Des agriculteurs bios se sentent oubliés

Selon le gouvernement du Québec, l’agriculture comptait pour 9,8% des émissions totales de gaz à effet de serre, ce qui en fait le quatrième secteur d’activité émetteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le gouvernement du Québec, l’agriculture comptait pour 9,8% des émissions totales de gaz à effet de serre, ce qui en fait le quatrième secteur d’activité émetteur.

Des agriculteurs biologiques déplorent le silence du Plan pour une économie verte, dévoilé lundi par le gouvernement du Québec, à propos de leur mode de production.

« L’agriculture biologique n’est pas reconnue à sa juste valeur pour ses apports à la durabilité de l’agriculture au Québec », estime Caroline Poirier, présidente de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique.

Cette maraîchère établie en Estrie avait déjà été déçue par le Plan pour une agriculture durable, rendu public le 22 octobre. Ce dernier mentionne l’agriculture biologique comme étant l’un des modes de production favorables à l’environnement, sans préciser comment le gouvernement compte l’encourager. Dans le Plan pour une économie verte 2030, le gouvernement mentionne qu’il veut « accompagner les entreprises agricoles afin de les aider à adopter des pratiques et des technologies qui permettront de réduire les émissions de gaz à effet de serre » en leur offrant de la formation et des services-conseils. Selon le gouvernement du Québec, l’agriculture comptait pour 9,8 % des émissions totales de gaz à effet de serre, ce qui en fait le quatrième secteur d’activité émetteur.

Mme Poirier aurait souhaité voir un soutien direct au mode de production biologique. « Par définition, l’agriculture biologique vise la santé des sols, la diversification des cultures, la résilience des systèmes agricoles, de façon normée avec des pratiques très précises. C’est une vision élaborée depuis longtemps, qui contribue à l’augmentation de la matière organique dans le sol », indique-t-elle.

En effet, l’agriculture biologique a des avantages sur le plan écologique, souligne Patrick Mundler, professeur en économie agroalimentaire à l’Université Laval, notamment par son interdiction des engrais azotés de synthèse et par la possible rétention de CO2 dans le sol, qui contiendrait généralement un taux de matière organique plus important qu’en agriculture traditionnelle. Mais le bilan environnemental de l’agriculture biologique relativement à l’agriculture traditionnelle, à grande échelle, est contesté.

« En agriculture biologique, on a un rendement moindre, alors quand vous ramenez ça au kilo, parfois, elle a des désavantages. Si un passage de tracteur permet de labourer un hectare, mais qu’en conventionnel, je produis 10 tonnes alors qu’en bio j’en produis 8, les effets de mon passage de tracteur ne sont pas les mêmes », explique M. Mundler.

Questionnée à ce sujet, l’Union des producteurs agricoles (UPA) remet d’ailleurs en question les bienfaits de l’agriculture biologique.

« Si je produis bio, mais que je suis obligé de cultiver deux fois plus grand, est-ce que, à terme, le résultat est meilleur ? » demande Marcel Groleau, président de l’UPA. « On n’a pas fait une démonstration très claire que, en ce qui a trait aux gaz à effet de serre, l’un est préférable à l’autre à grande échelle. »

Favoriser les petits agriculteurs

Maxime Laplante, producteur de céréales biologiques, croit justement qu’il faut cesser de favoriser les grandes monocultures au détriment des petits agriculteurs. « Ça oblige l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques. Si j’avais 1000 hectares de maïs, sincèrement, j’ai beau être agronome, je n’ai aucune idée de comment je pourrais gérer ça sans recourir à des pesticides », affirme-t-il.

Il déplore d’ailleurs, tout comme Caroline Poirier, le fait qu’il faille être propriétaire d’une quantité importante d’animaux d’élevage pour être admissible à certains programmes d’aide de la Financière agricole, comme le Programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles.

Mme Poirier souhaiterait également que le gouvernement soutienne financièrement la mise en marché directement auprès des consommateurs, sans intermédiaire, notamment par les petits producteurs. Cela s’appelle la commercialisation en circuit court. « Ça permet de réduire le gaspillage alimentaire, et donc de diminuer l’empreinte écologique en produisant moins », juge-t-elle.

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