Malgré la pandémie, la Nationale garde le cap sur son plan pour ses succursales

Au quatrième trimestre, la Nationale a vu son revenu total progresser de 4%, à 2 milliards.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Au quatrième trimestre, la Nationale a vu son revenu total progresser de 4%, à 2 milliards.

Même si la pandémie de COVID-19 a fait grimper l’adoption de ses services numériques, la Banque Nationale n’a pas l’intention pour le moment d’accélérer la réduction de la taille de son réseau.

Pour la clientèle, les changements risquent plutôt de s’observer du côté de la superficie des succursales, qui poursuivront leur virage afin de s’orienter davantage vers les conseils au détriment des transactions au comptoir. « Notre plan suit les comportements de nos clients, a dit mercredi la première vice-présidente à la direction, particuliers et expérience client, Lucie Blanchet, dans le cadre d’une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du troisième trimestre. Nous devons aller au rythme du client et nous ne voulons pas le pousser hors de nos succursales. »

À l’instar de la Banque de Montréal, de la Banque Scotia et de la Banque Royale, la Nationale a livré des résultats supérieurs aux attentes au quatrième trimestre, même si ses profits nets ont décliné de 19 %, à 492 millions, ou 1,36 $ par action, alors que des charges avant impôts de 143 millions ont été comptabilisées.

En date du 31 octobre, date qui marquait la fin de son quatrième trimestre et de l’exercice financier, le réseau de la sixième plus grande banque canadienne comptait 403 succursales à travers le pays, soit 19 de moins qu’un an plus tôt. « Nous avions un plan de 18 à 21 [succursales en moins] et c’est ce qui a été réalisé », a souligné Mme Blanchet, qui a été interrogée à quelques reprises par les analystes sur la stratégie de la Banque à l’égard de son réseau.

Parmi les réalisations et les faits saillants de son année financière, la Nationale a expliqué, dans son rapport trimestriel, avoir repositionné une quarantaine de succursales au Québec « afin d’accompagner les clients dans le virage libre-service et de mettre en avant la proactivité de notre offre-conseil ».

Mieux que prévu

Au quatrième trimestre, la Nationale a vu son revenu total progresser de 4 %, à 2 milliards. En excluant les éléments non récurrents, son profit ajusté s’est établi à 615 millions, ou 1,69 $ par action, comparativement à 612 millions, ou 1,69 $ par action, à la même période l’an dernier. Ce résultat a dépassé les attentes des analystes, qui tablaient sur un bénéfice ajusté par action de 1,52 $, selon la firme de données financières Refinitiv.

La Banque a entre autres comptabilisé un montant de 48 millions en indemnités de départ. « Nous avons réaffecté des employés pour pourvoir des postes vacants […] et réduit les postes jugés redondants au sein de nos activités », a affirmé sur ce point le premier vice-président à la direction, gestion des risques, William Bonnell. Dans un courriel, le porte-parole de la Banque, Claude Breton, a précisé que les départs, sans en préciser le nombre, avaient eu lieu dans le secteur des marchés financiers. Il a également fait valoir qu’à la fin de l’exercice, l’institution comptait plus d’employés qu’à pareille date l’an dernier.

L’institution financière a également mis de côté 110 millions pour pallier les mauvaises créances au quatrième trimestre. Si ce montant est plus élevé par rapport à il y a un an, il est néanmoins inférieur aux 158 millions prévus par les analystes.

Malgré une série de charges entourant des indemnités de départ, des dépréciations d’actifs ainsi qu’une perte de change à la suite de la cession d’une filiale au Brésil, la performance trimestrielle de la Nationale a été jugée satisfaisante par Darko Mihelic, de RBC Marchés des capitaux. « Dans le cadre d’une année difficile, nous considérons ce genre de distorsion comme “normal” et nous sommes franchement surpris de ne pas avoir observé, jusqu’à présent, des annonces similaires de la part des autres banques », a écrit l’analyste, dans une note.

