Analyse: Trump a le mauvais cocktail économique

«Les ménages à revenu faible et moyen bénéficient davantage des politiques de Biden que de celles de Trump», écrivent les analystes de Moody’s Analytics.
Photo: Chandan Khanna Agence France-Presse «Les ménages à revenu faible et moyen bénéficient davantage des politiques de Biden que de celles de Trump», écrivent les analystes de Moody’s Analytics.

Moody’s Analytics, Goldman Sachs et Oxford Economics vont dans le même sens. Un gouvernement Biden va générer plus d’emplois, engendrer une reprise économique plus rapide et accélérer le retour au niveau prépandémique. Même le scénario le plus improbable reconduisant Donald Trump à la présidence et plaçant les deux chambres du Congrès sous majorité républicaine produirait les retombées économiques les plus faibles.

Donald Trump n’a pas le bon plan de match économique et le cocktail choisi aura pour effet de ralentir le redressement économique, conclut l’économiste en chef pour les États-Unis d’Oxford Economics, Gregory Daco, dans une note publiée mercredi. Le frein serait davantage ressenti dans un scénario, peu probable, de balayage républicain à l’élection présidentielle du 3 novembre. L’actuel locataire de la Maison-Blanche aurait alors les coudées franches pour imposer son ordre du jour en matière de fiscalité, d’immigration et de tensions commerciales. Un ordre du jour composé de programmes ou de mesures aux effets contradictoires ou contre-productifs.

Oxford part d’un scénario de référence accordant un second mandat à Donald Trump soumis à un Congrès demeurant divisé pour estimer à 3,7 % la croissance du PIB américain en 2021. Mais sous un balayage républicain, cette cible passe à 2,3 %, l’ordre du jour du président prévoyant une réduction du fardeau fiscal qui ne s’activerait que plus tard durant le mandat en raison de la pandémie et des dépenses en infrastructures dont les retombées seraient amenuisées, sinon annihilées, par les coupes prévues dans les programmes de santé, d’éducation et de services sociaux. S’y greffe l’effet de contraction découlant du protectionnisme et des restrictions à l’immigration.

Au chapitre de l’allègement du fardeau fiscal prévu au programme de Donald Trump, outre son application retardée par la crise sanitaire, il est estimé que la réduction des taux d’impôt projetée se veut régressive, avec la moitié allant aux privilégiés composant le groupe du 1 % et 30 % au 0,1 %. Pour sa part, un congé de taxe sur la masse salariale offre un faible effet multiplicateur et n’apporte aucun adoucisseur aux millions de travailleurs poussés au chômage par la pandémie.

Au demeurant, des restrictions accrues à l’immigration pèseraient sur la population active et abaisseraient le potentiel de croissance. De plus, la relance, voire le renforcement, des tensions commerciales, avec les mesures de représailles afférentes, imposerait une tarification venant alourdir la facture des ménages.

Au total, ce cocktail bigarré pourrait abaisser de 3300 $US le revenu disponible des ménages américains au terme d’un second mandat républicain, croit Oxford.

Dans un scénario prévoyant une victoire de Joe Biden, une légère majorité démocrate au Sénat mais un programme tout de même réduit de moitié sous la pression du Congrès, le PIB américain afficherait une hausse de 5,7 % en 2021 et le revenu disponible des ménages serait plus élevé de 3750 $US après quatre ans d’un gouvernement démocrate.

Une prévision que partagent les économistes de Goldman Sachs et de Moody’s Analytics, cette dernière projetant une augmentation de 4800 $US du revenu disponible des ménages. Moody’s évoque un PIB en hausse de 4,2 %, de 3,5 % si un gouvernement Biden doit composer avec un Congrès divisé.

« Les ménages à revenu faible et moyen bénéficient davantage des politiques de Biden que de celles de Trump », écrivent les analystes de Moody’s Analytics. Résumé simplement : « Biden augmente les dépenses publiques en matière d’éducation, de soins de santé et d’autres programmes sociaux, dont les avantages vont en grande partie à ceux qui composent la moitié inférieure de la distribution des revenus. Pendant ce temps, il augmente les impôts des mieux nantis, des institutions financières et des entreprises pour aider à payer la facture. Trump fait l’inverse. »