Hydro-Québec n’exclut pas de produire de l’hydrogène

Lors de la présentation, lundi, de son Plan pour une économie verte présenté, le gouvernement de François Legault a confirmé la publication d’une stratégie québécoise de l’hydrogène vert et des bioénergies dès l’an prochain. L’objectif: positionner le Québec dans ce nouveau marché.
Photo: Jean-François Monier Agence France-Presse Lors de la présentation, lundi, de son Plan pour une économie verte présenté, le gouvernement de François Legault a confirmé la publication d’une stratégie québécoise de l’hydrogène vert et des bioénergies dès l’an prochain. L’objectif: positionner le Québec dans ce nouveau marché.

Alors que le gouvernement du Québec annonce des investissements dans l’hydrogène, les deux principaux distributeurs d’énergie de la province veulent se positionner dans ce marché naissant. Hydro-Québec n’exclut pas de produire la précieuse ressource tandis qu’Énergir envisage d’utiliser son réseau pour la stocker, voire la distribuer au cours des prochaines années.

Dans le Plan pour une économie verte présenté hier, le gouvernement Legault a confirmé des investissements de 213 millions de dollars pour le développement des gaz naturels renouvelables, mais également 15 millions pour la filière de l’hydrogène vert, soit de l’hydrogène produit à partir d’énergies renouvelables.

Un vecteur énergétique

Le gouvernement Legault a aussi confirmé la publication d’une stratégie québécoise de l’hydrogène vert et des bioénergies dès l’an prochain. L’objectif : positionner le Québec dans ce nouveau marché.

Or, l’atteinte de cet objectif s’articulera autour d’Hydro-Québec, de loin le principal producteur québécois d’électricité, ressource indispensable à la production de qui est présenté dans l’industrie comme un « vecteur énergétique ».

La semaine dernière, le porte-parole d’Hydro-Québec, Marc-Antoine Pouliot, indiquait au Devoir que la société d’État pourrait distribuer l’électricité nécessaire aux entreprises qui en produisent.

Est-ce qu’Hydro-Québec pourrait devenir producteur d’hydrogène ? « Il n’est pas exclu de produire nous-même de l’hydrogène », a-t-il répondu.

Coordonner les réseaux

Peu importe le scénario, Hydro-Québec pourrait compter sur l’appui du réseau gazier d’Énergir. Les deux principaux distributeurs québécois d’énergie sont en discussion pour coordonner leurs réseaux. Celui d’Énergir pourrait stocker et distribuer de l’hydrogène.

Hydro-Québec est « la pierre angulaire » de toutes stratégies d’électrification dans la province, rappelle Catherine Houde, porte-parole d’Énergir. Il en est de même pour la filière de l’hydrogène vert.

Pour sa part, Énergir se prépare déjà au déploiement de l’hydrogène. L’utilisation de cette ressource est une voie qu’explore l’ancienne Gaz Métro pour réduire de 2,8 millions de tonnes les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et devenir carboneutre d’ici 2050.

Tout d’abord, l’hydrogène peut servir à former du gaz naturel renouvelable (GNR) qui permettrait de décarboner son réseau.

Des tests effectués dans les dernières années avec l’entreprise de Vancouver G4 Insights ont été concluants. « C’est réalisable, et le GNR pourrait être intégré sans problème dans notre réseau », explique Catherine Houde.

Les énergies renouvelables sont de plus en plus abordables, et les technologies de production, comme celle de l’électrolyse de l’eau, sont de plus en plus efficaces. 

 

Autre avenue : injecter directement l’hydrogène dans les gazoducs en le mélangeant au gaz naturel. « Comme la molécule est plus petite, il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de fuite. Il faut aussi évaluer l’impact que ça peut avoir sur nos infrastructures et éventuellement sur les systèmes de chauffage des clients », dit-elle.

Énergir entamera des tests à cet effet dans « les prochaines semaines » dans un réseau autonome. Dans une volumineuse étude commandée par le ministère des Ressources naturelles du Québec publiée en août, des chercheurs de Polytechnique Montréal écrivent qu’entre 5 % et 20 % d’hydrogène peut être intégré dans un réseau sans endommager les installations. « La limite légale la plus élevée est de 6 % en volume en France. Des essais sont en cours depuis deux ans en Allemagne avec un taux d’injection de 10 % », peut-on lire.

Le Québec, prochain hub de l’hydrogène ?

L’engouement pour l’hydrogène s’est accru au cours des dernières années, constate Pierre Bénard, directeur de l’Institut de recherche sur l’hydrogène de l’Université du Québec à Trois-Rivières : « Les énergies renouvelables sont de plus en plus abordables, et les technologies de production, comme celle de l’électrolyse de l’eau, sont de plus en plus efficaces. »

À cela s’ajoute un intérêt déclaré de la part de gouvernements dans un contexte de lutte contre les changements climatiques. Les États-Unis travaillent sur une réglementation tandis que l’Union européenne élabore un plan pour utiliser l’hydrogène afin de décarboner des carburants. Le Québec a toutes les caractéristiques pour devenir une importante région de production d’hydrogène, estime l’expert. « Les coûts d’électricité sont avantageux. C’est l’un des endroits où c’est le moins cher. Et l’électricité est la principale ressource nécessaire pour produire de l’hydrogène par électrolyse. »  

Trois nuances d’hydrogène

Hydrogène gris  
 

Produit à partir de combustibles fossiles, généralement le gaz naturel, l’hydrogène gris émet une quantité plus importante de gaz à effet de serre. Il représente plus ou moins 95 % de la production d’hydrogène dans
le monde.

Hydrogène bleu  
 

L’hydrogène bleu est produit à partir de combustibles fossiles. Or, le CO2 émis en phase de production est soit séquestré, soit réutilisé. En Saskatchewan, l’entreprise Proton Technologies compte par exemple extraire l’hydrogène de réservoirs de pétrole en laissant le CO2 emprisonné dans le sol.

Hydrogène vert  
 

Sa production n’émet pas de gaz à effet de serre. L’hydrogène vert québécois est généralement produit à partir de l’électrolyse de l’eau, un procédé alimenté par l’électricité provenant d’énergies
renouvelables.


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