Le rétablissement du PIB se heurte à la deuxième vague

En juillet, le PIB de l’industrie de la restauration et de l’hébergement s’est accru de 34,3% par rapport à juin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En juillet, le PIB de l’industrie de la restauration et de l’hébergement s’est accru de 34,3% par rapport à juin.

Le rétablissement de l’activité économique québécoise est demeuré soutenu en juillet, avec un PIB ramené à 95 % de son niveau de février, avant que la deuxième vague ne vienne jeter un froid sur la relance. Le recul de l’indice de confiance du Conference Board, en octobre, vient en témoigner, et ce, de façon plus marquée au Québec, qui affiche la plus forte détérioration à ce chapitre à l’échelle canadienne.

Le PIB réel du Québec était en hausse de 3,4 %, après des augmentations de 7,3 % en juin et de 11,6 % en mai. Le rétablissement était presque généralisé, 19 des 20 grands secteurs comptabilisant une production en progression en juillet. L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) souligne qu’avec cette troisième hausse mensuelle consécutive, « le niveau du PIB de juillet se situe à plus de 95 % de celui de février, soit un niveau comparable à celui de l’année 2018 ».

« Les secteurs les plus affligés par les mesures de distanciation physique ont poursuivi leur récupération en juillet. Le PIB de l’industrie de l’hébergement et de la restauration s’est accru de 34,3 % par rapport à juin. Le secteur des arts, des spectacles et des loisirs a connu une hausse de 24,7 % », retient Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement Desjardins.

En revanche, au cumul après sept mois, le PIB du Québec était inférieur de 7 % à celui de la même période en 2019. Témoignant du poids des restrictions appliquées en réponse à la pandémie, « plusieurs secteurs ont connu une perte cumulative notable durant cette période, notamment les secteurs de la fabrication (-10,6 %), de la construction (-16,7 %), des services de transport et d’entreposage (-19,9 %), des services d’hébergement et de restauration (-31,5 %), ainsi que des services d’enseignement (-9,3 %) », poursuit l’ISQ. À titre de comparaison, à l’échelle canadienne, le PIB a progressé de 3 % en juillet, ramenant la contraction des sept premiers mois à 6,3 % par rapport à la période correspondante en 2019.

Pour la suite des choses, « le rebond de l’activité économique au troisième trimestre pourrait par conséquent s’avérer plus costaud si les mois d’août et de septembre sont à la hauteur des attentes, poursuit Hélène Bégin. « Les statistiques de l’emploi, qui sont déjà disponibles pour ces deux mois, confirment que la récupération s’est poursuivie », même si la donnée de juillet témoigne d’un rythme plus modéré qu’au printemps lors de la réouverture des activités non essentielles.

Par contre, avec la deuxième vague et l’application de restrictions ciblées en octobre prolongée à novembre, « le dernier trimestre de 2020 risque ainsi d’être à peine positif », souligne l’économiste de Desjardins.

« Dans ces conditions, le retour à l’activité économique qui prévalait avant la pandémie n’aura pas lieu de sitôt », ajoute Marc Pinsonneault, économiste principal à la Banque Nationale. « Les secteurs les plus durement touchés (transport, arts spectacles et loisirs, hébergement et de restauration, services personnels) devront probablement attendre la disponibilité d’un vaccin. » Les prévisions de la Nationale ciblent un repli de 6,1 % du PIB réel du Québec en 2020, suivi d’un rebond de 4,5 % en 2021, contre une augmentation de 2,7 % en 2019.

Le dernier trimestre de 2020 risque [...] d’être à peine positif

 

Chute de la confiance

D’autant que cette nouvelle salve de restrictions s’est traduite par une détérioration prononcée de la confiance des consommateurs en octobre. L’indice du Conference Board du Canada a chuté de 20 points, à 74,1 à l’échelle canadienne, encaissant sa plus forte baisse mensuelle depuis août. Les préoccupations concernant les perspectives d’emploi expliquent le gros du repli, souligne le Conference Board.

Le plus fort recul de l’indice de confiance a été mesuré au Québec, avec un plongeon de 25 points à 95 points, contre 120 en septembre. À l’échelle canadienne « le Québec affiche désormais l’écart le plus grand (74,2 points) entre octobre et le niveau de confiance de février », fait ressortir l’institution. Dans la plus récente lecture, les Québécois expriment de l’incertitude tant par rapport à leur situation financière qu’aux perspectives d’emploi. « Et plus de 50 % — soit deux fois plus qu’en février — estiment aujourd’hui que le temps n’est pas propice aux achats importants. »

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