Téo Taxi reprend du service

Environ 450 chauffeurs s'étaient retrouvés sans emploi, en janvier 2019, quand Téo Taxi avait initialement cessé ses activités.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Environ 450 chauffeurs s'étaient retrouvés sans emploi, en janvier 2019, quand Téo Taxi avait initialement cessé ses activités.

D’abord Montréal et Gatineau, puis d’autres villes de manière graduelle. Un an et demi après le rachat des actifs de sa société mère par l’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau, Téo Taxi a officiellement repris du service jeudi avec le déploiement de voitures électriques conduites par des travailleurs autonomes, un changement significatif par rapport au statut de salarié qu’avaient les chauffeurs de la première mouture.

La flotte des 200 taxis électriques lancée par Alexandre Taillefer en 2015 années s’est immobilisée en janvier 2019, victime d’un modèle qui n’arrivait pas à faire ses frais, de limites d’autonomie des voitures et de l’absence d’une nouvelle injection de capitaux par ses actionnaires. Du coup, environ 450 chauffeurs se sont retrouvés sans emploi.

La version 2.0 de Téo Taxi compte 50 voitures à Montréal et 5 à Gatineau, toutes des Kia Soul dont le rayon d’autonomie compte 200 kilomètres de plus qu’auparavant.

« Je tiens à saluer la vision de son créateur, Alexandre Taillefer. Nous construisons sur ses fondations. Nous sommes aujourd’hui persuadés que le nouveau Téo Taxi est là pour de bon, d’autant plus que le contexte technologique, d’affaires et réglementaire a évolué », a indiqué M. Péladeau jeudi matin lors d’une vidéoconférence.

« C’est lui qui est à l’origine du projet, un projet indéniablement avant-gardiste, qui met en valeur les richesses du Québec », a poursuivi M. Péladeau. Il a également salué le ministre des Transports, François Bonnardel, et l’adoption du projet de loi 17, qui a refondu bon nombre de règles qui encadraient auparavant l’industrie du taxi. « Il y avait un carcan qui freinait la possibilité pour des entreprises d’ici de se développer. »

En entrevue, M. Péladeau a dit qu’« on est dans un nouvel environnement, qui donne à penser qu’on va avoir les moyens nécessaires pour réussir ». Il n’envisage pas actuellement d’aller chercher d’autres actionnaires pour investir dans la compagnie.

Expansion par grappes

La stratégie d’expansion à travers le Québec « est encore à confirmer », a dit le directeur général de Téo Taxi, Frédéric Prégent, « mais l’objectif est de commencer par les centres urbains pour s’assurer qu’il y a du volume et des chauffeurs intéressés ». Le développement se fera « par grappes », a-t-il précisé.

Invité à dire comment Téo assurera le même genre de niveau de service qu’à l’époque, alors que le statut de salarié des chauffeurs était présenté comme un facteur important, M. Prégent a dit qu’« au cours des dernières années, même chez Diamond et Hochelaga, on a mis en place des mesures de contrôle de la qualité ». L’application mobile « permet aussi d’aller chercher le feedback des usagers, un petit peu comme ce qu’on voit dans l’application d’Uber ». Ces travailleurs autonomes sont « au cœur du projet de relance », a dit M. Prégent en disant qu’il s’agit de la « bonne façon pour Téo d’avoir un modèle pérenne dans le temps ».

Le parc de voitures de Taxelco, société mère de Téo qui regroupe aussi Taxi Diamond et Taxi Hochelaga, sera graduellement électrifié d’ici 2030, a précisé M. Péladeau. Téo comptera environ 120 nouvelles voitures par année.

« On encourage et on facilite l’accès à un véhicule électrique par des chauffeurs qui n’ont pas nécessairement les ressources pour le faire. L’objectif, c’est de travailler avec des partenaires pour que les chauffeurs puissent passer à l’électrification », a dit M. Prégent. Celui-ci a dit que la relance repose sur un modèle où Téo est propriétaire du véhicule « et on le loue sur une base de location-acquisition sur les quatre prochaines années ». La direction de Téo est également en discussion avec « différents intervenants » dans le but de se tourner vers le Fonds vert.

La chute de Téo Taxi en 2019 a fait beaucoup de bruit dans la mesure où le projet d’Alexandre Taillefer avait séduit de grands noms de la finance, soit la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Fonds FTQ et Fondaction. Téo avait également reçu de l’argent provenant d’un programme gouvernemental visant à électrifier l’industrie québécoise du taxi.

Dans la foulée de l’arrêt des activités, une partie de la flotte avait été envoyée en Ontario pour une vente aux enchères. D’ailleurs, à l’époque, les Kia Soul ne pouvaient pas être simplement transférées chez les autres compagnies de taxi, car leur empattement n’était pas conforme aux règles de l’industrie traditionnelle.

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