La fondatrice du Centre Phi dépenserait sans compter

Le Centre Phi a été fondé par la riche héritière Phoebe Greenberg en 2007.
Photo: François Pesant Archives Le Devoir Le Centre Phi a été fondé par la riche héritière Phoebe Greenberg en 2007.

L’ancienne assistante personnelle de la fondatrice du Centre Phi a témoigné jeudi de ce qu’elle décrit comme étant le style de vie « extravagant » de sa patronne, pour laquelle elle devait régulièrement s’occuper de régler les comptes. Sandra Testa se défend en cour d’avoir détourné 15 millions à la riche héritière Phoebe Greenberg pour son propre bénéfice en 2016 et 2017.

Aux dires de la défenderesse, la mécène montréalaise dépensait généreusement pour elle-même et les employés du Centre Phi, un centre artistique multidisciplinaire du Vieux-Montréal, dont elle finance personnellement la majorité des activités.

En 2013, Mme Greenberg aurait invité environ 22 personnes liées au Centre Phi à partir du Canada pour assister à la Biennale de Venise, un festival d’art en Italie, toutes dépenses payées. Un événement privé sur un yacht aurait notamment été au menu. Mme Testa a affirmé qu’elle était sur place pour s’occuper des enfants de la présidente du Centre Phi de l’époque, Penny Mancuso.

À Montréal, l’entrepreneuse payait pour le maquillage, la coiffure, les vêtements de designers, les manucures et la couturière pour elle-même et pour Mme Mancuso lors d’événements mondains qui se déroulaient plusieurs fois par semaine, lors desquels elles représentaient le Centre Phi, a avancé Mme Testa. Selon elle, plusieurs de ces services étaient payés en argent comptant.

Mme Testa a également mentionné que Mme Greenberg utilisait les services d’un chauffeur pour conduire quotidiennement sa fille à l’école, de même que pour ses propres déplacements et ceux de Mme Mancuso.

Mme Testa a indiqué qu’elle cumulait jusqu’en 2017 plusieurs rôles administratifs de premier plan pour le Groupe Phi, en plus d’être l’assistante personnelle de Mme Greenberg et de Mme Mancuso. Elle a dit en cour qu’elle avait eu en sa possession plusieurs cartes de crédit personnelles de Mme Greenberg et des entreprises culturelles de cette dernière, notamment Diving Horse et le Centre Phi, dont elle devait se servir pour couvrir plusieurs dépenses. Mme Greenberg séparait ses dépenses personnelles et d’affaires dans des comptes différents, a-t-elle souligné.

Mme Testa a aussi affirmé qu’elle devait retirer de l’argent comptant pour les besoins de son employeuse lors des nombreux voyages personnels et professionnels de cette dernière, qu’elle effectuait souvent en jet privé. Toutes les dépenses étaient autorisées par Mme Greenberg, avec qui elle était constamment en contact en personne, par courriel ou par téléphone, a fait valoir Mme Testa.

L’ancienne assistante a aussi mentionné qu’elle travaillait environ 90 heures par semaine en 2015, et qu’il n’y avait plus de frontière entre sa vie personnelle et professionnelle.Elle a souligné avoir habité dans des appartements choisis et payés par Mme Greenberg et Mme Mancuso, qui pouvaient y entrer et sortir à leur guise.

De son côté, la poursuite a présenté mercredi le rapport de l’enquête comptable indépendante menée par le cabinet MNP, qui conclut que Mme Testa a mis en œuvre diverses stratégies complexes utilisant les divers comptes et les cartes de crédit auxquels elle avait accès pour détourner 15 M$ à son avantage et à celui de tiers. Mme Greenberg a aussi poursuivi Mme Mancuso en 2017, mais une entente à l’amiable a été conclue. Le procès de Mme Testa doit se poursuivre jusqu’au 18 décembre.