Établissements soumis aux fermetures: vivre d’espoir

Près du tiers des centres d’entraînement au pays auraient perdu plus de la moitié de leurs chiffres d’affaires depuis le début de la pandémie.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Près du tiers des centres d’entraînement au pays auraient perdu plus de la moitié de leurs chiffres d’affaires depuis le début de la pandémie.

Copropriétaire des établissements montréalais Olive et Gourmando, Foxy et du dernier-né Un po di Più, Dyan Solomon ne le cache pas : les affaires tournent au ralenti. Le personnel est passé de 140 employés à 45. « Ça donne une bonne idée de ce qu’on était et de ce qu’on est. » Malgré tous les efforts déployés par la restauration pour se maintenir à flot, avec des mets à emporter, les prochains mois s’annoncent potentiellement périlleux. Si la situation est différente d’un établissement à l’autre dans l’industrie, dit-elle, des fermetures seront malheureusement à prévoir cet hiver. Quand survient le mur ? « Je pense que c’est individuel, que ça dépend de ta business. »

Alors que vient de commencer un nouveau cycle de fermeture pour les salles à manger, bars et centres sportifs, l’avenir soulève plus de questions que jamais. Dans un milieu comme dans l’autre, on essaie de maintenir la tête hors de l’eau : en se tournant vers les mesures d’aide gouvernementale, ce qui entraîne une part d’endettement, mais aussi en réduisant les coûts. Sans oublier le maintien des bonnes relations avec les fournisseurs qui, eux aussi, ont des comptes à payer.

« Normalement, un restaurant ferme deux semaines, et déjà ça prend toute une année pour rattraper le manque de cash-flow dû à ces deux semaines, dit Dyan Solomon.  On n’est pas censés fermer ! Surtout pas pour des mois et des mois. C’est bien connu que dans le milieu de la restauration, les marges sont ultraminces. Si vous faites 4 % de profit, vous êtes considérés comme un très, très bon resto. On fait ça parce qu’on aime ça. »

Couverture des frais fixes

Le gouvernement Legault a annoncé le 27 octobre que le cycle de quatre semaines en vigueur depuis le début du mois d’octobre était prolongé. Au moment où le premier cycle a débuté, Québec a annoncé pour les établissements en zone rouge un remboursement de leurs frais fixes pouvant atteindre 15 000 $. Environ 13 000 entreprises sont admissibles.

« On a été beaucoup aidés par le gouvernement, mais on a été aidés à s’endetter », dit Martin Juneau, copropriétaire du restaurant montréalais Pastaga, notamment. « Le 40 000 $ [en vertu du programme fédéral], c’est un prêt qu’il va falloir rembourser, et malheureusement, ça risque d’être difficile même quand ça va reprendre. L’idée, ça sera d’essayer de passer à travers. »

Les gens lui disent souvent, raconte-t-il, qu’ils ont hâte à la réouverture. « Je réponds, “ben, c’est là qu’il faut se faire aider”. À la limite, quand on va rouvrir, ça serait les mêmes conditions que cet été, soit 50 % de la salle à manger avec une distanciation. Là, le temps des Fêtes arrive et on voit que les gens se tournent vers les boîtes repas, et nous, on est prêts pour ça. »

« C’est sûr qu’il y a de l’aide. Mais il faut vraiment que le programme sorte l’argent beaucoup plus rapidement », dit Martin Vézina, responsable aux communications et affaires publiques à l’Association Restauration Québec. Comment prévoir un point de rupture ? « C’est à ce moment-ci que certains vont réfléchir, à savoir s’il y a une fermeture permanente ou on continue. Cet automne, avec les deux périodes de 28 jours, pour plusieurs, ç’a accéléré leur réflexion », poursuit-il.

Un mois de décembre crucial

« Si on annonce qu’en décembre, les salles à manger de la zone rouge n’ouvrent pas, ça va faire extrêmement mal, estime M. Vézina.  C’est un des mois quand même intéressants au chapitre des ventes, et après on tombe dans une zone difficile, pandémie ou pas. Si on ne peut pas rouvrir en décembre, pour générer un peu de revenus, il va y avoir des fermetures. »

Le programme provincial qui paie jusque 15 000 $ des frais fixes « a beaucoup aidé », dit Pierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité et président de la firme Jean Fortin & associés. Dans les premiers mois du confinement, « on a eu beaucoup d’appels et d’incertitude » et les restaurants se posaient bien des questions. « Mais au moins ils disaient “on a le soutien de notre banquier, on réduit nos coûts et l’été est arrivé”. Ce qu’on voit poindre, c’est qu’on n’est pas certain que les institutions financières vont pouvoir donner du répit sur une période indéfinie. » De manière générale, les propositions et faillites sont en baisse par rapport à l’an dernier, selon les données du Bureau du surintendant des faillites du Canada.

Selon un sondage fait par la section québécoise du Conseil canadien de l’industrie du conditionnement physique (CCICP), la plupart des membres auraient besoin de 50 000 $ à 75 000 $ pour survivre à la crise, dit son porte-parole provincial, Gabriel Hardy, lui-même copropriétaire du gym Le Chalet, à Québec.

« Mais c’est tellement large comme industrie, on a des places à 30 000 pieds carrés, d’autres qui ont juste 2000. C’est assez éclaté en termes de réalité financière. Certains sont des indépendants avec un seul propriétaire, d’autres, des chaînes avec beaucoup d’employés. »

Environ 90 % des répondants font 70 % et moins de leur chiffre d’affaires, et 30 % sont en bas de 50 %. « C’est très difficile de survivre. »

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