​Analyse: l’équilibre budgétaire tiendra à un fil

La réduction du déficit ne devra pas se faire en alourdissant le fardeau fiscal des contribuables, a assuré Eric Girard.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La réduction du déficit ne devra pas se faire en alourdissant le fardeau fiscal des contribuables, a assuré Eric Girard.

La pandémie de COVID-19 a plongé les peuples et leurs économies dans une terrible tempête. La façon dont les finances publiques québécoises en sortiront pourrait dépendre de petits points de pourcentage ici et là.

Le ministre des Finances du Québec a procédé jeudi à une mise à jour économique dans laquelle il a laissé planer le doute sur sa capacité de ramener son déficit de 15 milliards à zéro dans cinq ans, comme le stipule la Loi sur l’équilibre budgétaire. Cela ne devra pas se faire en alourdissant le fardeau fiscal des contribuables, a assuré Eric Girard, mais en contrôlant plutôt la croissance des dépenses, en recevant du gouvernement fédéral un financement accru en santé et en augmentant le potentiel de l’économie québécoise.

 
1,5%
C’est la croissance réelle de l’économie québécoise en moyenne de 2009 à 2018. Le ministre Girard espère une croissance de 5 % l’année prochaine.

Quelques minutes auparavant, la numéro deux de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins, prononçait ce qui devrait être son dernier discours officiel avant son départ le mois prochain. Elle y présentait un aperçu de « la vie après la COVID-19 » et prévenait que la pandémie risquait fort de laisser sur l’économie des « cicatrices » profondes au Canada, avec un potentiel de croissance réelle au-delà d’un simple rattrapage du terrain perdu diminuée presque de moitié (de 1,8 % à moins de 1 % par année) jusqu’en 2023. Ces dommages économiques infligés principalement par la chute des investissements des entreprises, mais aussi un découragement des chômeurs et le rapatriement au pays de certaines chaînes d’approvisionnement, pourraient devenir « permanents » sans une prise en main énergique des pouvoirs publics et des acteurs privés, a-t-elle fait valoir.

Il suffirait de si peu

Le moindre écart de croissance potentiel peut avoir des conséquences importantes sur le sort des finances publiques, rappelait la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke dans une étude en septembre. On y estimait, par exemple, que si le gain économique réel lié à l’augmentation du bassin de travailleurs et de leur productivité s’élevait à 1,5 % par an plutôt que 2 % comme l’espère le gouvernement Legault, ce dernier aurait besoin de sept ans plutôt que de 5 ans pour rétablir l’équilibre budgétaire.

Or, alors que la croissance réelle de l’économie québécoise a justement été de 1,5 % en moyenne de 2009 à 2018, Eric Girard en espère 5 % l’année prochaine (contre 4,7 % pour les prévisionnistes du secteur privé), et devrait, par la suite, maintenir un rythme de 2 % par année pour revenir à l’équilibre budgétaire dans cinq ans, a calculé jeudi le Comité des politiques publiques de l’Association des économistes québécois (ASDEQ).

 

Il n’y a pas que la capacité de croissance à long terme de l’économie qui peut jouer des tours au gouvernement du Québec, a prévenu jeudi l’ancien ministre libéral et aujourd’hui économiste en chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Martin Coiteux, lors d’un panel d’économistes organisé par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). Il suffirait qu’un retour de l’inflation force les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt pour mettre rapidement en sérieuse difficulté les gouvernements qui portent actuellement à bout de bras leurs économies au prix d’une « hausse spectaculaire » de leur endettement. Ce danger est peu probable à court terme, a-t-il admis, mais « tout cela ne tient qu’à un fil ».

Priorité à la relance

La meilleure façon de réduire le risque que pose à long terme l’alourdissement de la dette des pouvoirs publics et des acteurs privés est de ne pas rater l’occasion que la pandémie nous offre d’améliorer la productivité de notre économie, a plaidé Carolyn Wilkins. « En fait, ce pourrait très bien être le moment idéal », le choc, suivi de l’obligation de s’adapter très rapidement, imposés par la pandémie, rappelant d’une certaine manière, selon elle, les innovations technologiques qui allaient présider au boom économique de l’après-guerre.

À cet égard, les domaines généralement cités comme les investissements les plus rentables à long terme sont notamment l’éducation, les infrastructures, la technologie et le verdissement de l’économie, a rappelé la première sous-gouverneure de la Banque du Canada. Nous devrons aussi « reconnaître que les objectifs sociaux et économiques sont souvent complémentaires, et non opposés », a-t-elle ajouté, citant en exemple le réseau public de services de garde au Québec.