Au trimestre terminé le 31 octobre, la division des services aux particuliers et aux entreprises — la plus importante de la Banque — a vu ses profits décliner de 3 %, à 258 millions, en raison notamment d’une hausse des provisions pour mauvaises créances. La gestion de patrimoine a généré un résultat net de 135 millions, en hausse de 5 %. Du côté des marchés financiers, l’augmentation des bénéfices a été de 3 %, à 209 millions, tandis que le secteur international a vu ses profits bondir de 36 %, à 106 millions.

La Nationale a par ailleurs annoncé qu’elle mettrait la main sur la participation de 20 % qu’elle ne détenait pas encore dans sa filiale américaine Credigy, qui œuvre dans le financement spécialisé.

La Royale dépasse aussi les attentes

Pour sa part, la Banque Royale a également dépassé les attentes en déclarant que son bénéfice du quatrième trimestre avait légèrement augmenté par rapport à il y a un an, grâce à des gains dans ses activités sur les marchés financiers. La Banque affirme avoir gagné près de 3,25 milliards, ou 2,23 $ par action, pour le trimestre clos le 31 octobre, contre près de 3,21 milliards, ou 2,18 $ par action, un an plus tôt.

Sur une base ajustée, RBC affirme avoir gagné 2,27 $ par action pour son dernier trimestre, contre un bénéfice ajusté de 2,22 $ par action il y a un an. Les analystes s’attendaient en moyenne à un bénéfice ajusté de 2,05 $ par action, selon la société de données financières Refinitiv.

Les succès de la Royale sont en grande partie attribuables à sa capacité d’utiliser les gains dans ses activités sur les marchés financiers pour compenser la baisse des taux d’intérêt, des revenus de dépôts des clients et des résultats de ses activités de services bancaires aux particuliers et aux entreprises et de gestion de patrimoine.

Sur l’ensemble de l’exercice, le secteur des services bancaires aux particuliers et aux entreprises a vu ses profits chuter de 21 % et ceux de la gestion de patrimoine, reculer de 13 %, mais la Banque Royale a enregistré une croissance dans les secteurs de l’assurance et des services aux investisseurs.

Compte tenu de l’incertitude causée par la pandémie, la Banque a tenu à garder le contrôle sur ses dépenses autant que possible. Celles-ci ont diminué de 4 % d’une année sur l’autre et, dans la plupart des secteurs, elles sont restées « relativement stables ou en baisse par rapport à l’année dernière », a affirmé M. McKay.

La Banque a également profité du trimestre pour réduire les sommes qu’elle met de côté pour couvrir les créances douteuses. Après avoir monté une provision de 1,11 milliard au deuxième trimestre et de 675 millions au troisième trimestre, le chef de la direction, Dave McKay, a expliqué que la Banque n’avait réservé que 427 millions pour d’éventuelles pertes sur créances au plus récent trimestre. Ce montant était en baisse par rapport à celui de 499 millions d’il y a un an, et montrait une stratégie également utilisée à la Banque Scotia et à la Banque de Montréal, qui ont annoncé mardi qu’elles avaient également réduit leurs provisions pour pertes sur créances douteuses.

Programmes d’aide

Cette diminution permet de croire que certains programmes d’aide gouvernementaux et les reports de milliards de dollars en paiements et remboursements de la part des banques ont réussi à atténuer les risques associés à la pandémie. La Royale a précisé avoir offert des reports sur plus de 90 milliards de dollars de prêts et vu les taux d’intérêt à long terme grimper, mais M. McKay estime que les taux d’intérêt à court terme resteront bas pendant « une période prolongée ».

Lorsqu’ils sont combinés à des niveaux élevés de relance budgétaire, les taux fournissent un coussin aux clients pour gérer les risques, mais cela n’aidera pas tout le monde, a estimé M. McKay. « Alors que la majorité des clients ont recommencé à effectuer des paiements sur leurs prêts, certains éprouveront d’autres difficultés avec les effets de la deuxième vague », a-t-il expliqué.

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