Un rebond interrompu au Canada

Le rebond de l’économie canadienne s’était notamment traduit par une forte hausse en trois mois de la consommation des ménages.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le rebond de l’économie canadienne s’était notamment traduit par une forte hausse en trois mois de la consommation des ménages.

Après avoir connu un solide rebond à la fin de l’été, l’économie canadienne est entrée dans une période plus morose en même temps que s’est abattue sur elle la deuxième vague de la pandémie de COVID-19, dont elle devrait parvenir à s’extraire avec l’aide des gouvernements et d’un vaccin.

Le produit intérieur brut (PIB) canadien a connu une expansion réelle record de 8,9 % au cours de la période de trois mois qui s’est terminée en septembre, a rapporté mardi Statistique Canada. Il faut tout de suite rappeler que cette croissance trimestrielle jamais vue depuis au moins 1961 faisait suite à une chute tout aussi inédite de 1,9 % au premier trimestre et de 11,3 % au deuxième provoquée par la pandémie de COVID-19 et les mesures de confinement instituées par les pouvoirs publics pour la freiner.

Un manque à gagner

Ainsi, l’économie canadienne accuse encore un manque à gagner de 5,3 % par rapport à la taille qu’elle avait à la fin de l’année dernière.

Le rebond de l’économie canadienne est largement attribuable à l’amélioration du marché du travail, à l’aide financière d’urgence apportée par les gouvernements et aux taux d’intérêt au plancher de la Banque du Canada, observe l’agence fédérale.

Il s’est notamment traduit par une forte hausse en trois mois de la consommation des ménages (+13 %) concentrée dans les biens durables (+38 %), comme les voitures neuves (+51 %) ainsi que les camions et autres véhicules utilitaires (+74 %), au point d’y dépasser les niveaux affichés au quatrième trimestre de 2019 (+7,7 %).

Il s’est également observé dans l’investissement immobilier (+30 %), particulièrement dans le secteur résidentiel, au point de surpasser, là encore, les chiffres de l’an dernier (+10 %).

Bien qu’impressionnante, cette performance au troisième trimestre arrive un peu à court de ce que prévoyait même Statistique Canada, ont observé les analystes mardi. L’apparition d’une deuxième vague de la pandémie au pays et le retour de mesures de confinement laissent entrevoir maintenant une fin d’année moins brillante, a indiqué l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter.

Déjà, Statistique Canada entrevoit une chute de la croissance mensuelle à seulement 0,2 % en octobre comparativement à 0,9 % en août et 0,8 % en septembre. Il ne faudrait pas s’étonner, dit Douglas Porter, de voir cette croissance tomber à zéro, ou plus bas encore, en novembre et décembre.

Il est à espérer maintenant que ce passage à vide ne dure pas trop longtemps, a dit son confrère du Mouvement Desjardins Benoit P. Durocher. « Les incertitudes demeurent très élevées à court terme, alors que la fin de 2020 et même le début de 2021 seront affectés par la seconde vague de la pandémie.

Le piège du déficit zéro

Heureusement, les dernières nouvelles concernant la vaccination sont encourageantes. Cela devrait éventuellement permettre à l’économie canadienne de poursuivre sa récupération sur des bases plus solides. »

La suite des choses dépendra notamment du fait qu’on répétera ou pas l’erreur que plusieurs gouvernements ont malheureusement commise lors de la dernière crise financière, c’est-à-dire réduire « trop tôt » leur soutien à l’économie au sortir de la récession, a expliqué mardi la cheffe économiste de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Laurence Boone, en introduction aux nouvelles Perspectives économiques de l’organisation internationale.

On y prévoit cette année un recul de l’économie mondiale de 4,2 %, et de 5,5 % pour les pays de l’OCDE, alors qu’on craignait en juin des chutes de 7,6 % et de 9,3 % respectivement si une deuxième vague devait survenir.

« L’intervention sans précédent des États et des banques centrales a permis à l’activité mondiale de se redresser rapidement dans de nombreux secteurs », y constate-t-on, tout en rappelant l’impact « disproportionné » essuyé par les travailleurs les plus vulnérables et les petites entreprises.

Au Canada, l’OCDE prédit désormais un recul de 5,4 % de son PIB cette année (contre 8 % à 9,4 % en juin) et une croissance de 3,5 % en 2021 et de 2 % en 2022, « dans la mesure où la vaccination contre le virus devrait devenir généralisée au second semestre de 2021 ».

On y salue la réaction « appropriée » des pouvoirs publics face à la crise et les encourage maintenant à se concentrer sur la requalification de la main-d’œuvre, les investissements verts et l’amélioration du filet social. Et si le temps n’est pas venu de se préoccuper de la réduction de la dette, Ottawa devrait quand même penser à se fixer « un objectif plus strict de solde budgétaire fédéral à moyen terme », dit l’OCDE, afin de « renforcer la crédibilité de [sa] gestion des finances publiques ».

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