Analyse: un gouvernement américain dysfonctionnel?

Le prochain  président des États-Unis, qu’il soit démocrate ou républicain, aura à composer avec un  Congrès divisé et une lente  récupération économique sous la pression de la deuxième vague de  la pandémie.
Al Drago Getty Images via Agence France-Presse Le prochain président des États-Unis, qu’il soit démocrate ou républicain, aura à composer avec un Congrès divisé et une lente récupération économique sous la pression de la deuxième vague de la pandémie.

Au lendemain d’une élection présidentielle toujours sans couronnement officiel, les analystes n’en avaient que pour la fracture, que pour ce pays divisé en deux, que pour cette polarisation confirmée avec éloquence. Quel que soit le vainqueur de la Maison-Blanche, il se retrouvera à la tête d’un gouvernement dysfonctionnel face aux grands enjeux prioritaires croissants qui meubleront encore les quatre prochaines années.

La vague bleue n’a pas déferlé sur les États-Unis. Et quel que soit le gagnant de cette partie de bras de fer empruntant la voie de la contestation, tout indiquait en soirée qu’il aura à conjuguer avec un Congrès divisé. Et dans l’immédiat, avec une récupération économique qui montre de sérieux signes d’essoufflement combinée à une deuxième vague pandémique, tout retard dans l’adoption d’un nouveau plan d’aide ajoute à la souffrance des entreprises, des travailleurs et des ménages et atténue les perspectives de croissance. À voir les tractations préélectorales de plusieurs mois sur l’ampleur d’un nouveau plan…

Avec ses taux d’intérêt au plancher, la Réserve fédérale américaine ne peut agir à titre de stimulant, son intervention visant à contenir l’instabilité sur les marchés financiers. Au demeurant, cette action ne peut engendrer encore plus de distorsions en augmentant l’incitation à détenir des actifs à risque et à encourager une allocation des ressources dans l’économie, soutient le Financial Times.

Un nouveau plan de relance apparaît donc dans les cartes, mais sa taille devrait être ramenée loin sous les quelque 2000 milliards voulus par les démocrates lorsqu’il entrera en vigueur quelque part au premier trimestre de 2021, croient les analystes. Au mieux autour des 1500 milliards, pense Oxford Economics. Ce qui force une révision à la baisse des prévisions de croissance de la première économie de la planète pour l’an prochain. « Les risques d’une nouvelle récession sont élevés alors que le virus fait rage et que le soutien budgétaire supplémentaire est incertain à très court terme, en particulier avec le résultat des élections encore indécis », a écrit la firme de recherches dans une note.

Au-delà de ce programme d’aide qui tarde, les analystes de BMO, de CIBC et de la TD mettaient mercredi l’accent sur la couleur majoritaire des deux chambres au Congrès. Une division qui forcera Joe Biden à diluer son programme économique s’il accède officiellement à la Maison-Blanche. Une polarisation qui viendra minimiser les actions et leur portée face aux grands rendez-vous que sont les changements climatiques, la politique énergétique, la régulation du secteur financier et la taxation.

Ce qui ne constitue pas une problématique sous les républicains. Un retour de Donald Trump à la Maison-Blanche maintiendrait le laisser-faire face aux enjeux environnementaux et éloignerait le scénario d’une hausse des impôts.

Aussi, globalement, un Congrès divisé signifie moins de pression sur la facture fiscale des entreprises, moins de menaces anticoncurrentielles sur les géants de la technologie, ajoute la TD. Au moins jusqu’à mi-mandat. D’ailleurs, à la Bourse de New York, les géants américains voyaient leur cours bondir mercredi, notamment Alphabet (+6,1 %) et Facebook (+8,3 %), des progressions que des analystes expliquaient par le fait qu’avec un Congrès divisé, « les démocrates auront moins de marges de manœuvre pour démanteler ces entreprises, sous le coup de plusieurs enquêtes et procédures judiciaires », lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse. D’autres y ont vu plutôt un geste de protection des investisseurs face à l’incertitude politique, les « géants de la tech « ayant reçu l’étiquette de valeurs refuges en cette époque de confinement. Les Google, Apple, Facebook et Amazon surfent en Bourse sur la vague de la pandémie, devenant des titres dits du « restez à la maison ».

Moins de pression, mais autant d’interventions sur le commerce international sous le chapeau du protectionnisme. Et la même cambrure face à la Chine, seule l’arme utilisée étant différente. Mais l’appui du Congrès est attendu sur un programme d’infrastructures.

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