Cinq entreprises québécoises qui font du bien pendant la pandémie

La coopérative d’Hochelaga-Maisonneuve Couturières Pop a eu comme premier gros mandat de produire 350 000 masques dans le contexte pandémique.
Photo: Adil Boukind Le Devoir La coopérative d’Hochelaga-Maisonneuve Couturières Pop a eu comme premier gros mandat de produire 350 000 masques dans le contexte pandémique.

Alors que le milieu des affaires est ébranlé par la pandémie, plusieurs entreprises québécoises ayant des visées sociales sont plus occupées que jamais, démontrant leur pertinence et leur capacité à mettre un baume sur les plaies des citoyens. Aujourd’hui, Le Devoir regarde le positif et vous en présente quelques-unes.
 

Entretien ménager

Coopérative de soutien à domicile de Laval

Lors du confinement au printemps dernier, Adrienne Dubé, 81 ans, a arrêté de sortir de chez elle. C’est alors que Manon lui a proposé de faire son épicerie et de déposer les paquets sur le pas de sa porte.

« Heureusement que je l’ai eue. Elle a fait ça un bon bout de temps, chaque semaine », relate Mme Dubé.

Manon, c’est une préposée de la Coopérative de soutien à domicile de Laval, qui fait habituellement son ménage deux fois par mois. L’entreprise d’économie sociale en aide à domicile — il y en a une centaine au Québec — offre aux aînés de garder leur logement propre à un prix ajusté à leur budget, grâce à la contribution d’un programme de la Régie de l’assurance maladie du Québec.

En raison de directives du gouvernement, les services d’entretien ménager de la Coopérative ont dû être interrompus pendant trois mois au printemps, à quelques exceptions près. Pendant ce temps, les quelques employés restants se sont tournés vers les services d’emplettes et les appels téléphoniques pour vérifier que les aînés allaient bien.

« Nos employés font beaucoup plus que de l’entretien ménager, explique la directrice générale, Gynet Séguin. Ils sont formés pour observer des signes de vieillissement anormal. Ils sont nos yeux et nos oreilles sur le terrain pour voir les pertes d’autonomie et faire les signalements nécessaires aux conseillers en gériatrie sociale. »

Les préposés ont maintenant recommencé à s’activer chez les bénéficiaires, au plus grand bonheur de ces derniers.

« Louise travaille tellement bien, elle ne laisse jamais un coin sale dans mon trois et demi », affirme France-Louise Robillard, 72 ans, qui a de la difficulté à marcher.

« Elle jase avec moi, me demande des nouvelles de ma vie et me donne des nouvelles de sa fille. Quand j’ai perdu ma mère, elle était là pour m’écouter. »

 

Couture

Coop Couturières Pop

Dans l’atelier de la Coop Couturières Pop, à l’heure du dîner, une vingtaine de couturières partagent de la pizza au son de la musique latine. En se rapprochant, on distingue beaucoup d’échanges en français et quelques-uns en espagnol.

« La langue maternelle de beaucoup de travailleuses est l’espagnol, mais Kim est vietnamienne, Lay est cambodgienne et chinoise, Rokia est Ivoirienne… Organiquement, le français s’est imposé comme langue de communication », indique la directrice générale, Camille Goyette-Gingras.

Photo: Adil Boukind Le Devoir La directrice générale de la Coop Couturières Pop, Camille Goyette-Gingras

La coopérative d’Hochelaga-Maisonneuve, créée en 2019, a connu une année exceptionnelle. Elle est passée de 4 à 25 employés dans la foulée de la pandémie. Son premier gros mandat a été de produire 350 000 masques. Les couturières ont aussi confectionné des jaquettes d’hôpital, des housses de lit et des lingettes démaquillantes, entre autres.

Denise Souza Santos a choisi de travailler là en raison des conditions de travail, qui incluent des assurances collectives, un fonds de pension et un pouvoir décisionnel dans l’entreprise, de même que pour l’ambiance conviviale qui y règne. « C’est tellement différent d’où je travaillais avant. Ici, tout le monde est égal, je suis plus libre et il y a beaucoup d’harmonie », a commenté la travailleuse, d’origine brésilienne.

C’est en grande partie pour cela que quatre couturières ont fondé la coopérative : pour prendre soin de celles qui font un travail difficile et routinier, mais essentiel.

 

Psychologie

Ancrage

Si vous suivez une séance hebdomadaire de psychothérapie pendant cinq mois à Ancrage, vous avez des chances d’améliorer votre bien-être psychologique. Vous financez aussi un atelier de psychoéducation de 3 heures pour 15 personnes, en collaboration avec un centre communautaire.

