La deuxième vague de COVID-19 commence à se faire sentir sur l'emploi

Aux États-Unis, la création d’emplois est brutalement tombée à 245 000 emplois au mois de novembre alors qu’elle était encore de 610 000 le mois d’avant et de 711 000 en septembre.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse Aux États-Unis, la création d’emplois est brutalement tombée à 245 000 emplois au mois de novembre alors qu’elle était encore de 610 000 le mois d’avant et de 711 000 en septembre.

Le marché du travail se tirait encore relativement bien d’affaire en dépit du retour de la COVID-19… du moins jusqu’au milieu du mois dernier. Le nombre d’emplois a continué de progresser, et le taux de chômage de reculer au Québec et au Canada en novembre, a rapporté vendredi Statistique Canada.

Le gain net de 62 000 emplois au Canada, tous à temps plein, marque un ralentissement du rattrapage entrepris depuis le mois de mai, mais a contribué à une autre diminution du taux de chômage au pays, cette fois de 8,9 % à 8,5 % et comparativement à un sommet record de 13,7 % cinq mois plus tôt. En avril, le coup de frein économique lié à la pandémie de COVID-19 avait touché directement 5,5 millions de travailleurs canadiens, dont 3 millions ont perdu leur emploi et 2,5 millions toujours en emploi, mais forcés de s’absenter du travail. Le mois dernier, le total de travailleurs touchés était tombé à 1 million, se partageant presque également dans les deux types de travailleurs, soit un rattrapage de 81 % seulement du côté des emplois perdus depuis le début de la crise.

Comme le mois d’avant, les gains nets ont été plus modestes au Québec en novembre, avec un peu moins de 16 000 emplois de plus, ce qui a néanmoins contribué à un nouveau recul du taux de chômage de 7,7 % à 7,2 %, contre un sommet de 17 % en avril et un taux de seulement 4,5 % avant que tout commence. L’économie québécoise avait ainsi regagné, en novembre, plus de 85 % des 820 000 emplois perdus depuis le début de la crise.

Ces chiffres sont bien meilleurs que ce à quoi s’attendaient les analystes, particulièrement au Canada. « La forte progression de l’emploi en novembre est étonnante. Avec l’amplification de la seconde vague de la pandémie, la plupart des prévisionnistes s’attendaient à une croissance plus modeste », a expliqué dans une brève analyse l’économiste principal au Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher.

Réalités parallèles

Ces tendances générales cachent toutefois des écarts entre les secteurs industriels, a souligné Statistique Canada. Certains secteurs ont retrouvé, voire dépassé, les niveaux d’emplois qu’ils affichaient en février, d’autres sont non seulement encore loin du compte, mais se sont remis à perdre du terrain avec le retour des mesures de confinement et de distanciation sociale. Au Québec, les services professionnels et scientifiques font partie de ces secteurs qui s’en tirent bien ces temps-ci, avec l’ajout de 12 000 emplois en novembre pour atteindre 105 % du niveau qu’on y affichait avant le début de la crise. Le commerce de gros et de détail (+6000 emplois, à 102 %) ou l’enseignement (+3000 emplois, à 111 %) en sont aussi des exemples. Mais c’était tout le contraire dans le secteur de l’hébergement et de la restauration (-9000 emplois en novembre, à 66 % du niveau de février) ou dans celui de l’information, culture et loisir (-9000 emplois, à 79 %).

 
85 %
C’est la part regagnée des quelque 820 000 emplois perdus au Québec depuis le début de la crise de la COVID-19.

Réalisée du 8 au 14 novembre, l’Enquête sur la population active de Statistique Canada est peut-être arrivée trop tôt pour rendre compte de tout l’impact sur l’emploi des nouvelles mesures déployées par les gouvernements pour freiner le retour de la COVID-19 au Canada, a fait observer Douglas Porter, économiste en chef de la Banque de Montréal. « Il faut s’attendre à ce que les pertes d’emplois dans le secteur de l’hébergement et, possiblement, du commerce de détail fassent un beaucoup plus gros trou dans le rapport d’enquête du mois prochain », a-t-il expliqué, non sans répéter que les chiffres de cette semaine restaient une bonne nouvelle.

Choc aux États-Unis

La surprise a été moins heureuse aux États-Unis. La création d’emplois y est brutalement tombée à 245 000 emplois au mois de novembre alors qu’elle était encore de 610 000 le mois d’avant et de 711 000 en septembre, a rapporté vendredi le département américain du Travail.

Si ce modeste gain ramène le taux de chômage de 6,9 % à 6,7 % et signifie qu’un peu plus de la moitié des 22 millions d’emplois perdus durant la crise a été regagné, cela marque aussi l’entrée de l’économie américaine dans une phase délicate, a commenté Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins. « La faiblesse relative de la création d’emplois en novembre semble une conséquence directe de la remontée des cas de COVID-19 et des nouvelles mesures sanitaires restrictives imposées par certains États et localités, en plus de la prudence volontaire des consommateurs. »

La nouvelle n’a pas manqué de produire son effet sur les élus au Congrès américain vendredi. Dans l’impasse depuis des mois, les négociations entre républicains et démocrates sur l’adoption de nouveaux programmes d’aide aux travailleurs et aux entreprises ont gagné un nouvel élan qui pourrait mener à un compromis avant l’extinction, à la fin de l’année, de plusieurs programmes existants, et dont le coût pourrait s’élever à plus de 900 milliards $US.

 

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