Les conventions collectives devront-elles attendre 2021?

Marie Pâris Collaboration spéciale
La CSQ a lancé une campagne radio de sensibilisation à l’importance des services publics ou encore mené une action éclair devant le bureau de la présidente du Conseil du trésor. Mais à ce jour, elle a toujours «l’impression de dialoguer avec un mur».
Photo: Courtoisie La CSQ a lancé une campagne radio de sensibilisation à l’importance des services publics ou encore mené une action éclair devant le bureau de la présidente du Conseil du trésor. Mais à ce jour, elle a toujours «l’impression de dialoguer avec un mur».

Le 4 novembre 2019, la CSQ déposait ses propositions auprès du gouvernement. Un an plus tard, elle fait le point sur les négociations pour le secteur public.

Le gouvernement Legault indiquait en mai dernier vouloir régler les conventions collectives de ses quelque 550 000 employés avant la fin juin. Mais à ce jour, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a toujours « l’impression de dialoguer avec un mur ». Elle entretenait pourtant d’autant plus d’espoir que le premier ministre avait placé la santé et l’éducation dans les priorités de ses engagements électoraux. « On a préparé des demandes pour améliorer les conditions de travail dans ces secteurs, qui ont été très malmenées par l’austérité de ces dernières années », indique la présidente de la CSQ, Sonia Éthier, citant notamment les problèmes d’attraction et de rétention de personnel. « Les gens quittent le bateau parce que le travail est trop difficile. Le gouvernement connaît pourtant bien tout ça, il a en main le tableau complet… »

En mars, la COVID-19 s’invite dans le portrait. Le premier ministre demande alors aux syndicats de reporter les négociations, ce qu’ils acceptent, étant donné qu’il est plus urgent que leurs membres poussent à la roue pour passer à travers la pandémie. Le gouvernement revient vers eux plus tard avec des propositions, dans un contexte qui a bien changé depuis 2019 — avec la crise, le déficit annoncé oscille entre 12 et 15 milliards de dollars et le retour à l’équilibre budgétaire ne se fera pas avant cinq ans. « Ces propositions ne correspondaient pas aux besoins, ni en ce qui concerne les conditions de travail ni en ce qui concerne les salaires, dit Sonia Éthier. Comme beaucoup d’organisations, on a réduit notre demande salariale de moitié pour tenir compte du contexte budgétaire ; mais même si ce contexte s’est détérioré, on pense qu’il y a de l’espace pour répondre aux besoins. »

Syndrome de la chaudière percée

La présidente de la CSQ dénonce également le « syndrome de la chaudière percée », au moment où l’État distribue des primes dans la santé, lance des campagnes pour attirer du personnel de soutien ou bien fait appel aux retraités pour combler le manque en ressources humaines. Selon elle, il faudrait plutôt des mesures structurantes inscrites dans la convention collective, car « les primes temporaires ne règlent rien aux problèmes de fond ».

Si la négociation n’avance pas à la hauteur des besoins de nos membres, on va parler de grève. Les moyens durs ne sont absolument pas écartés, au contraire… 

 

 

Le gouvernement a en outre déposé son projet de loi 66 sur la relance économique, dont on amorçait l’étude parlementaire à la fin d’octobre. Une nouvelle fois, la CSQ n’y trouve pas son compte : « C’est beau d’investir dans le béton, mais il ne faut pas négliger la population dans ses services publics. Dans ce plan de relance, il manque un élément important : l’investissement dans l’humain, dans les conditions de travail et salariales. » La CSQ martèle que les services publics font aussi partie de la relance économique, chiffres à l’appui : 1 dollar investi dans ces services stimule l’économie de 1,20 dollar, tandis que dans la construction il ne stimule l’économie que de 1,05 dollar. Soutenir la santé et l’éducation permettrait en outre d’intégrer les femmes dans la relance économique, puisqu’elles constituent 75 % des employés des services publics.

Envisager la manière forte

La CSQ a bien lancé une campagne radio de sensibilisation à l’importance des services publics ou encore mené une action éclair devant le bureau de la présidente du Conseil du trésor. Mais devant l’absence de réponse, elle indiquait fin octobre dans un communiqué envisager tous les moyens à sa disposition pour exercer son droit à la négociation comme organisation syndicale. « On a voté un plan d’action en quatre volets et on les déploiera en fonction du déroulement de la négociation, précise Sonia Éthier. On va accentuer le rapport de force. Si la négociation n’avance pas à la hauteur des besoins de nos membres, on va parler de grève. Les moyens durs ne sont absolument pas écartés, au contraire… »

À un an du dépôt des premières propositions des syndicats, on peut se demander si ces négociations aboutiront d’ici la fin de l’année. De son côté, la CSQ ne s’est pas fixé d’échéance. « On veut prendre le temps de négocier jusqu’à ce que nos membres soient satisfaits. Tout est une question de volonté politique maintenant, la balle est dans le camp du gouvernement, conclut Sonia Éthier. Là, on est à la croisée des chemins ; la situation actuelle ne peut pas continuer comme ça dans les services publics. »