La COVID-19 revient hanter les marchés boursiers

Les frontières avec les partenaires commerciaux du Royaume-Uni ont été fermées pour au moins 48 heures. La route pour le port de Douvres, reliant l’île britannique au reste de l’Europe, est submergée de véhicules devant rejoindre le port. En temps normal, quelque 10 000 camions transitent chaque jour par la Manche pendant les périodes de pic de la demande avant Noël.
Photo: Adrian Dennis Agence France-Presse Les frontières avec les partenaires commerciaux du Royaume-Uni ont été fermées pour au moins 48 heures. La route pour le port de Douvres, reliant l’île britannique au reste de l’Europe, est submergée de véhicules devant rejoindre le port. En temps normal, quelque 10 000 camions transitent chaque jour par la Manche pendant les périodes de pic de la demande avant Noël.

Les dernières nouvelles sur le front de la COVID-19 ont fait piquer du nez les Bourses, lundi. Si New York (S & P 500 : -0,4 %), Tokyo (Nikkei : — 0,2 %) Toronto (TSX : — 0,2 %) ont finalement regagné une bonne partie du terrain perdu, les marchés européens (Stoxx Europe 600 : — 2,3 %) et le baril de pétrole (WTI : — 2,7 %) sont restés déprimés, alors que l’indice de la volatilité à Wall Street est reparti à la hausse (VIX : + 16,6 %). En Europe, les secteurs les plus touchés ont été les constructeurs automobiles, les propriétaires de centres commerciaux, les banques, les pétrolières et les transporteurs aériens.

Jusque-là, le climat était plutôt à l’optimisme en dépit de la deuxième vague de la pandémie, en raison, notamment, du début du déploiement de premiers vaccins, qui laissait entrevoir une éventuelle sortie du tunnel pour l’économie mondiale. Les nouvelles arrivées de Londres sont toutefois venues noircir le portrait.

« La crainte de vivre un nouveau confinement généralisé au niveau mondial » est revenue hanter des investisseurs, a expliqué Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque. « C’est le genre d’accès de volatilité auquel il faut s’attendre tant que l’effet des vaccins n’est pas généralisé », a prévenu Neil Wilson, analyste en chef pour Markets.com. Les faibles volumes d’échanges sur les places boursières en cette période des Fêtes ont aussi pu en exagérer les variations lundi, ont noté d’autres observateurs.

La découverte d’un nouveau variant du coronavirus en rapide progression dans la population a entraîné, dimanche, le reconfinement de 16 millions de Londoniens et d’habitants du sud-est de l’Angleterre. Ce nouveau variant du virus pourrait être de 40 % à 70 % plus contagieux, selon les autorités britanniques.

« Rien n’indique pour le moment que cette nouvelle souche entraîne un taux de mortalité plus élevé ou qu’elle affecte les vaccins et les traitements, mais des travaux urgents sont en cours pour confirmer cela », a précisé le médecin-chef de l’Angleterre, Chris Whitty.

Il y a peu de chance que le nouveau variant du virus ne se trouve qu’au Royaume-Uni, a estimé le virologue de l’Université de Louvain (KU Leuven)Marc Van Ranst sur les ondes de la chaîne publique belge, VRT. « Je crois qu’on va réaliser dans les prochains jours qu’elle se trouve dans plusieurs autres pays. »

Coup de massue

L’île britannique s’est retrouvée coupée du monde après la décision de l’Europe et de nombreux partenaires économiques, dont l’Inde, la Russie, Hong Kong et l’Arabie saoudite, de suspendre leurs liaisons aériennes, maritimes, routières ou ferroviaires pour deux à dix jours, créant notamment le chaos autour du port de Douvres.

Au Canada, l’interdiction ne vise, pour le moment, que les vols de passagers, et ce, jusqu’à jeudi, le fret aérien et les vols faisant escale sans que leurs passagers posent le pied sur le sol britannique n’étant pas concernés.

La nouvelle pouvait difficilement tomber plus mal pour le Royaume-Uni, qui n’a toujours pas trouvé de terrain d’entente avec l’Union européenne sur la nature de leurs relations au lendemain du Brexit prévu ce 1er janvier. « Le stockage de produits en prévision du Brexit, c’est une chose, la ruée vers les magasins pour Noël, c’en est une autre, mais le coup de massue, c’est la fermeture de la frontière pour 48 heures. Ça, c’est une sérieuse perturbation de la chaîne d’approvisionnement », a déclaré Rod McKenzie, l’un des responsables du lobby des routiers britanniques, la Road Haulage Association, interrogé sur la chaîne de télévision Sky News.

Quelque 10 000 camions transitent chaque jour par la Manche pendant les périodes de pic de la demande avant Noël, d’après les professionnels du secteur. Les commerçants britanniques disaient ne pas trop s’en faire lundi, même pour certains produits frais comme les agrumes et les salades pour Noël, en autant, du moins, que ce blocus ne dure pas trop longtemps.

Les États-Unis au second plan

Ce nouveau rebondissement dans la crise sanitaire qui secoue la planète depuis des mois a largement fait passer au second plan, lundi, une bonne nouvelle de Washington, où, après des mois d’impasse au Congrès américain, républicains et démocrates semblaient à la veille de convenir de la reconduction d’environ 900 milliards $US de mesures d’aides financières d’urgence.

D’un montant bien inférieur aux quelque 2000 milliards des premiers programmes d’aide financière d’urgence du printemps, ces nouvelles mesures visent moins à relancer la croissance qu’à simplement aider les familles et les entreprises à garder la tête hors de l’eau en ces temps de coronavirus, a toutefois observé dans le Wall Street Journal Paul Donovan,économiste en chef à UBS Global Wealth Management. « C’est plus un antidépresseur qu’un stimulant. »

Avec l’Agence France-Presse

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