La pandémie n’a pas fini de hanter l’économie

Portée par la consommation des ménages appuyés par l’aide financière d’urgence, l’économie canadienne ne devrait finalement pas avoir reculé de 7,8% cette année, comme le pensait la Banque du Canada.
Photo: Oli Scarff Agence France-Presse Portée par la consommation des ménages appuyés par l’aide financière d’urgence, l’économie canadienne ne devrait finalement pas avoir reculé de 7,8% cette année, comme le pensait la Banque du Canada.

Bien obligée de s’adapter à une pandémie qui n’a pas fini de hanter l’économie, la Banque du Canada ne croit pas pouvoir commencer à relever ses taux d’intérêt avant 2023.

Sans surprise, la banque centrale canadienne a laissé, mercredi, son taux directeur à ce qu’elle considère être son plancher absolu, soit 0,25 %. C’est la pandémie de COVID-19 et les mesures déployées par les gouvernements pour y faire obstacle qui l’avaient forcé, au mois de mars, à réduire à sa plus simple expression son principal outil d’intervention monétaire qui était, jusque-là, à 1,75 %.

En juillet, la Banque du Canada avait exprimé son intention de ne pas commencer à relever le loyer de l’argent avant que l’économie canadienne n’ait largement rattrapé son retard accumulé durant la crise. Or, « selon notre projection actuelle, cela se produira au cours de 2023 », a indiqué mercredi son gouverneur, Tiff Macklem, en conférence de presse virtuelle. « Ce qu’il faut retenir aujourd’hui, c’est que l’économie va prendre pas mal de temps à se remettre complètement de la pandémie de COVID-19. »

La banque centrale a aussi annoncé une réduction du montant total minimum de ses achats d’obligations du gouvernement et autres actifs financiers dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif. Ramenées de 5 à 4 milliards par semaine, ces injections de liquidité dans l’économie auront le même pouvoir de stimulation économique, assure-t-elle, parce qu’on visera particulièrement à tirer vers le bas les taux d’emprunts à plus long terme dont dépendent beaucoup les ménages et les entreprises. Le bilan de la Banque a presque quintuplé depuis le début de la crise et dépasse aujourd’hui les 500 milliards.

Ralentissement de la reprise

La dégringolade économique a pourtant été un peu moins rude au Canada qu’on ne l’avait d’abord craint et le rebond, ces derniers mois, un peu plus vif qu’on ne l’avait espéré, a observé la Banque dans une nouvelle édition de son Rapport sur la politique monétaire où elle a osé, pour la première fois depuis le mois de janvier, présenter des prévisions économiques plus détaillées.

Essentiellement portée par la consommation des ménages appuyés par l’aide financière d’urgence des gouvernements, l’économie canadienne ne devrait finalement pas avoir reculé de 7,8 % cette année, comme elle le pensait au mois de juillet, mais de « seulement » 5,7 %. Mais cette « phase de réouverture » à la croissance très rapide maintenant terminée, on entre désormais dans une « phase de récupération, pendant laquelle la croissance sera plus lente », prévient Tiff Macklem qui a aussi révisé à la baisse ses attentes pour l’an prochain, d’un gain réel de 5,1 % à 4,2 %, suivi d’une croissance de 3,7 % en 2022.

À ce rythme, l’économie canadienne n’aura pas regagné le terrain perdu depuis le début de la crise avant le début de 2022. C’est que l’on continuera vraisemblablement de faire les frais de nouvelles vagues de pandémie au moins jusqu’à ce qu’un vaccin ou un traitement efficace soit largement disponible, ce que la Banque du Canada n’attend pas avant l’été prochain. C’est aussi que les entreprises continueront d’hésiter à investir dans un monde incertain en pleine réorganisation et que leurs exportations ne pourront pas augmenter plus vite que la tout aussi difficile sortie de crise de la plupart des autres pays.

Dommages à long terme

Tous les secteurs industriels et tous les travailleurs ne sont pas égaux dans cette crise, rappelle la Banque. Les secteurs de l’hébergement, de la restauration ou du commerce partent de beaucoup plus loin et auront plus de mal à s’en remettre. Cela est vrai aussi pour les femmes, les jeunes, les immigrants et les travailleurs vulnérables qui sont plus touchés que les autres. Le niveau d’emploi de ceux qui gagnent moins de 16 $ l’heure accuse encore, par exemple, un retard de 20 % par rapport au mois de février alors que les autres ont plus que rattrapé le terrain perdu.

Le risque de voir des chômeurs finalement écartés du marché du travail et le manque d’investissement des entreprises plomberont la capacité de rebondir de l’économie canadienne, prévoit la Banque du Canada qui a coupé d’environ de moitié son estimation du potentiel de croissance de l’économie canadienne les deux prochaines années.

Au cœur du mandat de la Banque, l’inflation, de son côté, n’est toujours que de 0,5 % et semble destinée à rester sous la cible de 2 % au moins jusqu’en 2023, dit-elle.

Dans ce contexte, nous ne serions pas étonnés de ce que le taux [directeur de la Banque du Canada] reste à 0,25 % jusqu’en 2024 », ont précisé les économistes de la Banque Nationale dans une brève analyse mercredi. Mais « comme toujours, c’est la progression de la pandémie qui sera déterminante et qui dictera en fin de compte la santé de l’économie, et donc, la politique monétaire ».

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