C’est que la clinique coopérative en psychologie, ouverte depuis quelques mois dans le quartier Villeray, octroie 10 % du prix des consultations à un projet social qui doit commencer en février 2021. L’intimidation, l’anxiété, l’estime de soi et l’identité de genre sont des thèmes qui pourraient être abordés gratuitement, en personne ou par visioconférence, avec des groupes de jeunes, d’adultes et même d’intervenants communautaires.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les trois cofondatrices d'Ancrage, Emilie Bedel, Sophie Jarlet et Caroline Mouries

La pandémie ayant exacerbé la détresse psychologique de nombreuses personnes, les fondatrices perçoivent un besoin accru pour des activités de prévention. « Il y a des listes d’attente partout pour des services en psychologie. Ce n’est pas tout le monde qui a les moyens d’attendre des mois au public ou de consulter au privé. C’est donc déjà très bien de fournir des outils de psychoéducation et d’ouvrir certains sujets de discussion. Par exemple, lors d’un atelier sur la gestion de l’anxiété, on peut donner des stratégies d’ajustement », explique la psychologue Caroline Mouries, cofondatrice d’Ancrage.

En se regroupant pour être leurs propres patronnes tout en partageant les tâches de gestion, les cofondatrices souhaitent également éviter les frustrations, la pression et la surcharge de travail auxquelles s’exposent les psychologues en ces temps de crise.

 

Cuisine

Miqmak Catering Indigenous Kitchen

Ces jours-ci, la cheffe cuisinière Norma Condo et ses employés préparent 400 plats de dinde, légumes, riz sauvage et bannique — un pain plat traditionnel autochtone. Ils sont destinés à être distribués gratuitement, à ses frais, dans des refuges pour personnes itinérantes du centre-ville de Montréal. C’est le double de ce qu’avait distribué l’an dernier dans le temps des Fêtes le Miqmak Catering Indigenous Kitchen, situé à Pierrefonds, dans l’Ouest-de-l’Île.

Ce don est cher aux yeux de la cheffe micmaque de Gesgapegiag, qui a ouvert son restaurant en 2019. « Ces gens ne devraient pas être abandonnés pour les Fêtes, affirme celle qui cumule une quinzaine d’années d’expérience en cuisine, soulignant que plusieurs d’entre eux sont autochtones. Nous voulons leur offrir des plats qu’ils pourraient manger à la maison, afin qu’ils n’aient pas le mal du pays. »

Mme Condo ne se définit pas comme une entreprise sociale à proprement parler, mais elle dit distribuer occasionnellement dans la rue les plats qu’elle cuisine en surplus de ses commandes, de même que de la bannique et du thé du Labrador.

Comme les autres restaurants, la mère monoparentale de cinq enfants a dû fermer sa salle à manger. Mais ses commandes pour emporter et son service de traiteur sont très populaires, si bien qu’elle ne manque pas de travail. « Il y a beaucoup d’Autochtones à Montréal qui trouvent ma cuisine réconfortante. Beaucoup de non-Autochtones découvrent également ses saveurs. »

   

Agriculture urbaine

REVE nourricier

Cet été, les résidents de la Maison Marie-Moisan, à Sherbrooke, qui vivent avec des limitations physiques et intellectuelles, ont pu se promener dans un tout nouveau jardin, participer à l’entretien des plants et même manger les légumes qui avaient grandi là.

Ce projet a été réalisé par le Réseau d’espaces verts éducatif et (REVE) nourricier, en collaboration avec le Groupe Probex, qui gère la Maison. Fondé en 2019, REVE nourricier développe plusieurs projets d’agriculture urbaine dans des espaces verts autrefois laissés à eux-mêmes.

« On veut produire au même endroit qu’on vend, indique la présidente, Gabrielle Rondeau-Leclaire. Sous les pommiers de l’Université de Sherbrooke, par exemple, l’entreprise sociale a planté des arbustes fruitiers, de l’ail, de la ciboulette et des champignons, vendus à la coopérative responsable de la cafétéria.

Selon la biologiste, la pandémie a provoqué un engouement pour l’agriculture urbaine, si bien qu’elle a pu recruter de nombreux bénévoles et que les projets se multiplient.

En plus de faire pousser des jardins, REVE nourricier compte proposer des activités éducatives et un service d’accompagnement afin de promouvoir la sécurité alimentaire.

« Quand on est isolé chez nous et que beaucoup de choses sont fermées, on se demande : est-ce que je sais cuisiner ? Est-ce que je sais jardiner ? »

À voir en vidéo