Dans le viseur de Garda, G4S accepte une offre d’Allied

Des employés de G4S en pleine action. L'entreprise britannique est un chef de file mondial dans les services de sécurité avec une équipe de plus de 530 000 employés.
Photo: Oli Scarff Agence France-Presse Des employés de G4S en pleine action. L'entreprise britannique est un chef de file mondial dans les services de sécurité avec une équipe de plus de 530 000 employés.

Dans la ligne de mire de la multinationale Garda depuis des mois, le spécialiste britannique de la sécurité G4S a annoncé mardi avoir accepté une offre d’Allied Universal, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec est actionnaire, dans le cadre d’une transaction en argent comptant s’élevant à 3,8 milliards de livres (6,5 milliards $CA).

La proposition de 245 pence par action mise sur la table par Allied, dans laquelle la Caisse détient un bloc de 35 %, représente une prime de 4 % par rapport à ce que Garda, la société fondée et dirigée par Stéphan Crétier, a offert la semaine dernière après avoir relevé son offre de 190 à 235 pence par action.

L’annonce de G4S ouvre le plus récent chapitre d’une histoire qui n’en est pas à ses premiers rebondissements : Garda a d’abord envisagé le dépôt d’une offre pour sa concurrente britannique en 2019, a décidé de ne pas aller de l’avant, mais est finalement revenue à la charge en septembre 2020 avec une proposition non sollicitée de 5,2 milliards $US puis une proposition bonifiée le 2 décembre.

« G4S est devenue un chef de file mondial dans les services de sécurité [grâce à] une équipe de plus de 530 000 employés. La combinaison de G4S et d’Allied Universal crée le leader international de la sécurité avec plus de 750 000 employés, des compétences de référence dans l’industrie et une surveillance sans pareil », a indiqué dans un communiqué le chef de la direction de G4S, Ashley Almanza.

L’homologue de M. Almanza chez Allied, Steve Jones, a ajouté que les deux sociétés « se connaissent bien » et que leurs cultures d’entreprise sont semblables. L’offre est soumise aux approbations réglementaires habituelles et la transaction devrait être conclue au premier trimestre de 2021, selon G4S et Allied.

Les origines de G4S remontent au début du XXe siècle, l’entreprise ayant été fondée au Danemark par Marius Hogrefe. Près de 120 ans plus tard, la compagnie basée à Londres œuvre dans 80 pays et a généré dans la première moitié de 2020 des revenus de 3,4 milliards de livres (5,8 milliards $CA). De son côté, Allied a multiplié les acquisitions depuis une vingtaine d’années, de sorte que son chiffre d’affaires dépasse aujourd’hui les 8 milliards $US.

Garda étudie ses options

La Caisse de dépôt n’a pas fait de déclaration à la suite de l’annonce de G4S. GardaWorld, qui compte un peu plus de 100 000 employés répartis dans 45 pays, « a pris connaissance de l’offre et évalue ses options », a indiqué la compagnie dans une déclaration écrite transmise au Devoir.

La société a également reproché à la Caisse « d’appuyer un concurrent américain dans le cadre de l’offre d’achat de G4S », y voyant « une disgrâce envers l’ensemble des entrepreneurs québécois ».

Garda et la Caisse se sont échangé des flèches le mois dernier, lorsqu’Allied a commencé à s’intéresser à G4S. Cité par certains médias, M. Crétier déplorait le fait qu’une compagnie dont la Caisse de dépôt est actionnaire souhaitait faire l’acquisition d’une société qui présente des lacunes « graves » en matière de responsabilité sociale. En entrevue à La Presse canadienne, un porte-parole de la Caisse avait répondu, au sujet des commentaires de Garda : « Un jour elle approche la Caisse pour un partenariat, puis elle renonce ensuite à son entente. Un jour elle cherche à faire l’acquisition de G4S et l’autre, elle cherche à critiquer les éléments ESG [enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance] de l’entreprise qu’elle souhaite acquérir. »

Le 17 novembre, au lendemain d’une entrevue à la télévision de Radio-Canada pendant laquelle il a discuté de la Caisse notamment, M. Crétier a dit qu’il avait reçu une mise en demeure de la part de l’institution financière. Le premier ministre, François Legault, a indiqué en conférence de presse il y a trois semaines qu’il ne souhaite pas intervenir dans le dossier impliquant la compagnie et la Caisse.

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