Contrats forfaitaires: SNC-Lavalin veut négocier pour atténuer ses pertes

À la Bourse de Toronto, vendredi, SNC-Lavalin a vu son action toucher un creux des 52 dernières semaines, en se négociant temporairement à 17,50 $.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne À la Bourse de Toronto, vendredi, SNC-Lavalin a vu son action toucher un creux des 52 dernières semaines, en se négociant temporairement à 17,50 $.

Les grands projets de construction clé en main continuent à donner des maux de tête à SNC-Lavalin, qui souhaite négocier avec les promoteurs de certains projets, dont celui du Réseau express métropolitain (REM), dans le but de récupérer une partie des pertes qu’elle attribue à la pandémie de COVID-19.

Ces contrats à prix fixe, pour lesquels les entreprises absorbent généralement les dépassements de coûts, ont continué à porter ombrage aux efforts de recentrage de la firme québécoise vers les services d’ingénierie — sa nouvelle pierre angulaire. Au troisième trimestre, SNC-Lavalin a affiché une perte nette de 85,1 millions $, ou 48 cents par action, en plus d’abaisser certaines perspectives. Ses revenus ont décliné de 432 millions $, à 2 milliards $.

À la Bourse de Toronto, vendredi, la multinationale a vu son action toucher un creux des 52 dernières semaines, en se négociant temporairement à 17,50 $. Le titre a clôturé à 18,64 $, en baisse de 2,03 $, ou 9,82 %.

La perte ajustée du segment des projets forfaitaires s’est accentuée à 100 millions $ au troisième trimestre, alors qu’elle avait été de 45 millions $ il y a un an. Ce résultat tient notamment compte d’une charge de restructuration de 25,8 millions $ pour la division des ressources. La crise sanitaire a aussi miné la productivité sur des chantiers et le président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Ian Edwards, souhaite partager la facture.

« Nous cherchons activement à récupérer nos pertes, a-t-il dit aux analystes, dans le cadre d’une conférence téléphonique. Il y a des façons pour recouvrer (des sommes) dans les contrats. Nous nous attendons à récupérer une partie des pertes. »

Cibles précises

Sans évoquer de montants précis, M. Edwards a néanmoins ciblé trois projets au Canada : le REM — où SNC-Lavalin mène le consortium chargé de la construction — ainsi que les contrats pour le train léger sur rail Eglinton (Ottawa) ainsi que celui de la ligne Trillium (Ottawa). Il n’avait pas été possible, vendredi après-midi, d’obtenir un commentaire de la part de CDPQ Infra, responsable du chantier du REM, à propos du souhait de SNC-Lavalin.

La pandémie de COVID-19 limite le nombre de travailleurs qui peuvent se retrouver au même endroit, a illustré M. Edwards, en ajoutant que cela pouvait par exemple ralentir la cadence des travaux lorsque l’espace est restreint, comme dans des tunnels.

« Pour (travailler en hauteur) cela est difficile parce que seulement deux personnes peuvent entrer à la fois dans un ascenseur comparativement à 20 (auparavant), a ajouté M. Edwards. Cela engendre des pertes de productivité. »

Le segment des projets forfaitaires comprend également une somme de 58 millions $ à la suite d’une décision d’arbitrage défavorable à SNC-Lavalin dans le cadre d’un litige avec un client pour un ancien projet de la division des ressources qui n’a pas été identifié. La restructuration de ce secteur, où l’on a éliminé 5000 emplois depuis le début de l’année, devrait être complétée en 2021, selon M. Edwards.

Un peu mieux

Dans le secteur des services d’ingénierie, le résultat ajusté s’est établi à 142 millions $, alors qu’il avait été de 175 millions $ au troisième trimestre l’an dernier. Les revenus ont décliné de 3,3 %, à 1,45 milliard $.

« Nous nous attendons à ce que les investisseurs soient déçus par les pertes (du côté des projets forfaitaires), a écrit l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, dans une note. Néanmoins, notre approche à l’égard de SNC-Lavalin est axée sur la création de valeur à long terme […] et cela n’a pas changé puisque les résultats des services d’ingénierie ont dépassé les attentes. »

En excluant les éléments non récurrents, la firme montréalaise a perdu 19 cents par action, alors qu’elle avait affiché un profit de 1,24 $ à la même période il y a un an.

Au troisième trimestre l’an dernier, SNC-Lavalin avait engrangé un bénéfice de 2,76 milliards $, ou 15,70 $, alors qu’elle avait réalisé un important gain grâce à la vente d’une partie de sa participation dans l’autoroute à péage 407, en banlieue de Toronto.

Quant au dernier trimestre de l’exercice en cours, SNC-Lavalin anticipe que le chiffre d’affaires de ses services d’ingénierie décline au maximum de 5 % advenant que la pandémie ne provoque pas d’autres « changements importants » dans le monde.