Net recul des ventes au détail américaines

La baisse s’explique en grande partie par de mauvaises ventes de voitures (-4,4 %).
Photo: Agence Reuters La baisse s’explique en grande partie par de mauvaises ventes de voitures (-4,4 %).

Washington — Les ventes de détail ont fortement baissé en juin aux États-Unis, faisant craindre un essoufflement des consommateurs qui risque d'entraîner un ralentissement de la croissance américaine.

Les ventes de détail ont reculé de 1,1 % en juin par rapport en mai, ce qui est la plus forte baisse depuis février 2003 et a constitué une très mauvaise surprise pour les analystes qui tablaient sur une baisse de 0,7 % seulement.

«Nous nous attendions à un mauvais chiffre mais c'est un peu pire que prévu, et c'est assez généralisé», a estimé Ethan Harris, chef économiste pour les États-Unis de Lehman Brothers.

Moins de voitures

La baisse s'explique en grande partie par de mauvaises ventes de voitures (-4,4 %). Mais même hors automobile, le recul a atteint 0,2 %, et il a touché un nombre important de secteurs: stations services (-0,9 %), habillement (-0,5 %), grands magasins (-0,8 %), notamment.

«La tentation est bien sûr de se demander si nous ne sommes pas à l'aube d'un grand ralentissement du côté des consommateurs, et il y a sans doute du vrai là-dedans», assure M. Harris. En effet, «nous arrivons au point où tous les trucs qui stimulaient les consommateurs commencent à perdre leur effet», estime l'analyste.

Les remises d'impôts, vieilles d'un an à présent, ne se font plus trop sentir, les taux affriolants de 0 % des constructeurs automobiles ont perdu de leur attrait et la hausse des taux d'intérêt réduit l'accès au crédit.

«Il ne fait aucun doute que nous avons vu le consommateur s'essouffler un peu au cours des derniers mois», assure Sal Guatieri de BMO Financial Group.

Or, le consommateur est aux États-Unis le moteur essentiel de la croissance. C'est lui qui a permis à l'économie américaine de ne pas s'écrouler après les attentats du 11 septembre 2001, alors que les entreprises, tétanisées, avaient gelé investissements et embauches.

«Jusqu'à présent, nous avions confiance dans la vigueur de la consommation des Américains, surtout à la lumière du virage de l'emploi. Ces chiffres [sur les ventes de détail] jettent un doute sur la capacité des consommateurs à continuer de dépenser», ajoute M. Guatieri.

Un ralentissement de la consommation aurait immanquablement des répercussions sur la croissance. D'ores et déjà, les analystes de Lehman Brothers ont révisé à 3,8 %, contre 4,2 % précédemment, leur prévision de croissance en rythme annuel pour le deuxième trimestre. Cela placerait le produit intérieur brut (PIB) au niveau décevant du premier trimestre (3,9 %).

Pourtant, les analystes incitent à la prudence avant de crier au loup. «Ces chiffres [sur les ventes de détail] exagèrent probablement la faiblesse des consommateurs», assure M. Harris, qui souligne que les revenus continuent de progresser et que le marché de l'emploi, malgré un accès de faiblesse en juin, a tourné la page du marasme. Reste que la Réserve fédérale va sans doute suivre de très près l'évolution de ces chiffres, qui devraient «l'inciter à agir très lentement» pour relever ses taux, selon M. Guatieri.