qu’on dit destinés à passer de 5 à 25 milliards dans quelques années.

Éric Desrosiers

 

Maguire, l'étiquette locale a la cote

Les ventes de la boutique Maguire, spécialisée dans le détail de chaussures et d’accessoires, ont bondi de 30 % cette année par rapport à l’année dernière, raconte Myriam Belzile-Maguire, designer et cofondatrice de la marque montréalaise. « Comme les gens ont eu moins d’occasions de dépenser et plus de temps pour penser à leurs achats, ils ont encouragé les entreprises locales. Ça a été vraiment profitable pour nous », constate celle qui a aussi vu grimper les ventes en ligne.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Myriam et Romy Belzile-Maguire, les cofondatrices de la boutique Maguire, spécialisée dans le détail de chaussures et d’accessoires.

Avec l’arrivée de la COVID-19, l’entreprise a dû rapidement adapter son offre de produits. « Les activités des gens ont changé et on s’est adaptés », raconte l’entrepreneuse. Les chaussures pour le travail de bureau ou celles pour les occasions spéciales se vendaient très bien avant la crise, mais la boutique s’est tournée vers des chaussures plus pratiques et confortables pour répondre au mode de vie plus casanier des clients.

Si la pandémie a ralenti certains projets — comme l’ouverture d’une succursale à Toronto, initialement prévue en mars, mais repoussée à juin —, cela n’a toutefois pas freiné les ambitions de l’entreprise. « On essaie de voir la crise comme une occasion de faire des choses qu’on n’aurait peut-être pas eu l’occasion de faire aussi rapidement », explique Mme Belzile-Maguire. « En ce moment, on est en train de travailler sur un projet pour ouvrir un pop-up (une boutique éphémère) à New York. Le fait que les loyers ont beaucoup baissé va nous permettre d’aller tester le marché là-bas. »

Clémence Pavic

 

Cascades, au-delà du papier de toilette

L’une des premières images que l’on a eues de la pandémie de COVID-19 a été les magasins dévalisés de leurs rouleaux de papier de toilette. Premier fabricant de papier sanitaire au Canada, Cascades n’a pas manqué de profiter de cette première ruée sur les tablettes des commerçants, suivie d’une hausse plus raisonnable des besoins en papier hygiénique et en essuie-tout des familles tenues en confinement. Le phénomène avait toutefois une contrepartie : la chute équivalente de demande pour les mêmes types de produits dans les bureaux, centres commerciaux, hôtels ou écoles soudainement désertés de leurs occupants et qui représentent normalement 40 % des ventes de papiers sanitaires de la compagnie.

Si son principal secteur de production, les produits d’emballages, a accusé le coup du ralentissement économique, il a tout de même profité de l’engouement des consommateurs pour les plateformes de commerce électronique et leurs livraisons à domicile, ainsi que du beau succès remporté par ses emballages alimentaires durables.

Ces brusques changements de la demande ont représenté tout un casse-tête, les papiers sanitaires destinés aux ménages n’étant pas, par exemple, exactement les mêmes que ceux livrés en gros rouleaux pour la consommation hors foyer, explique le porte-parole de la multinationale québécoise, Hugo D’Amours. Des usines qui ne produisaient pas les bons types de papier ont dû être mises sur pause, notamment au Québec, où l’entreprise conserve plus du tiers de ses 12 000 travailleurs aussi présents dans le reste du Canada, aux États-Unis et en Europe. Au bout du compte, son chiffre d’affaires pour les neuf premiers mois de l’année (3,9 milliards) a presque été le même que l’an dernier (3,8 milliards).

Éric Desrosiers

 

Alvéole, des ruches québécoises conquièrent le monde

Une entreprise montréalaise possède maintenant des ruches sur le toit de la cathédrale Notre-Dame de Paris. « Elles se trouvaient sur une partie qui n’a pas été touchée par l’incendie », souligne Alex Mclean, cofondateur d’Alvéole.

 
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les ruches d’Alvéole se retrouvent déjà dans plusieurs villes américaines, notamment à Philadelphie, à New York, à Dallas et à San Francisco.

L’entreprise d’apiculture urbaine a fusionné cet été avec une entreprise française, Beeopic, qui se trouvera sous la bannière d’Alvéole à partir de février. L’objectif est de développer le marché européen.

Les ruches d’Alvéole se retrouvent déjà dans plusieurs villes américaines, notamment à Philadelphie, à New York, à Dallas et à San Francisco. Et la croissance de l’entreprise, qui aménage depuis 2013 des ruches sur les toits d’écoles et d’entreprises, est flamboyante malgré la pandémie. « On a quadruplé le nombre de nos clients aux États-Unis, pour atteindre 130. Ils payent pour avoir ces ruches, ce qui inclut la production de quelques pots de miel avec leurs logos », souligne M. Mclean.

Au Québec, leur croissance est quant à elle de 60 % en 2020, faisant grimper le total à près de 135 écoles et 300 entreprises. Malgré tout, l’année a été compliquée, puisque l’équipe a dû adapter les activités éducatives pour les offrir en mode virtuel.

« Le cœur de notre métier est de travailler avec les humains, qui participent à des ateliers pour découvrir l’abeille, explique M. Mclean. Là, on ne peut plus aller sur les toits avec les gens. On craignait que nos ateliers soient morts, mais au contraire, on a eu parfois des centaines de personnes dans nos ateliers virtuels. C’est une façon pour les gens d’entretenir un lien avec leurs collègues, même s’ils sont à distance. »

Roxane Léouzon

 

Küto, un succès en restauration

Cette année, alors que les restaurateurs du Québec accusaient globalement des baisses importantes de leurs ventes — près de 30 % pour les neuf premiers mois de l’année, selon l’Association Restauration Québec — et que plusieurs établissements fermaient définitivement, Küto ouvrait huit nouvelles succursales.

« On avait prévu une belle année, mais ça a été exceptionnel pour nos ventes, qui ont grimpé de 25 % », se réjouit Jean-Michel Paquet, président de la chaîne de comptoirs de tartare qui compte maintenant 22 restaurants tenus par des franchisés.

Comme la demande pour ses tartares a explosé, M. Paquet a pu garder en poste pratiquement tout son personnel, même quand les salles à manger ont dû fermer, les serveurs ayant été affectés à d’autres tâches.

Quelles sont les clés de son succès? Tout d’abord, le concept du restaurant était déjà axé sur les commandes pour emporter, qui représentaient 50 % de son chiffre d’affaires avant même la pandémie. Ensuite, il y a le produit lui-même, qui représente un luxe pour bien des clients tout en étant abordable, soit 22 $ par portion au prix régulier.

« Je suis en restauration depuis toujours et dans tous les restaurants où j’ai travaillé, le tartare est la chose qu’on vendait le plus », ajoute M. Paquet. Küto a aussi eu les moyens d’investir en marketing et ne s’est pas gêné pour le faire.

Lorsque la pandémie a gagné le Québec, le président a eu peur que ses franchisés perdent gros. Mais il est aujourd’hui rassuré. D’ailleurs, l’ouverture de sept succursales supplémentaires est déjà prévue en 2021.

Roxane Léouzon

À voir en vidéo