Des serres de légumes en pleine expansion à Montréal

Guy Hébert et Issiaka Sanou, respectivement président et directeur général de la Coopérative de solidarité Les Serres du Dos blanc. Pour la première fois, il leur sera possible de cultiver des légumes toute l’année.
Jacques Nadeau Le Devoir Guy Hébert et Issiaka Sanou, respectivement président et directeur général de la Coopérative de solidarité Les Serres du Dos blanc. Pour la première fois, il leur sera possible de cultiver des légumes toute l’année.

De la salade mesclun qui pousse dans un grand entrepôt d’Hochelaga-Maisonneuve, des légumes bios cultivés dans des serres de 18 pieds de haut dans l’arrondissement de Saint-Laurent : des agriculteurs urbains ont de grands projets pour offrir des produits hyperlocaux aux Montréalais dès cet hiver.

En empruntant le chemin de terre à l’arrière du cégep de Saint-Laurent, on voit rapidement apparaître un impressionnant dôme blanc à quatre bosses. Mais ce n’est pas à cette imposante structure que fait référence le nom de la coopérative de solidarité Les Serres du Dos blanc.

« Les dos blancs, c’est le nom folklorique donné aux habitants de Saint-Laurent. Les gens sur le mont Royal, dans les années 1700 et 1800, quand ils regardaient vers le nord, ils voyaient les fermiers de Saint-Laurent penchés dans leurs champs avec des vestes en peau de mouton », affirme Guy Hébert, président de la coopérative.

Après être disparue pendant plus d’une cinquantaine d’années, l’agriculture fait un retour en force dans le quartier. Les fermes Lufa y ont inauguré cet été une serre sur toit de 15 217 mètres carrés. Les Serres du Dos blanc, elles, produisent depuis trois ans des tomates, des concombres, des poivrons, des aubergines et des pousses mesclun, biologiques, vendus dans des marchés d’alimentation IGA et Rachelle-Béry des alentours. Les membres de la coopérative peuvent aussi les acheter directement.

« Ça ne pourrait pas être plus frais et hyperlocal. Nos clients nous appellent, on récolte leurs légumes le jour même et ils viennent les chercher », souligne le directeur général, l’agronome Issiaka Sanou.

Par ailleurs, 10 % de la production est réservée à du dépannage alimentaire pour le quartier défavorisé Hodge–Place-Benoit, à quelques centaines de mètres de là.

Quatre fois plus de légumes

La coopérative prévoit de quadrupler cette année sa production grâce à la nouvelle serre de 1200 mètres carrés construite et aménagée au coût d’un million de dollars. Pour la première fois, il sera possible pour la coopérative de cultiver des légumes toute l’année. Jusqu’à maintenant, ces derniers ne pouvaient pas grandir l’hiver, leurs premières serres étant non chauffées.

« On va commencer à planter le 15 janvier, indique M. Sanou. Les poivrons vont aller très haut, presque jusqu’au plafond. »

Les administrateurs de la coopérative voient encore plus grand. L’espace est là et la demande est telle, selon eux, qu’ils pourraient quintupler leur surface de production s’ils obtiennent les investissements nécessaires. Pour cela, ils comptent bien profiter de nouveaux programmes annoncés vendredi dernier par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, pour aider les producteurs de serre à accroître leur production.

M. Sanou accueille aussi avec enthousiasme la décision de la Régie de l’énergie, rendue lundi, d’octroyer un tarif d’électricité réduit aux producteurs en serres, ce qui devrait faire baisser leurs coûts de production et leur permettre de vendre leurs légumes à des prix plus compétitifs.

Le mesclun d’Hochelaga-Maisonneuve

Pour l’instant, il ne s’agit que d’un bâtiment industriel presque vide, adjacent au centre de distribution de La Vie en rose, à l’angle des rues Viau et de Marseille. Mais dès janvier, il doit héberger des étages de micropousses de pois, de kale et de betteraves, entre autres, qui grandissent sous un éclairage artificiel aux lampes électroluminescentes (DEL).

C’est le projet d’Ôplant, dirigé par le jeune entrepreneur Guillaume Salvas. L’entreprise vendait jusqu’à tout récemment à des restaurateurs une petite quantité de micropousses, produites en agriculture intérieure verticale hydroponique. Son nouvel objectif ? Aménager 1800 mètres carrés de feuilles et de micropousses, destinées principalement à des salades prêtes à manger par le commun des mortels.

« Il y aurait 12 étages de verdure et ça prendrait des escaliers pour monter », rêve Benoit Gonneville Damme, directeur des technologies pour Ôplant.

« À l’entrée, il y aurait un café où l’on vendrait directement des salades et des produits transformés, comme du pesto. » Mais cette aspiration pourrait prendre plusieurs années à se concrétiser. Pour la première phase, c’est plutôt 550 mètres carrés qui doivent être plantés dès janvier 2021.

« Beaucoup de mescluns que l’on trouve dans les épiceries, l’hiver, ont été cultivés à l’extérieur du Québec. Nous, on veut que les consommateurs d’Hochelaga-Maisonneuve puissent manger des salades d’Hochelaga-Maisonneuve », explique Guillaume Salvas, président-directeur général.

Ôplant aussi compte tirer parti, si possible, des nouveaux programmes d’aide provinciaux pour acquérir de l’équipement de pointe.

Une ferme pionnière en difficulté

La ferme Pousse-Menu cultive des pousses et des germinations biologiques dans un environnement intérieur contrôlé depuis 33 ans, ce qui ferait d’elle la plus ancienne ferme urbaine montréalaise encore en activité. Elle est une inspiration pour plusieurs agriculteurs, dont Ôplant.

Présentement installée dans un bâtiment désuet de Montréal-Ouest, l’entreprise a investi depuis cinq ans près d’un demi-million de dollars dans la modernisation d’un autre édifice, situé à Lasalle, qu’elle loue dans le but de l’acheter. Le fondateur, Philippe Robillard, souhaite ainsi augmenter sa productivité et accueillir dans des installations attrayantes les entrepreneurs qui souhaiteraient marcher dans ses pas.

Mais il se heurte à des difficultés pour obtenir le financement nécessaire à l’achat des nouveaux locaux. Et la pandémie a ralenti ses ventes, notamment auprès des restaurateurs, si bien qu’il dit se trouver dans une situation précaire. Le responsable de la comptabilité de l’entreprise, Eugène Koffi, se croise les doigts pour que le gouvernement ou un fonds d’investissement leur donne un coup de pouce. Comme quoi il n’y a pas que les petits nouveaux qui ont besoin de soutien, les vétérans souhaitant aussi participer à la croissance du milieu serricole.