L’économie tombera-t-elle en panne d’immigrants?

Le Canada a accueilli 60% d’immigrants de moins cette année.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir Le Canada a accueilli 60% d’immigrants de moins cette année.

La COVID-19 laissera toutes sortes de cicatrices économiques. L’une d’elles risque d’être la chute du nombre d’immigrants sur lesquels la croissance québécoise et canadienne repose tellement.

On n’avait pas vu cela depuis aussi loin que des données comparables permettent de reculer, c’est-à-dire 1941, a rapporté jeudi Statistique Canada. La population canadienne a pratiquement fait du surplace au troisième trimestre (+ 2767 personnes sur un total de 38 millions d’habitants). La faute en revient à la pandémie de COVID-19, mais pas comme on pourrait le penser, l’augmentation des décès lui étant attribuables de juillet à septembre (706) ayant eu une bien faible incidence. Non, il s’agit surtout du fait que le Canada a accueilli 60 % d’immigrants de moins qu’à la même période l’an dernier.

Le Québec s’en est un peu mieux tiré, avec un recul de 37 %, mais qui suivait un effondrement de 71 % au trimestre précédent. Ces données y marquent un revirement complet de situation après qu’on a connu, en 2019, le plus fort taux d’accroissement de population (+ 1,29 %) en presque 50 ans, à la faveur notamment de son plus important ajout de résidents non permanents (+ 60 700) de mémoire, rapportait la semaine dernière l’Institut de la statistique du Québec.

Cette diminution brutale du flot d’immigrants au pays n’est pas une surprise. Quand le nouveau virus est apparu dans nos vies, les gouvernements du monde entier ont presque complètement fermé leurs frontières, les collèges et les universités ont renvoyé chez eux leurs étudiants d’ici et d’ailleurs et les compagnies aériennes ont arrêté de voler. Dans les pays riches, la délivrance de nouveaux visas aux étrangers s’est ainsi effondrée d’un coup de 72 %, rapportait en octobre l’OCDE.

Danger

Ce phénomène pourrait avoir des conséquences économiques importantes au Canada, prévenait le mois dernier Carolyn Wilkins quelques semaines avant de quitter ses fonctions de numéro deux à la Banque du Canada. Si le Canada affichait depuis 10 ans la plus forte croissance économique moyenne des pays du G7 (2,25 % par année) avant que ne survienne la pandémie, ce n’est pas en raison de ses exploits en matière de gains de productivité, mais essentiellement en raison de l’augmentation de sa population grâce à l’immigration, sa croissance économique moyenne par habitant étant l’une des plus faibles du G7, à environ 1 %. Elle aurait pu ajouter que l’enjeu revêt une importance plus grande encore au Québec, où les problèmes de vieillissement de la population et de rareté de main-d’œuvre se font particulièrement aigus.

Il n’y a plus qu’à espérer que l’effondrement de l’immigration n’est qu’un mauvais moment à passer qui sera rapidement oublié en même temps que seront déployés les nouveaux vaccins contre la COVID et que les gouvernements assoupliront leurs règles sur la circulation des personnes. Mais ce n’est pas sûr, observait l’OCDE dans son rapport sur l’immigration. « Tout porte à croire que la mobilité tardera à retrouver ses niveaux antérieurs, du fait d’une demande de main-d’œuvre plus faible, du maintien de restrictions de voyage sévères et du recours généralisé au télétravail pour les travailleurs très qualifiés et à l’apprentissage à distance pour les étudiants », y disait-on.

Le Canada pourrait être pris avec un problème supplémentaire après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche, a observé mardi le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem. « Ces quatre dernières années, les politiques et les attitudes du gouvernement américain ont accru l’attrait de notre pays et de nos institutions pour les étudiants et les travailleurs, ce qui nous conférait un avantage comparatif. Avec le changement de gouvernement, il se peut que les écoles et entreprises canadiennes aient beaucoup plus d’efforts à fournir pour susciter l’intérêt. »

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