Des restaurateurs plongés dans l’incertitude

Avec le millier de cas de COVID-19 recensés chaque jour au Québec depuis plusieurs semaines, les chances sont minces d’une réouverture des salles à manger des restaurants le 28 octobre.
Photo: Graham Hugues La Presse canadienne Avec le millier de cas de COVID-19 recensés chaque jour au Québec depuis plusieurs semaines, les chances sont minces d’une réouverture des salles à manger des restaurants le 28 octobre.

Si la pause de 28 jours décrétée par Québec arrive à échéance dans moins d’une semaine, rien n’indique que les restaurateurs en zone rouge pourront rouvrir leur salle à manger. Persuadés que cette fermeture forcée risque de se prolonger, plusieurs reprochent au gouvernement de les tenir dans l’ombre et de prendre ses décisions à la dernière minute.

« Sept jours, c’est le strict minimum », estime Olivier Thibault-Allard, copropriétaire du restaurant Kraken Cru qui a pignon sur rue à Québec depuis 2013. Car la réouverture d’une salle à manger comporte son lot de préparation en amont, comme l’embauche de serveurs et la gestion de nouvelles commandes de nourriture. « Nous, on est un tout petit restaurant. On peut repartir la machine beaucoup plus rapidement que d’autres plus gros », relève-t-il.

En point de presse jeudi, le premier ministre François Legault n’a pas voulu dire quelles restrictions seront maintenues au-delà de la période des 28 jours, préférant se donner encore du temps pour trancher. Il compte faire connaître sa décision au début de la semaine prochaine. Mais les chances d'une réouverture des salles à manger des restaurants sont minces, a-t-il laissé entendre.

Olivier Thibault-Allard ne se fait pas d’illusions. Avec le millier de cas de COVID-19 recensés chaque jour au Québec depuis plusieurs semaines, il doute fort que les salles à manger puissent rouvrir le 28 octobre.

Samuel Laflamme, copropriétaire des deux restaurants Brava Grill sur la Rive-Sud, dans la région de Montréal, est du même avis. Le jeune entrepreneur de 22 ans a ouvert la seconde succursale il y a une semaine à peine, « en pleine zone rouge », lance-t-il dans un éclat de rire. C’est en vendant des mets à emporter qu’il arrive à tirer son épingle du jeu et à éviter de fermer boutique.

Une situation que n’ont pu éviter d’autres établissements, qui ont été emportés par la deuxième vague. C’est le cas notamment du mythique restaurant de tacos Grumman 78, dans le quartier Saint-Henri à Montréal, qui a mis la clef sous la porte la semaine dernière.

« On veut de la prévisibilité »

Samuel Laflamme, du Brava Grill, juge le gouvernement déconnecté de la réalité des restaurateurs et parle de l’impact de ses décisions. Lorsque Québec a annoncé le 1er octobre la pause de 28 jours, par exemple, le jeune entrepreneur venait de passer une commande de 3000 $ auprès de ses fournisseurs. « Avoir su ça au moins une semaine avant, on se serait adaptés », dit-il, convaincu que le gouvernement, au fait de la propagation du virus, pouvait agir bien avant.

« On veut de la prévisibilité, de la transparence de la part du gouvernement », renchérit de son côté François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec (ARQ). Son regroupement ainsi que plusieurs autres acteurs de l’industrie, comme Sportscene, St-Hubert et Olymel, ont interpellé M. Legault dans une lettre ouverte jeudi pour lui demander « l’heure juste sur une fermeture temporaire qui prend des allures de confinement ».

Ils plaident pour la réouverture des salles à manger en zone rouge, des endroits « sécuritaires » selon eux, étroitement surveillés par la police, par la Santé publique ainsi que par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Les signataires se disent préoccupés par le sort des milliers de travailleurs affectés directement ou indirectement par les fermetures. En plus de perdre leur emploi, nombre d’entre eux vivent une détresse psychologique en raison de l’incertitude. « Garder les salles de restaurant fermées, c’est une situation intenable. On en a encore pour des mois, on en est tous conscients », fait-il valoir.

« Si on nous dit finalement qu’on doit rester fermés, il va falloir qu’on nous explique pourquoi », ajoute M. Meunier, les restaurants n’ayant causé aucune éclosion à sa connaissance. Bon nombre de restaurateurs ont également investi des sommes, parfois importantes, dans la réorganisation de leurs locaux pour respecter les règles sanitaires, en plus d’équiper leur personnel de masques et de protections oculaires.

« On peut aller au Costco ou au Rona en touchant à tout. On peut donc très certainement accueillir dans nos restaurants des couples ou des familles à deux mètres de distance tout à fait adéquatement », dit-il.

À voir en vidéo