La coopérative québécoise veut décoller d’ici l’été

La coopérative prévoit utiliser des appareils Q400 pour son service.
Photo: Jevgenij Kulikov Getty Images La coopérative prévoit utiliser des appareils Q400 pour son service.

À l’autre bout du fil, le directeur général de la Coopérative de transport régional du Québec (TREQ) ne le cache pas : la campagne de recrutement officielle ne doit commencer que le mois prochain, mais l’équipe qui travaille sur le projet a déjà reçu « des centaines de CV ». Si tout se déroule comme prévu, la mise en service aura lieu en mai ou en juin 2021, juste à temps pour la saison touristique.

« Évidemment, avec la crise du secteur aérien, il y a un paquet de pilotes qui cherchent du bon boulot. Mais je pense que ça va plus loin que ça. Il y a des pilotes, québécois surtout, qui s’allument à l’idée de travailler pour un transporteur aérien québécois », a affirmé Serge Larivière vendredi, au lendemain d’un témoignage en comité parlementaire fédéral concernant l’impact de la COVID-19 sur le transport aérien.

« On est mobilisés, dans chacune des régions, à se doter de cet outil-là. Au-delà du tourisme, il y a des besoins criants de transport, dans les marchandises, par exemple », a dit M. Larivière, ex-dirigeant de l’aéroport international de Mont-Tremblant, dont il est encore l’actionnaire majoritaire. « Ce n’est pas vrai que le territoire du Québec n’aurait pas un besoin aérien correct au moins au même niveau que le reste des Canadiens. »

Déjà, le projet de coopérative envisage un scénario de base d’une centaine d’employés et de l’exploitation d’une flotte d’appareils Q400, capables de transporter 78 passagers. Selon le site Internet, des vols relieraient Montréal et Québec à des destinations telles que Rouyn-Noranda, Sept-Îles, Saguenay, les îles de la Madeleine, Mont-Tremblant, Sherbrooke ou Gatineau, entre autres. Les trajets les plus longs coûteraient entre 318 et 425 $. La campagne de recrutement du personnel commencera officiellement en janvier, en même temps que le début de l’adhésion à la coopérative. Le conseil d’administration est présidé par Éric Larouche, un homme d’affaires, et compte notamment Jean-Martin Aussant.

« Les habitudes de consommation ont été bouleversées par le fait qu’Air Canada a [suspendu certains trajets], que les douanes sont fermées et que les Québécois ont découvert, ou redécouvert, nos régions, a poursuivi M. Larivière. Peut-être que pour leur faciliter le retour vers les régions, le fait d’avoir un service aérien à bon prix, ça serait le bon temps pour leur offrir ça. »

La création de TREQ a été annoncée cet été, quelques semaines après la décision d’Air Canada de suspendre une trentaine de liaisons régionales au pays, dont huit au Québec. Du même souffle, le transporteur, soulignant une chute de la demande et l’impact de la crise sur ses liquidités, a aussi décidé de faire une croix sur quatre escales québécoises : Val-d’Or, Gaspé, Baie-Comeau et Mont-Joli.

Perspectives

Estomaquée, l’Union des municipalités du Québec a rapidement évoqué un « enclavement partiel » en région, où les communautés recourent au transport aérien non seulement pour le loisir et les affaires, mais aussi pour des déplacements médicaux. Au cours des jours et des semaines qui ont suivi, les transporteurs régionaux ont été nombreux à se pencher sur les moyens d’assurer une relève. Le Québec compte plusieurs acteurs connus : Pascan, Air Liaison, Propair, Air Creebec, etc. Selon les besoins, les appareils vont d’une poignée de passagers à une cinquantaine.

« On veut s’inscrire en complémentarité des autres transporteurs », a dit M. Larivière. La dynamique du transport aérien pourrait s’apparenter à la cohabitation d’autobus et de taxis, selon lui. « On comprend que l’autobus ne va pas dans tous les villages, et donc ça prend aussi un taxi. On se dit qu’en s’installant, est-ce qu’on pourrait avoir des discussions avec de plus petits joueurs ? Amener du trafic à Sept-Îles, et à ce moment-là avoir une connectivité avec un plus petit joueur pour desservir les plus petites communautés ? Absolument. Et ça, ça serait un réseau normal. Il est là, le problème du Québec. Il n’y a pas l’autobus. On est une coop, et notre mission, ce n’est pas de tuer des compagnies aériennes. »

Quelques jours après la décision d’Air Canada, Québec a annoncé la prolongation du Programme d’aide pour le maintien des services aériens régionaux essentiels en période d’urgence sanitaire, mais aussi la mise sur pied d’un groupe de travail sur les dessertes régionales. « Le rapport final est en préparation et il sera présenté lors de la prochaine rencontre prévue à la fin janvier », a indiqué vendredi le cabinet du ministre des Transports, François Bonnardel.