«On vit au jour le jour»

Le grand magasin Army & Navy a fermé ses portes en mai dernier, après plus de 100 ans d’activité.
Photo: Hélène Lequitte Le Devoir Le grand magasin Army & Navy a fermé ses portes en mai dernier, après plus de 100 ans d’activité.

Dans la province de l’or noir, il n’y a pas que les géants pétroliers qui font face à la crise. Les petites et les moyennes entreprises rencontrent elles aussi leur lot de défis pour passer le cap de cette pandémie. Discrets, mais surtout indispensables à notre économie et à notre mode de vie, les entrepreneurs s’organisent pour survivre, alors que certains ont déjà mis la clé sous la porte.

À Edmonton, en longeant l’avenue Whyte, dans le quartier de Strathcona, on peut facilement compter le nombre de panneaux indiquant les espaces à louer. Pour les habitués du quartier, le paysage a commencé à changer après les fermetures successives de commerces qui avaient depuis de nombreuses années pignon sur rue : Starbucks, Second Cup ou encore le grand magasin Army & Navy, qui a fermé ses portes en mai dernier, après plus de 100 ans d’activité. Ce magasin faisait partie du décor de « la Whyte » et de l’histoire de la ville. Le même sort a été réservé au Princess Theatre, cinéma iconique lui aussi âgé d’une centaine d’années. Quand certains ont déjà fermé, d’autres développent des trésors d’ingéniosité pour subsister.

Entrepreneurs francophones de l’Alberta

Franck Bouilhol, Français d’origine et entrepreneur depuis cinq ans à Edmonton, détient aujourd’hui une entreprise de glace : Little Bear Gelato. Ses principaux revenus viennent de la vente de ses produits dans les marchés agricoles, les restaurants, les grandes et les petites épiceries. Au fil de la crise, il a pu constater une différence dans le comportement de ses consommateurs. « Depuis la COVID, on vend très peu de scoops [un cornet à l’unité] ; les gens arrivent, achètent et partent. On a vendu beaucoup de pots de 500 millilitres », résume-t-il.

 

Edmonton est célèbre pour ses nombreux festivals d’été et ses foires, et leur annulation a été un sérieux manque à gagner pour l’entreprise de M. Bouilhol. « Le festival Taste of Edmonton, représente, en dix jours, deux mois de chiffre d’affaires », calcule-t-il. Afin d’aider les entrepreneurs comme Franck Bouilhol, des sites Internet faisant la promotion des produits locaux ont été créés. « Les gens étaient friands de ça, d’aider les petites entreprises comme nous », raconte-t-il. Car l’autre aspect de la pandémie de COVID-19, non perceptible et moins quantifiable, c’est la publicité, ou l’interférence qu’a occasionnée l’annulation des festivals, quand tout passait par le bouche-à-oreille.


Cependant, malgré les difficultés rencontrées, Franck Bouilhol dit ne pas avoir été celui qui a le plus souffert. Daniel Cournoyer, Franco-Albertain, directeur du Café bicyclette et de la Cité francophone d’Edmonton, ne peut pas en dire autant. En mars dernier, il a décidé de fermer ses portes pour les rouvrir en juin. Si durant l’été les chiffres du café étaient au beau fixe, les services de traiteur et de location de salle pour les cérémonies de mariage ont accusé une chute sévère de 95 %, soit un manque à gagner de près de 500 000 $.


Entre-temps, une subvention fédérale a été mise à la disposition des employeurs, explique Daniel Cournoyer, une aide à hauteur de 80 % de la masse salariale, aujourd’hui passée à 30 %.

 

D’Edmonton à Calgary, les rues se ressemblent. Certains restaurants et magasins se sont vidés sur la 17e Avenue, endroit des plus populaires pour sortir et socialiser à Calgary. Aujourd’hui, il est encore difficile de quantifier le nombre d’entreprises qui ont fermé.

Aider les entrepreneurs


Murray Sigler, p.-d.g. par intérim de la chambre de commerce de Calgary, encourage les gens à acheter local. « Nous avons tous un rôle à jouer et nous devons soutenir nos entreprises locales aujourd’hui, pour qu’elles puissent être là demain. »

En attendant, sur le site du gouvernement de l’Alberta, on annonce une aide allant jusqu’à 200 millions de dollars dans le financement d’un programme spécifique. Ce programme prévoit un paiement unique aux organisations qui ont vu leurs revenus diminuer de 50 % en avril ou en mai 2020 en raison de la COVID-19.

Le montant des subventions est calculé sur la base de 15 % des revenus mensuels de l’organisation admissible avant la crise sanitaire, jusqu’à un maximum de 5000 $ par entreprise, coopérative ou organisation à but non lucratif.

 

Comment s’annoncent les prochaines semaines ou les prochains mois ? « Depuis la COVID, on vit au jour le jour », résume Franck Bouilhol. Une réalité qui rejoint exactement celle de Daniel Cournoyer : « Le contexte change toutes les heures, toutes les semaines. » Nul ne sait comment se déroulera Noël.

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