Le Cirque du Soleil n’est plus à l’abri de ses créanciers

Photo: Rick Rycroft Archives Associated Press

D’une quarantaine d’événements à une poignée de spectacles à Las Vegas et en tournée : même si le Cirque du Soleil n’est plus à l’abri de ses créanciers, l’entreprise de divertissement devra être patiente avant de renouer avec son rythme de croisière d’avant la pandémie de COVID-19.

Après avoir terminé un « long marathon » où il a vu de nouveaux propriétaires s’installer aux commandes, une nouvelle épreuve attend le président et chef de la direction Daniel Lamarre, qui doit maintenant s’affairer à relancer, avec son équipe, la troupe fondée en 1984.

« Même au début de la crise [sanitaire], je ne pensais jamais qu’on allait se reparler au mois de novembre et que malheureusement nous n’aurions pas repris nos activités de manière importante », a-t-il lancé, mardi, au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Environ cinq mois après s’être tourné vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC), ce qui avait mené au licenciement de quelque 3500 employés, le Cirque a annoncé la clôture de la proposition évaluée à 1,2 milliard $US de ses créanciers garantis, menés par la firme torontoise Catalyst Capital Group, qui sont officiellement les nouveaux propriétaires.

Si le conseil d’administration de l’entreprise a été remanié, M. Lamarre, qui avait été nommé grand patron en 2004, demeurera en poste. Le principal intéressé, qui dit ne pas avoir craint pour son poste, table désormais sur un redémarrage progressif des activités du Cirque — qui est largement tributaire de la vaccination à grande échelle de la population contre la COVID-19.

« Je vous dirais qu’à la fin de 2021, dans un scénario réaliste, nous aurons probablement relancé trois ou quatre spectacles à Las Vegas et j’espère que l’on sera en chantier pour tenir deux, trois spectacles de tournée », a-t-il estimé.

De la patience

L’entreprise de divertissement, qui a été privée de revenus après avoir annulé ses 44 spectacles à travers le monde en raison de la crise sanitaire, a redémarré certaines de ses activités avec des représentations présentées avec des partenaires à Hangzhou, en Chine, à Riviera Maya, au Mexique, ainsi qu’à Orlando, en Floride.

Un contrôle de la pandémie à l’échelle mondiale permettrait d’envisager de retrouver, vers l’automne 2022, un volume d’affaires similaire à ce qui était observé avant l’arrivée du coronavirus.

« Avant la crise, il y avait environ 1200 emplois à Montréal et l’objectif est de revenir à une taille semblable », a dit M. Lamarre, lorsqu’interrogé sur l’empreinte du Cirque au Québec.

À l’heure actuelle, quelque 185 employés de l’entreprise travaillent sur le plan de relance alors que 500 autres, qui se trouvent essentiellement à Las Vegas et à Orlando, ont conservé leur lien d’emploi.

Avant la pandémie, le Cirque générait environ 85 % de son chiffre d’affaires grâce à la vente de billets. La crise sanitaire a démontré la nécessité d’être en mesure de bonifier de 15 % à 20 % les recettes récoltées grâce aux activités numériques, comme la diffusion de contenu en ligne, a reconnu le grand patron de la troupe.

Vote de confiance

Pour l’expert en gouvernance et professeur à l’Université Concordia Michel Magnan, les nouveaux propriétaires ont probablement choisi de garder M. Lamarre pour sa connaissance du secteur du divertissement même s’il était en poste lorsque le Cirque, lourdement endetté, a choisi de se protéger de ses créanciers.

« Probablement qu’on a jugé que le problème n’était pas tant au niveau des activités que du côté de la structure financière, a expliqué l’expert au bout du fil. Il est là actuellement. Dans un an ou deux, on s’en reparlera. »

Dans l’immédiat, il serait surprenant de voir un autre partenaire, comme Québecor, qui avait déjà manifesté un intérêt, se joindre aux actionnaires actuels, a expliqué M. Lamarre, en précisant que les nouveaux propriétaires souhaitent exploiter le Cirque.

Les nouveaux propriétaires du Cirque s’étaient engagés à injecter jusqu’à 375 millions $US en plus de maintenir le siège social de la compagnie à Montréal pour au moins cinq ans. Le directeur général chez Catalyst, Gabriel de Alba, ainsi que Jim Murren, un ex-président du conseil d’administration et chef de la direction de MGM Resorts International, seront à la tête du conseil d’administration du Cirque. Ils succèdent à l’homme d’affaires montréalais Mitch Garber.

À voir en vidéo