Achat de Transat: PKP continue d’analyser le dossier

Air Canada propose désormais 5$ pour chaque action de la société mère d’Air Transat — une baisse de 72% par rapport à 18$ auparavant.
Photo: Mario Beauregard La Presse canadienne Air Canada propose désormais 5$ pour chaque action de la société mère d’Air Transat — une baisse de 72% par rapport à 18$ auparavant.

Contrairement à d’autres joueurs québécois qui s’étaient montrés intéressés par Transat A.T. l’an dernier, l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau ne ferme pas la porte à une nouvelle tentative dans un contexte où l’offre d’achat d’Air Canada pour le voyagiste a été fortement révisée à la baisse.

Interrogé au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne dans le cadre de la relance des activités de Téo Taxi, ce dernier s’est montré prudent en affirmant qu’il « continue à analyser le dossier ».

« Je suis un actionnaire de Transat, a dit M. Péladeau. À cet égard, je vais regarder les différentes [options] qui sont susceptibles d’être soulevées. Peut-être qu’il va y avoir une autre offre. Moi, je continue à analyser le dossier. Les actionnaires vont-ils être heureux de l’offre [d’Air Canada] ? »

L’actionnaire de contrôle de Québecor a estimé que la société mère d’Air Transat « avait sa place » dans une économie « normale ». Plusieurs dirigeants de compagnies aériennes estiment qu’il faudra plusieurs années au secteur de l’aviation commerciale pour se relever des secousses provoquées par la pandémie de COVID-19.

Selon l’arrangement révisé dans la foulée des turbulences provoquées par la pandémie de COVID-19, Air Canada propose désormais 5 $ pour chaque action de la société mère d’Air Transat — une baisse de 72 % par rapport à 18 $ auparavant. La valeur de la transaction passerait ainsi de 720 millions à environ 190 millions.

Cette proposition fera l’objet d’un autre vote et devra obtenir l’appui d’au moins les deux tiers des porteurs de titres de Transat A.T. lors d’une assemblée prévue le 8 décembre. Les autorités réglementaires du Canada et de l’Europe devront également donner leur feu vert, ce qui constitue un enjeu important, selon M. Péladeau. « S’ils (les membres du conseil d’administration de Transat) sont là pour défendre l’ensemble des actionnaires, bien, ils savent où me rejoindre, a dit l’homme d’affaires. J’ose espérer qu’ils vont être assez allumés pour faire en sorte […] que ça soit l’ensemble des actionnaires qui soient favorisés et non uniquement Air Canada. »

Le nouvel arrangement permet le dépôt d’offres rivales. Toutefois, l’enthousiasme n’est plus au rendez-vous chez certains des prétendants qui avaient les yeux sur le voyagiste. Mardi, Groupe Mach, qui avait voulu mettre la main sur la compagnie l’an dernier, a indiqué ne pas vouloir sauter dans l’arène, alors que l’homme d’affaires Dominik Pigeon, à la tête de la firme FNC Capital, dont l’intérêt avait aussi été évoqué, dit être passé à autre chose.

En août 2019, avant que les actionnaires de Transat A.T. disent oui à Air Canada, M. Péladeau, qui détient 600 000 actions du voyagiste selon les dernières informations disponibles, avait fait miroiter une proposition si le regroupement échouait à la suite du rejet par les porteurs de titres ou faute des approbations réglementaires requises.

Licenciements à venir

En plus d’une importante révision du prix de la transaction, le nouvel arrangement entre Transat A.T. et Air Canada contient une clause obligeant le voyagiste à rationaliser son effectif avant de passer sous l’aile du plus important transporteur aérien au pays.

Selon un document déposé auprès des autorités réglementaires et uniquement disponible en anglais pour le moment, cette restructuration, qui ira de l’avant advenant l’obtention de toutes les approbations nécessaires, doit refléter l’impact de la pandémie de COVID-19. La crise sanitaire secoue toujours le secteur de l’aviation commerciale, qui mettra plusieurs années à se relever.

En l’absence d’une aide gouvernementale et du maintien des restrictions actuelles à l’endroit des voyages internationaux, Transat A.T. avait déjà signalé, en septembre dernier, qu’il pourrait éventuellement y avoir jusqu’à 2000 licenciements — ce qui pourrait réduire de 40 % la taille de l’effectif.

«Il y aura des licenciements qu’il y ait une transaction ou non, a expliqué son porte-parole, Christophe Hennebelle, jeudi, au cours d’un entretien téléphonique, en faisant référence aux informations déjà rendues publiques. Du moment où nous aurons une certitude que la transaction aura lieu, le plan sera engagé.»

Air Canada n’avait pas commenté, jeudi après-midi, cette clause du nouvel arrangement.

Sans s’avancer sur le nombre d’employés qui seront licenciés, M. Hennebelle a ajouté que le voyagiste espérait qu’il y en ait le «moins possible». Une centaine de salariés ont déjà perdu leur gagne-pain depuis septembre. Une aide financière pourrait atténuer les licenciements, mais le couperet devrait néanmoins tomber étant donné que les signes de reprise ne sont pas au rendez-vous, a ajouté M. Hennebelle, en faisant référence entre autres à la fermeture des frontières internationales.