MSN n'accepte pas la fermeture de Gildan

Première organisation à dénoncer les agissements de Gildan dans son usine d'El Progreso au Honduras, Maquila Solidarity Network (MSN) n'accepte pas aujourd'hui l'annonce de sa fermeture et promet de suivre à la trace l'entreprise montréalaise où qu'elle aille dans le monde.

«Gildan ne peut pas décider de se sauver comme cela d'El Progreso, a déclaré hier au Devoir la coordonnatrice de l'organisation canadienne de défense des droits, Linda Yanz. Il doit d'abord y apporter les correctifs aux graves problèmes qui y ont été relevés par deux enquêtes indépendantes.»

Dans le cas contraire, elle promet d'exiger son expulsion des rangs de la Fair Labor Association (FLA), une coalition d'entreprises, d'universités et d'organismes de défense des travailleurs que le fabricant montréalais de t-shirts utilise depuis l'automne comme caution morale.

Tenue à plus de neutralité et disant avoir encore besoin de temps pour faire le point sur la question, la FLA n'était pas loin de tenir le même discours, hier. «On s'attend à ce que les entreprises aient réglé leurs problèmes dans une usine avant qu'elles puissent cesser de faire affaire avec elle», avait déclaré au Devoir son directeur exécutif, Rut Tufts.

Selon Linda Yanz, les arguments strictement économiques invoqués par Gildan pour justifier la fermeture de son usine hondurienne de 1800 employés ne sont que des prétextes cachant mal son simple désir de se débarrasser d'une entreprise devenue encombrante.

C'est MSN qui avait, la première, lancé en 2002 contre Gildan des accusations de pratiques antisyndicales, de violations des lois du travail en matière d'heures supplémentaires et de discrimination envers les femmes enceintes dans ses installations d'El Progreso, mais aussi dans une autre de ses usines au Honduras ainsi que chez deux de ses sous-traitants salvadoriens. «La compagnie n'avait pas tardé à mettre un terme aux contrats des sous-traitants, là encore officiellement pour des raisons économiques», note Linda Yanz. C'est encore MSN, avec deux autres organisations non gouvernementales, qui a déposé devant la FLA en décembre la plainte formelle qui devait lancer l'enquête à laquelle Gildan doit aujourd'hui répondre.

La militante reconnaît avoir brièvement cru à un changement d'attitude, au moment de l'entrée tonitruante de Gildan au sein de la FLA et après l'embauche d'une sorte de commissaire à l'éthique qui avait auparavant fait ses preuves chez le géant Levi's. «La décision de cette semaine montre bien que ces engagements n'étaient pas sincères.»

La fermeture de l'usine d'El Progreso par Gildan ne fera pas taire les critiques, avertit-elle. «Les faits qui y ont été relevés se retrouvent à divers degrés dans plusieurs autres de leurs usines. On n'a pas l'intention de les lâcher. Ils ne pourront pas fuir éternellement.»