Il faut tirer toutes les leçons de la crise, dit la FTQ

Jean-François Venne Collaboration spéciale
La FTQ  réclame que le gouvernement développe une vraie politique industrielle pour le Québec, qui organiserait, entre autres,  une certaine réindustrialisation de la province.
Philipp Guelland Associated Press La FTQ réclame que le gouvernement développe une vraie politique industrielle pour le Québec, qui organiserait, entre autres, une certaine réindustrialisation de la province.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Les prochains mois seront chauds pour la FTQ, qui jongle à la fois avec les négociations dans le secteur public, les répercussions de la COVID-19 sur les conditions de travail et la refonte de la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

Pandémie oblige, c’est en grande partie en visioconférence que se déroulent actuellement les pourparlers dans le secteur public, qui avancent lentement, aux dires de Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). « Bien sûr, une partie des discussions concerne les salaires, puisqu’il y a un retard à combler de ce côté, mais les conditions de travail en représentent aussi un pan très important », affirme-t-il.

Il rappelle que les conditions ardues que l’on retrouve par exemple dans les réseaux de la santé et de l’éducation y créent un problème d’attraction et de rétention des travailleurs, que la crise de la COVID-19 n’a fait qu’amplifier. La FTQ demande au gouvernement d’engager davantage de personnel et d’améliorer à la fois la rémunération des employés et l’organisation de leur travail. « Les Québécois ont vu les impacts négatifs concrets de la situation actuelle depuis le début de la pandémie, notamment avec les difficultés vécues dans les CHSLD, et ils comprennent mieux nos revendications maintenant », avance M. Boyer.

Plus que du béton

Le président trace d’ailleurs un lien entre ces demandes et le plan de relance du gouvernement du Québec, qui selon lui doit être social tout autant qu’économique. « Nous nous réjouissons de voir le gouvernement accélérer des projets d’infrastructures publiques dont le Québec a grandement besoin, comme des CHSLD et des écoles, mais il faut aussi du social, pas juste du béton », lance le syndicaliste.

En juin, M. Boyer exprimait des inquiétudes quant à certains propos du ministre des Finances du Québec, Eric Girard. Ce dernier affirmait qu’après la pandémie, le Québec devrait « rapidement se mettre sur une trajectoire de déclin de la dette », ce que le président de la FTQ interprète comme l’annonce d’un retour de l’austérité.

En plus de réinvestissements publics, la FTQ réclame que le gouvernement Legault développe une vraie politique industrielle pour le Québec, qui organiserait, entre autres, une certaine réindustrialisation de la province. La pandémie a montré que la dépendance aux fournisseurs étrangers d’équipement stratégique, notamment médical, plaçait le Québec dans une position de vulnérabilité. La crise amène aussi des sociétés québécoises à réfléchir à la résilience de leurs chaînes d’approvisionnement et à envisager un rapatriement d’une partie de leur production.

M. Boyer s’étonne par ailleurs que les organisations syndicales ne soient pas consultées davantage au sujet du développement régional. Il cite en exemple les 17 comités de développement régional, chargés de cibler les entreprises de leur territoire affichant un potentiel de retombées importantes dans leur milieu et de les mettre en lien avec les experts d’Investissement Québec. On n’y retrouve aucun représentant syndical.

« Nous sommes engagés dans le développement régional depuis toujours, nous pouvons certainement contribuer à l’élaboration d’une vision plus large et d’une stratégie à long terme », fait-il remarquer.

Prévenir les accidents

La FTQ entend aussi défendre bec et ongles les droits des travailleurs et travailleuses dans le cadre de la réforme de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, adoptée en 1979. Celle-ci prévoit quatre mécanismes de prévention dans les entreprises et organisations, soit : un programme de prévention, un programme de santé, un comité de santé et sécurité du travail et un représentant à la prévention. Or, ils ne concernent qu’un nombre restreint de secteurs d’activité. La FTQ souhaite qu’ils soient étendus à tous les secteurs.

103 406
C’est le nombre de Québécois qui ont été victimes d’un accident ou d’une maladie liée à leur emploi en 2018.

« Présentement, ces mécanismes ne s’appliquent pas tous dans les secteurs de la construction et de la santé ; or, c’est dans ces domaines qu’on voit le plus d’accidents », rappelle M. Boyer. Il ajoute qu’en plus de protéger les salariés, la prévention diminue les coûts pour les employeurs, de même que le niveau d’absentéisme. Un avantage à considérer en période de rareté de la main-d’œuvre.

La centrale syndicale demande également que le programme Pour une maternité sans danger soit maintenu. Celui-ci prévoit la détection des risques qui menacent les femmes enceintes et l’élimination à la source de ces risques.

En 2018, 226 personnes sont mortes à cause de leur travail et 103 406 travailleurs et travailleuses ont été victimes d’un accident ou de maladies professionnelles. Cela représente une augmentation d’environ 17,5 % depuis 2014.

« Il faut adopter la nouvelle loi le plus rapidement possible », en conclut le chef syndical.