Garda a de grandes ambitions pour ses enquêteurs

Les détectives privés de ce monde n'ont qu'à bien se tenir. Maintenant qu'elle a digéré le transporteur de valeurs Sécur, acquis de Desjardins l'an dernier, Garda World souhaite faire croître ses services d'enquête, qui ne comptent actuellement que pour environ 5 % de son chiffre d'affaires.

L'entreprise montréalaise a récemment embauché l'ancien enquêteur vedette du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) André Bouchard pour développer cette division qui fait déjà des vérifications de pré-emploi et fait de la filature pour le compte de grandes sociétés.

«On n'est probablement déjà la plus importante entreprise d'enquête au Canada et je pense que ce marché-là peut être développé dans tous les secteurs», a souligné hier le p.-d.g. Stéphan Crétier, en marge de l'assemblée annuelle des actionnaires.

Garda se propose notamment de surveiller les employés ou les cadres délinquants de grandes entreprises. Ceux qui mentent sur leur état de santé, détournent de l'argent ou coulent de l'information à des concurrents, par exemple.

«De plus en plus, les budgets policiers sont réduits au niveau des enquêtes et dans les grandes entreprises, le crime col blanc est en croissance. Je crois donc qu'il y a définitivement un potentiel», a insisté M. Crétier qui se défend toutefois de vouloir remplacer la police. «On fait de la prévention et non de l'intervention», a-t-il fait valoir.

En se portant garante du professionnalisme de ses employés et en standardisant ses services, la société peut néanmoins espérer se voir confier des mandats qui sont généralement l'apanage des organismes publics: la surveillance d'artères commerciales ou de parcs, le transfert de détenus et la gestion d'établissements de détention, par exemple.

Fondée il y a moins de 10 ans avec 20 000 $, Garda a progressivement conquis le titre de plus grosse entreprise de sécurité du Canada, avec 8000 employés et des revenus annuels qui ont frôlé le 100 millions pour l'exercice terminé le 31 janvier dernier.

Les données du premier trimestre de cette année laisse présager une hausse spectaculaire.

Pour cette période, close le 30 avril, les revenus ont totalisé 36 millions comparativement à 20 millions en 2003. Son bénéfice net pour les premiers mois de l'exercice s'est établi à 1,1 million, ou 4 ¢ par action diluée, par rapport à 361 000 $, ou 2 ¢ par action, l'année précédente.

En plus de l'enquête et du transport de valeurs, l'entreprise offre des services de sécurité dans les établissements commerciaux ou industriels. L'entreprise a en outre été choisie pour assurer la surveillance et l'embarquement des voyageurs aux aéroports de Toronto et de Montréal.

Les États-Unis

Omniprésente sur le territoire québécois, elle possède désormais des bureaux en Ontario ainsi que dans l'ouest du pays. Si l'on se fie à son président, il ne serait pas étonnant que Garda prenne de l'expansion dans ces marchés au cours des prochains mois.

«On a toujours été reconnu comme une entreprise qui fait plusieurs acquisitions et naturellement on regarde pour des opportunités. C'est toujours une question de timing, de bonne cible et de bon marché», a précisé M. Crétier. Garda pourrait aussi tenter une percée aux États-Unis. «On voit beaucoup d'entreprises québécoises fondées il y a plusieurs années avoir beaucoup de succès sur le marché américain. On pense à Jean-Coutu, à Couche-Tard à Van Houtte. C'est peut-être le temps de commencer à regarder.»

Mais il n'est pas question pour société de courir plus d'un lièvre à la fois dans ce pays où l'industrie de la sécurité génère des ventes de plus de 100 milliards $US par an. «Le marché n'est pas assez discipliné. Il y a encore des agents de sécurité qui font 5 $/heure sur l'île de Manhattan. Comment vous pouvez vivre et offrir des services de qualité à ce prix-là? Vous concurrencez avec les Burger King et les McDonald», a-t-il fait valoir.

«Mais il y a des niches particulières, certains types de contrats gouvernementaux — je pense aux aéroports— certains types de transport de valeur où on excelle. C'est un modèle qu'on serait probablement capables de répéter.»

Hier à la Bourse de Toronto, l'action de Garda World a gagné 2 ¢ pour clôturer la séance à 3,92 $.