Moderniser l’aide aux agriculteurs

Jean-François Venne Collaboration spéciale
L’UPA souligne la nécessité de soutenir les jeunes agriculteurs qui tentent de créer leur entreprise.
Photo: iStock L’UPA souligne la nécessité de soutenir les jeunes agriculteurs qui tentent de créer leur entreprise.

La pandémie s’est ajoutée aux défis rencontrés par des agriculteurs déjà aux prises avec les conséquences des tensions commerciales, une baisse des prix et les changements climatiques. L’Union des producteurs agricoles (UPA) demande au gouvernement fédéral d’adapter ses mesures d’aide en conséquence.

Le gouvernement canadien offre cinq programmes de gestion de risque, qui fournissent en moyenne 1,6 milliard de dollars par année aux agriculteurs en difficulté. Cette contribution pourrait dépasser 2 milliards de dollars en 2020 en raison de la COVID-19, peut-on lire sur le site Web d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Ces programmes aident les agriculteurs à se protéger contre les pertes de revenu et de production.

En 2013, les conservateurs avaient sabré ces appuis, ce qui avait particulièrement influé sur le programme Agri-stabilité. À l’époque, les prix des denrées alimentaires restant élevés sur les marchés mondiaux, ces modifications n’avaient pas eu un gros effet. Cependant, des changements dans la demande et dans l’offre ont depuis fait baisser les prix.

Des programmes moins accessibles

« Dans les conditions actuelles, Agri-stabilité ne joue plus son rôle d’aide à la gestion des risques, il n’intervient qu’en cas de catastrophe majeure, ce qui constitue plutôt la vocation du programme Agri-relance », déplore Marcel Groleau, président général de l’UPA.

Pour accéder à Agri-stabilité, un exploitant doit montrer une baisse de son bénéfice de 30 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. La première tranche de 30 % de déficit est à la charge du producteur. Le reste donne droit à des paiements. L’UPA demande au gouvernement de rendre les producteurs admissibles au programme dès qu’ils affichent une perte de 15 % par rapport à leur moyenne de référence, plutôt que 30 %. C’était la manière de procéder avant les réformes de 2013.

« C’est devenu difficile de se qualifier, souligne M. Groleau. Par ailleurs, si le marché demeure mauvais pendant quelques années, ça fait diminuer la moyenne de profit, donc ça réduit d’autant les chances de se qualifier ensuite. »

Le programme Agri-protection devrait lui aussi évoluer, selon l’UPA, pour tenir compte des changements climatiques et de la diversification de la production agricole, dans laquelle on retrouve notamment de plus en plus de petits exploitants.

Agri-protection est une assurance à frais partagés, visant à surmonter les pertes de récolte entraînées par divers problèmes, tels les catastrophes naturelles et les dommages causés par la faune. Cette année, il pourrait servir à couvrir les pertes liées à l’interruption des travaux en raison de la pandémie et de la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie horticole. La Financière agricole assume la livraison de cette mesure au Québec.

« Le temps est venu de s’asseoir avec les gouvernements pour revoir l’ensemble des programmes d’aide, afin de les adapter au contexte actuel », estime M. Groleau.

Vers l’autonomie alimentaire

L’UPA milite également pour que les gouvernements québécois et canadien développent une approche cohérente d’autonomie alimentaire. « La pandémie a révélé des vulnérabilités dans nos chaînes alimentaires », souligne M. Groleau. Il rappelle que certains exploitants ont éprouvé des difficultés à faire venir des travailleurs étrangers et ont souffert de la pénurie de main-d’œuvre agricole au Québec. La fermeture des frontières a aussi fait craindre que nos importations massives de produits alimentaires soient compromises.

En plus d’augmenter la sécurité de l’approvisionnement, l’autonomie alimentaire présente un potentiel économique majeur pour les producteurs d’ici. L’UPA propose notamment d’allonger la saison de production de légumes en construisant davantage de serres. Le gouvernement de François Legault a déjà fait part de son objectif de doubler la superficie en serres au Québec, pour la faire passer à 240 hectares. Il aimerait aussi créer une grappe industrielle pour le secteur serricole.

L’UPA rappelle de plus la nécessité de soutenir les jeunes agriculteurs qui tentent de créer leur entreprise. Comme plusieurs d’entre eux louent leurs terres, ils peinent à présenter des garanties suffisantes pour obtenir du crédit. Ils ont donc besoin d’un appui financier public.

M. Groleau insiste surtout sur l’importance de travailler par filières, afin que les producteurs trouvent au Québec des débouchés pour leurs aliments. Il donne l’exemple du bœuf. « Nous avons un bon potentiel de production bovine au Québec, mais nous manquons d’abattoirs, ce qui nuit au développement de cette filière », illustre-t-il.

Quant à l’élection du démocrate Joe Biden, elle ne devrait pas produire tant d’effets sur les producteurs d’ici. Le protectionnisme se trouvait déjà à l’ordre du jour à l’époque de Barack Obama. « L’amélioration des relations diplomatiques entre les deux pays devrait toutefois faciliter la résolution de désaccords lorsqu’ils se posent », espère M. Groleau.