Les contours de la pauvreté au Québec

La pandémie  a mis en lumière les enjeux  de pauvreté  et les effets  sociétaux  des salaires  souvent trop bas des travailleurs  essentiels.
Marie-France Coallier Le Devoir La pandémie a mis en lumière les enjeux de pauvreté et les effets sociétaux des salaires souvent trop bas des travailleurs essentiels.

Un Québécois sur cinq n’a pas accès à un « revenu viable », selon une étude publiée mercredi par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), qui publie annuellement, depuis 2015, un indicateur de ce qu’il en coûte pour « vivre dignement et échapper à la pauvreté au Québec ».

Qu’est-ce que le « revenu viable » ? C’est le revenu qui « tient compte des besoins réels (comme se nourrir, se vêtir, se loger, etc.) mais qui prend aussi en considération le besoin de disposer d’une marge de manœuvre — c’est-à-dire d’avoir de l’argent de côté afin de faire face à des imprévus ou d’avoir un peu de souplesse financière pour aller au restaurant occasionnellement », explique Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l’IRIS et coauteure du rapport.

Pour une personne seule vivant à Montréal, le revenu viable est évalué à 27 947 $, alors que le salaire minimum à temps plein (35 heures par semaine à 13,10 $, soit 21 597 $ après impôt et transferts) ne permet pas de l’atteindre. Il faut plutôt un salaire horaire de 18 $ pour y arriver, note-t-on dans l’étude.

Le panier de consommation

L’indicateur du revenu viable permet d’aller au-delà de la mesure du panier de consommation (MPC), explique Mme Couturier. « La mesure du panier de consommation, ça correspond à ce dont on a besoin pour survivre. Or ce n’est pas parce qu’on survit qu’on sort de la pauvreté. C’est quand on dépasse le seuil du revenu viable qu’on peut commencer à vivre. En deçà de ce seuil, il faut parfois faire des choix déchirants dans le budget et il est difficile de joindre les deux bouts. »

À titre d’exemple, le rapport montre qu’une personne de 65 ans vivant seule à Montréal et recevant la garantie de revenu minimale à la retraite, soit la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG), n’atteint pas ce seuil du « revenu viable ». Elle devrait travailler en plus l’équivalent de 15 heures par semaine au salaire minimum pour y parvenir. En 2018, Statistique Canada notait d’ailleurs que près de 50 % des personnes de 60 ans et plus qui se maintenaient sur le marché du travail le faisaient par nécessité.

La mesure du panier de consommation, ça correspond à ce dont on a besoin pour survivre. Or ce n’est pas parce qu’on survit qu’on sort de la pauvreté.

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière les enjeux de pauvreté et les effets sociétaux des salaires « souvent trop bas » des travailleurs essentiels, comme les préposés aux bénéficiaires, soulignent les auteures du rapport. Les initiatives des gouvernements pour remédier à la crise de la pandémie ont montré qu’il est « possible de penser et d’agir autrement ».

Au printemps, le gouvernement canadien a instauré temporairement la Prestation canadienne d’urgence (PCU), désormais remplacée par la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE). Le rapport de l’IRIS démontre que cette prestation, si elle était versée pendant un an à une personne seule, permettrait d’atteindre un revenu plus élevé après impôt et transferts (22 788 $) que la MPC (18 821 $), même supplémentée de 7 % pour estimer un revenu après impôt correspondant (20 139 $).

Être plus ambitieux

En 2002, l’Assemblée nationale du Québec a adopté la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Mme Couturier croit qu’il faut « être plus ambitieux » en ce qui concerne les indicateurs que l’on utilise pour mesurer cette pauvreté. « Lorsque le Québec se compare à l’international, on utilise la mesure du faible revenu à 60 % du revenu médian — qui se compare à la mesure du revenu viable. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’établir des politiques au Québec, on se base seulement sur le panier de consommation. »

Trois indicateurs

La mesure du panier de consommation (MPC) qui évalue la couverture des besoins de base

 

La mesure de faible revenu à 50 % de la médiane des revenus après impôt (MFR-50) pour les comparaisons entre régions

 

La mesure de faible revenu à 60 % de la médiane des revenus après impôt (MFR-60) pour les comparaisons internationales


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