Gildan devra répondre de ses erreurs

La fermeture de son usine d'El Progreso, au Honduras, ne dispensera pas Gildan de l'obligation de répondre des erreurs de conduite qu'il y a commises, avertit la Fair Labour Association.

L'organisation de défense des droits du travail, dont se vante d'être membre le fabricant montréalais de t-shirts, disait hier ne pas avoir encore fini de digérer la nouvelle de la fermeture de l'usine hondurienne. Ayant elle-même relevé, lors d'une récente enquête sur place, de «forts indices de non-respect» de ses règles, elle n'en a pas moins rappelé Gildan à ses obligations.

«C'est la première fois qu'une telle situation se présente à nous, a expliqué au Devoir le directeur exécutif de la Fair Labor Association (FLA), Rut Tufts. Nos entreprises membres sont rarement propriétaires des usines qui ont été prises en faute. Ce sont habituellement leurs sous-traitants. Dans tous les cas cependant, on s'attend à ce que les entreprises aient réglé leurs problèmes dans une usine avant qu'elles puissent cesser de faire affaire avec elle.»

Dans le cas contraire, «la FLA serait forcée de conclure que l'entreprise en question ne respecte pas ses engagements». Cette dernière aurait alors 90 jours pour démontrer sa bonne foi, après quoi elle s'exposerait à l'exclusion pure et simple. «On est déjà passé proche avec d'autres entreprises, mais ce n'est jamais encore arrivé», révèle Rut Tufts, dont la coalition d'entreprises, d'universités et d'organismes de défense des travailleurs compte dans ses rangs des géants du vêtement de sport comme Adidas-Salomon, Nike, Reebok et Puma.

C'est hier que Le Devoir a révélé la décision de Gildan de fermer le 30 septembre son usine de couture de 1800 employés d'El Progreso. La compagnie a attribué son geste à des raisons d'affaires n'ayant rien à voir avec les multiples dénonciations dont la manufacture avait fait l'objet. Ses activités seront transférées dans d'autres usines de la compagnie à Haïti et au Nicaragua.

Le Devoir a également dévoilé hier les conclusions de l'enquête menée ce printemps par un autre organisme spécialisé, le Worker Rights Consortium. On y rapportait le congédiement de plus de 80 employés impliqués dans les efforts de syndicalisation de l'usine, l'imposition d'heures supplémentaires sans compensation, ainsi que le mauvais traitement et le congédiement de femmes enceintes.

Doutes

Encore sous le choc de la nouvelle de la fermeture de l'usine, le Worker Rights Consortium disait hier douter des affirmations de Gildan selon lesquelles la décision n'avait rien à voir avec les accusations répétées de violation des lois du travail du Honduras.

Ces comportements ont déjà valu à Gildan les critiques de nombreux organismes de défense des droits de l'homme. Y voyant une question de principe, le Fonds de solidarité de la FTQ s'est aussi départi de ses actions de la compagnie à l'automne.

Fier d'appartenir à une organisation ayant autant de crédibilité que la FLA, Gildan assure avoir déjà apporté des correctifs à plus de 70 % des problèmes relevés par ses enquêteurs. Il s'engage aussi à en appliquer les recommandations à la douzaine d'usines qu'il détient notamment au Honduras, au Mexique, au Salvador, au Nicaragua, à Haïti, en République dominicaine et en Inde.

Concernant le nombre de problèmes déjà réglés à l'usine d'El Progreso, Rut Tufts se dit «obligé d'exprimer [son] désaccord». Soucieux d'en dire le moins possible sur un processus d'enquête et de recommandations qui n'a pas encore été rendu public, mais qui devrait l'être d'ici peu, il explique que la FLA et Gildan n'en étaient qu'au tout début d'un long processus d'amélioration.

«On en était toujours à une étape exploratoire et on fait toujours très attention de ne pas tomber dans des solutions faciles qui ne régleraient fondamentalement rien. Je ne vois pas comment, dans un tel contexte, [Gildan] pourrait en arriver à une évaluation chiffrée.»

«Soyons clairs, a-t-il poursuivi. Les entreprises membres de notre association ont toutes, à un niveau ou à un autre, des problèmes à régler dans leurs usines, sinon elles ne seraient pas membres de la FLA. Ce qu'on leur demande, c'est qu'elles démontrent une véritable volonté d'améliorer les choses avec notre aide.»