Analyse - La pandémie, une occasion de corriger les lacunes du filet social

Surreprésentées notamment dans le secteur de la restauration, les femmes risquent de voir leur lutte pour l’égalité reculer d’une génération en raison des répercussions de la pandémie de COVID-19.
Marie-France Coallier Le Devoir Surreprésentées notamment dans le secteur de la restauration, les femmes risquent de voir leur lutte pour l’égalité reculer d’une génération en raison des répercussions de la pandémie de COVID-19.

La pandémie de COVID-19 a frappé « de façon disproportionnée » les plus pauvres et les plus vulnérables. Débouchera-t-elle sur une prise de conscience et une amélioration des politiques leur étant destinées ?

« Le fait économique fondamental de la pandémie est qu’elle a intensifié les failles sociétales existantes », résumait cette semaine la publication Finances et Développement du Fonds monétaire international (FMI), faisant notamment référence à son terrible impact sur les femmes, les jeunes, les travailleurs moins qualifiés et les personnes plus vulnérables.

Dans le cas des plus pauvres, cette inégalité devant le virus se fait non seulement sentir au chapitre des pertes d’emplois, de revenus et de qualité de vie, mais aussi par le simple risque d’être infecté, expliquait jeudi une autre étude du FMI. Parce que plusieurs des travailleurs à faible revenu habitent des quartiers plus densément peuplés et occupent des emplois de services en contact direct avec le public dont ils n’ont pas les moyens de se passer bien longtemps, la moitié d’entre eux finiront par être infectés si la pandémie devait durer deux ans, contre seulement 10 % des individus les plus riches qui ont des emplois, les ressources financières et l’espace leur permettant de se mettre à l’abri. Selon ces calculs, les plus pauvres sont aussi quatre fois plus à risque d’en mourir.

Surreprésentées dans les secteurs les plus touchés de l’hébergement, de la restauration, de la culture et du commerce de détail, en plus d’être les premières à accuser le coup de la fermeture des écoles et des garderies, les femmes risquent de voir leur lutte pour l’égalité reculer d’une génération, s’inquiétait-on déjà cet été au Canada.

Quant aux jeunes, les 15 à 24 ans comptent pour plus de la moitié des gens qui ont perdu leur emploi au Québec à cause de la pandémie et qui ne l’ont toujours pas retrouvé aujourd’hui, soulignait cette semaine l’Institut du Québec. Le fait de commencer leur carrière dans un tel contexte économique risque d’avoir un impact sur leurs revenus et la qualité de leurs emplois qui se fera encore sentir dans 10 à 15 ans, peut-être plus longtemps encore, expliquent des experts américains dans Finances et Développement, mais pas seulement. Les récessions précédentes montrent que cela pourrait plomber aussi, pour les années à venir, leur santé physique et mentale, la solidité de leur couple, leur confiance dans le gouvernement, leur espérance de vie même !

Un nouveau New Deal

Confrontés à une crise qui éprouve les plus vulnérables « de façon disproportionnée », les gouvernements ne doivent pas seulement maintenir des programmes d’urgence tant que la pandémie ne sera pas maîtrisée, a fait valoir cette semaine la cheffe économiste de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Laurence Boone, lors de la mise à jour de ses prévisions économiques. Ils devraient aussi, à plus long terme, chercher à « combler les lacunes » de leur filet social révélées par la crise en améliorant leurs programmes en matière d’éducation, de santé, de congés familiaux et de maladie, d’assurance-emploi et d’aide sociale, notamment, « pour inverser durablement la progression de la pauvreté et des inégalités de revenus ».

Dans Finances et Développement, le FMI parle d’un chantier « comparable au New Deal ou au plan Marshall ». Pour financer ce vaste chantier, il avançait au mois d’octobre que « les gouvernements devront peut-être envisager d’augmenter les impôts progressifs frappant les particuliers mieux nantis […], ainsi que d’aménager la fiscalité des entreprises pour veiller à ce que celles-ci paient un impôt en rapport avec leur rentabilité ».

Cela est rafraîchissant venant de la part d’institutions internationales qui admettent, lors des crises passées, avoir poussé des gouvernements à équilibrer leurs budgets trop vite, même au détriment des services publics.

On verra la suite.

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