Offensive française pour un changement de statut de la BCE

Paris — La France a lancé hier une offensive au plus haut niveau pour un élargissement des missions de la Banque centrale européenne (BCE), estimée pas assez soucieuse de la croissance et appelée à s'inspirer du modèle de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Après le ministre des Finances Nicolas Sarkozy, c'est le président Jacques Chirac lui-même qui a plaidé, lors de sa traditionnelle intervention télévisée du 14 juillet, pour une réforme de la BCE, qui «ne peut pas avoir pour seul et unique objectif la stabilité des prix».

La maîtrise de l'inflation est certes «une exigence», a reconnu Jacques Chirac. «Mais il y aussi la croissance et la gestion des finances publiques européennes en fonction de la croissance», a-t-il ajouté.

Le sujet est extrêmement sensible. D'une part, le statut de la BCE, chargée de veiller en toute indépendance à la stabilité des prix, est inscrit dans les traités européens.

D'autre part, les pays européens sont généralement divisés sur une question qui recouvre des traditions nationales très diverses. De plus, le président de la banque centrale est un Français, Jean-Claude Trichet.

Politique critiquée

Mais la politique monétaire de la BCE, qui maintient depuis un an son taux directeur à 2 % alors que la Fed vient tout juste de relever le sien de 1 % à 1,25 %, est de plus en plus critiquée.

Elle étoufferait la reprise, en renchérissant le coût du crédit et en contribuant à doper le taux de change de l'euro face au dollar, préjudiciable aux exportations européennes.

Au début du mois de juin, déjà, Nicolas Sarkozy avait estimé qu'une modification des statuts de la BCE ne serait «pas absurde», et jugé que l'institut monétaire devait être plus transparent dans ses décisions. Au même moment, le président du conseil italien Silvio Berlusconi avait vertement tancé la BCE, et proposé que lui soit adjoint un comité politique.

Même les responsables allemands ont, ces derniers mois, demandé à la banque centrale de tenir davantage compte de la croissance.

Dans son intervention hier, Jacques Chirac a repris l'exemple de la Réserve fédérale américaine qui, «sous l'éminente impulsion de [son président, Alan] Greenspan n'hésite pas à prendre les mesures qui s'imposent pour relancer l'économie quand elle en a besoin», a-t-il ajouté. «La BCE n'est pas du tout dans cet état d'esprit. On lui a donné une autre mission. Elle applique sa mission. Tout cela mérite d'être réexaminé», a-t-il dit.

Les statuts de la Fed accordent une importance égale à la maîtrise des prix et au soutien à la croissance et à l'emploi. De plus, les usages font que son président entretient un dialogue régulier et apaisé avec les autorités politiques américaines.

Jacques Chirac est également revenu sur l'arrêt rendu mardi par la Cour européenne de justice, qui a annulé pour des raisons de forme, mais pas sur le fond, une décision du Conseil des ministres des Finances mettant entre parenthèses le Pacte de stabilité budgétaire liant les pays européens.

«La Cour a pris une décision de procédure, c'est-à-dire que le lien, la relation entre le Conseil européen [représentant les Etats membres de l'UE] et la Commission, qui incarne l'intérêt général européen, doivent être plus forts», a-t-il indiqué.

Il a assuré que la France était «favorable à la discipline budgétaire», mais estimé que la règle «un peu brutale» du pacte de stabilité devait être réexaminée.