Doit-on remettre l’économie sur «pause»?

Selon les données de la FCEI, la moitié des petites et moyennes entreprises québécoises ne survivraient pas facilement à une deuxième vague de restrictions.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Selon les données de la FCEI, la moitié des petites et moyennes entreprises québécoises ne survivraient pas facilement à une deuxième vague de restrictions.

Devant la montée du nombre de nouveaux cas, d’hospitalisations et de décès liés à la COVID-19 depuis plusieurs semaines, des économistes et des experts en santé préconisent de reconfiner complètement l’économie — à l’exception des services essentiels — durant la période allant du 20 décembre au 3 janvier, dans une lettre publiée par La Presse.  
 

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, écarte pour le moment cette nécessité. « Il y a déjà plusieurs mesures en place, mais il faut s’assurer qu’elles soient suivies. »

Pierre Fortin, professeur émérite au Département des sciences économiques à l’ESG UQAM croit quant à lui que mettre l’économie sur « pause » pour les deux semaines des Fêtes constituerait un moindre mal. « Les experts en santé nous disent qu’on se dirige vers une catastrophe en janvier et en février, et nous préviennent que l’on risque de se heurter à un mur. C’est pour cela qu’il faut prendre des mesures maintenant, avant que la situation ne s’aggrave. On doit saisir cette fenêtre d’opportunité que nous offre le temps des Fêtes pour prévenir des dommages sanitaires et économiques encore plus graves cet hiver. »

Une étude du FMI publiée en octobre prévenait déjà qu’une reprise économique pérenne passerait d’abord par la résolution de la crise sanitaire. « Certes, le confinement a des coûts à court terme » expliquaient les auteurs de l’étude, « mais il peut entraîner une reprise économique plus rapide, car il réduit les contaminations ».

L’expérience des États-Unis prouve qu’une reprise économique demeure fragile sans réel contrôle du virus, croit Pierre Fortin. « Quand on regarde ce qui se passe chez nos voisins du Sud, il y a eu relativement peu de fermetures dans certains États. Or, on observe que l’ouverture de l’économie n’est pas nécessairement synonyme de rebond durable. »

Il ne faut pas non plus négliger les effets économiques à long terme de cette crise, notamment du point de vue de l’éducation des jeunes, souligne l’économiste. « Beaucoup d’enfants ne sont pas allés à l’école au printemps dernier.

Si la crise s’aggrave et que l’on est contraints de fermer les écoles à nouveau, on va avoir un problème très grave du côté de l’éducation de nos jeunes, alors qu’ils sont un levier important de l’économie de demain. »

Du côté de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), on estime qu’« un deuxième confinement généralisé, comme celui du printemps dernier, risquerait de porter un coup fatal aux petites et moyennes entreprises (PME) québécoises ».

La moitié d’entre elles ne survivraient pas facilement à une deuxième vague de restrictions, selon les données de la FCEI. « La fermeture des petites entreprises profiterait aux grandes surfaces et aux géants du Web », croit François Vincent, vice-président de la fédération.

Caroline Jodoin, copropriétaire de la boutique Buk & Nola située sur le Plateau Mont-Royal, explique que les petits commerces de quartier profitent souvent des achats de dernière minute, juste avant Noël. « C’est sûr qu’une fermeture aurait un impact sur nos finances, considérant que les journées précédant le 25 décembre sont souvent très achalandées. »

Mme Jodoin reconnaît que les ventes en ligne ont permis à l’entreprise de s’en sortir durant le premier confinement au printemps et que cela aiderait en cas de reconfinement généralisé. « Toutefois, c’est certain que les rentrées d’argent sont moins élevées que quand la boutique est ouverte », souligne-t-elle.