Le développement humain mondial menacé par la crise de la COVID-19

«Les mesures de soutien prises par les gouvernements ont permis d’éviter les pires dommages économiques, mais malgré cela, de nombreuses entreprises vont continuer d’avoir d’importantes difficultés», souligne Achim Steiner, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement.
Photo: Ashraf Shazly Agence France-Presse «Les mesures de soutien prises par les gouvernements ont permis d’éviter les pires dommages économiques, mais malgré cela, de nombreuses entreprises vont continuer d’avoir d’importantes difficultés», souligne Achim Steiner, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement.

Le développement humain mondial est en voie de reculer cette année pour la première fois depuis 1990, explique Achim Steiner, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en entrevue avec Le Devoir. Une conséquence directe de la crise liée à la pandémie de COVID-19.

Le virus n’épargne personne, ni les pauvres ni les riches. Mais les conséquences de la crise ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. Selon les données du PNUD, deux décès sur trois dus au coronavirus surviennent dans les pays en développement et près de la moitié de la population mondiale — soit 4 milliards de personnes — ne bénéficie d’aucune protection sociale.

Les pays les moins avancés seront les plus affectés par la crise de la COVID-19, selon un nouveau rapport de l’ONU, mais les pays développés ne sont pas épargnés.

« Les mesures de soutien prises par les gouvernements ont permis d’éviter les pires dommages économiques, mais malgré cela, de nombreuses entreprises vont continuer d’avoir d’importantes difficultés », souligne Achim Steiner qui, depuis New York, constate les effets dévastateurs de la pandémie. « Certains ont perdu toutes leurs économies, notamment celles qu’ils gardaient pour envoyer leurs enfants à l’école, par exemple. »

À l’échelle globale, les effets à long terme de la pandémie de COVID-19 pourraient pousser 207 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté, portant le total à plus d’un milliard d’ici 2030, selon les conclusions d’un rapport publié jeudi par le PNUD.

Une relance verte et inclusive

Les décisions prises aujourd’hui ne détermineront pas seulement comment nous sortirons de la crise actuelle, mais elles façonneront aussi le monde dans lequel nous vivrons et il faut faire mieux, estime M. Steiner.

L’administrateur du PNUD croit qu’il s’agit d’une « occasion unique » de redéfinir la voie du développement vers un avenir « plus équitable et vert. »

Il y a des raisons d’être optimiste, pense celui qui a été directeur général du Programme des Nations unies pour l’environnement de 2006 à 2016. « Si vous regardez du côté du secteur financier, les risques associés à une forte empreinte carbone sont en train de bousculer les investissements sur les marchés. C’est un moment d’introspection pour tous ceux qui travaillent dans le monde de la finance. Leur rôle est central dans la relance verte. »

Il faut aussi s’assurer que la reprise soit inclusive, a défendu M. Steiner lors d’une conférence accordée au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). « La semaine dernière, le Dow Jones a dépassé la barre record des 30 000 points, alors que nous sommes au beau milieu d’une crise sans pareille et que le développement humain mondial est en déclin pour la première fois depuis 30 ans. Il y a un déséquilibre », affirme celui qui soutient que les inégalités ont été mises en exergue par la crise.

Développement durable

En 2015, les États membres des Nations unies ont adopté 17 objectifs de développement durable à atteindre d’ici 2030. Parmi les cibles : éliminer l’extrême pauvreté et la faim dans le monde, parvenir à l’égalité des sexes, réduire les inégalités ou encore lutter contre les changements climatiques.

« Nous ne sommes pas encore en voie d’atteindre ces objectifs », concède Achim Steiner. « Doit-on abandonner pour autant ? Absolument pas. Certains pays ont fait des progrès remarquables. »

Il n’en demeure pas moins que la pandémie a mis sérieusement à mal ces progrès. « Par exemple, certains pays prévoyaient d’investir dans les énergies propres, mais ils se retrouvent avec de tels niveaux d’endettement qu’ils devront d’abord essayer de régler ce problème. »

Si M. Steiner reconnaît que « l’avenir ne sera pas facile », la direction à prendre est plus claire que jamais, selon lui. « Si nous basons nos décisions pour la relance en fonction des Objectifs pour le développement durable, nous aurons plus de chances de sortir intelligemment et efficacement de cette crise. »

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