Hydro-Québec et Énergir se rapprochent pour coordonner leurs réseaux

«Nous sommes au stade des discussions. La forme que la collaboration prendra reste à déterminer», dit Marc-Antoine Pouliot, porte-parole de la société d’État.
Photo: Catherine Legault Le Devoir «Nous sommes au stade des discussions. La forme que la collaboration prendra reste à déterminer», dit Marc-Antoine Pouliot, porte-parole de la société d’État.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de la province, Hydro-Québec prévoit d’augmenter sa présence dans le secteur des bâtiments, alors qu’Énergir projette de s’en retirer graduellement. Les deux sociétés énergétiques sont en discussion pour coordonner leurs réseaux électrique et gazier en vue d’une transition qui devrait s’échelonner sur plusieurs années.

« Il y a des discussions soutenues avec Hydro-Québec au sujet de la complémentarité entre leur réseau électrique et notre réseau gazier », a confirmé au Devoir Catherine Houde, conseillère Communications et affaires publiques d’Énergir.

Même son de cloche chez Hydro-Québec. « Nous sommes au stade des discussions. La forme que la collaboration prendra reste à déterminer », dit Marc-Antoine Pouliot, porte-parole de la société d’État. Il précise qu’il est trop tôt pour parler de partenariat ou de synergie.

L’effritement du marché du gaz naturel, moins concurrentiel à cause de la hausse prévue du prix du carbone, pousse Énergir à se repositionner. « C’est notre modèle d’affaires qu’on modifie », explique Catherine Houde.

 
50%
C’est l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’espère accomplir le gouvernement du Québec dans le secteur des bâtiments d’ici 2030.

L’entreprise qui détient le quasi-monopole de la distribution de gaz naturel dans la province veut réduire le volume de combustible acheminé dans les bâtiments résidentiels et commerciaux. Cela permettrait l’électrification d’un secteur qui doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre dans les prochaines années.

Le repositionnement d’Énergir rejoindrait les objectifs que le gouvernement du Québec annonce aujourd’hui dans son Plan pour une économie verte. Selon de récentes informations obtenues par Le Devoir, le gouvernement veut réduire substantiellement — d’au moins 50 % — les émissions de gaz à effet de serre du secteur des bâtiments d’ici 2030.

Les défis de l’électrification

Or, cette stratégie s’articulant autour de l’électrification se traduira par une hausse de la demande d’électricité. Un défi de taille pour Hydro-Québec dont le réseau a été conçu pour répondre à la demande lors de périodes de fortes demandes. En hiver, lors de grands froids, celles-ci peuvent atteindre 40 000 mégawatts.

« On ne peut pas se permettre de ne pas répondre à la demande de notre clientèle. Et c’est là que l’arrimage entre l’électricité et le gaz naturel devient gagnant pour tout le monde », explique Marc-Antoine Pouliot.

Lorsque la demande atteindrait ses sommets, Hydro s’appuierait sur un approvisionnement en gaz naturel d’Énergir. Dans les périodes de forte demande, la valeur du gaz augmente tout en restant concurrentielle en comparaison des tarifs d’électricité. « Ce qui est avantageux pour nous », reconnaît Catherine Houde d’Énergir.

Ce que l’ancienne Gaz Metro perd en volume de vente avec un retrait progressif dans les bâtiments serait pallié par la hausse du prix de son combustible en hiver. « Les périodes de pointe, ça peut représenter entre 100 et 400 heures par année », indique Mme Houde.

La transition devrait s’échelonner sur plusieurs années et nécessiterait des changements significatifs dans les infrastructures. Davantage de bâtiments devront être munis de systèmes de chauffage biénergie. Ces systèmes utilisent l’électricité comme principale source d’énergie, mais peuvent être alimentés d’un combustible comme source d’appoint en période de forte demande.

L’effet Sophie Brochu

« C’est de très bon augure parce que les réseaux d’Hydro-Québec et d’Énergir sont complémentaires. Et il faut les voir de cette façon », souligne Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

L’expert ajoute : « Même s’il ne s’agit pas d’un partenariat officiel, on pourrait fort bien imaginer qu’à terme il y ait une forme de réglementation commune permettant de coordonner les deux réseaux et, du coup, permettant à Énergir de maintenir son réseau de gaz naturel »

L’arrivée de Sophie Brochu à la tête d’Hydro-Québec n’est certainement pas étrangère au rapprochement des deux sociétés. Après avoir passé 12 ans à la tête d’Énergir, elle connaît le potentiel de synergie des deux réseaux. Et elle n’est pas la seule. Deux anciens dirigeants d’Énergir ont été nommés vice-présidents chez Hydro-Québec dans les derniers mois : Martin Imbleau au développement des affaires, et Pierre Fortin, à la gestion des risques.

Les astres sont alignés pour un rapprochement, constate Pierre-Olivier Pineau : « Ils connaissent la réalité du gaz et n’ont pas besoin d’être convaincus des synergies potentielles entre les deux réseaux. »

Dans une allocution faite devant le Cercle canadien de Montréal, où le p.-d. g. d’Énergir détaillait les ambitions de la société qui veut être carboneutre d’ici 2050, Éric Lachance a déclaré : « Les deux ensemble, notre réseau et celui d’Hydro-Québec permettent d’agir en complémentarité pour décarboner notre économie mieux que n’importe où en Amérique du Nord. […] Il ne faut pas les voir en opposition. Il faut les voir en combinaison. »

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