Le FMI parle d’une longue convalescence économique

L’économiste en chef du FMI, Gita Gopinath, devant la presse mardi à Washington
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse L’économiste en chef du FMI, Gita Gopinath, devant la presse mardi à Washington

Le Fonds monétaire international atténue quelque peu sa prévision de récession mondiale en 2020, mais la reprise sera inégale et plus longue qu’anticipée. Son scénario de référence demeure sombre et les probabilités sont fortes que la croissance à venir s’avère pire que prévu.

Dans la mise à jour de ses perspectives publiée mardi, le FMI table désormais sur une récession mondiale de 4,4 % cette année, soit une contraction moins forte que celle de 5,2 % estimée en juin. « Cette révision s’explique par les résultats du PIB enregistrés au deuxième trimestre dans de grands pays avancés, qui n’ont pas été aussi négatifs que nous l’avions prévu, par un retour à la croissance en Chine, plus vigoureux que prévu, et par les signes d’une reprise plus rapide au troisième trimestre », stimulée par les programmes de soutien adoptés dans nombre de pays dits avancés.

En revanche, pour 2021, le FMI revoit en baisse sa cible de croissance, à 5,2 %, contre 5,4 % projetée en juin dernier. « Si l’économie mondiale se redresse, son ascension sera probablement longue, inégale et incertaine », a réitéré Gita Gopinath, économiste en chef du FMI. Avec ces nouvelles projections, le niveau du PIB mondial en 2021 devrait dépasser celui de 2019 d’un maigre 0,6 %. Et si l’on exclut la Chine, « le PIB mondial cumulé entre 2020 et 2021 est négatif », a-t-elle souligné dans une conférence de presse.

Moins pessimiste

Le FMI se montre également moins pessimiste pour les États-Unis. La première économie de la planète devrait voir son PIB chuter de 4,3 % en 2020, contre 8 % estimé précédemment. Cette réécriture reflète le programme d’aide de 2700 milliards $US adoptée par le Congrès cette année. Pour 2021, l’institution de Washington table sur une croissance de 3,1 % aux États-Unis, inférieure de 1,4 point à celle de ses perspectives de juin. Une cible qui serait toutefois corrigée à la hausse si ces tractations entre les républicains et les démocrates au Congrès aboutissaient à un deuxième grand plan d’aide.

Pour le Canada, le FMI chiffre la chute du PIB à 7,1 % cette année, avec un rebond de 5,2 % en 2021. En juin, l’institution prédisait un plongeon de 8,4 % en 2020 et une reprise de 4,9 % l’année suivante. En 2020, seuls les États-Unis (-4,3 %), le Japon (-5,3 %) et l’Allemagne (-6 %) feraient mieux parmi les pays dont l’économie est dite avancée.

Pauvreté et inégalités

Revenant à l’échelle planétaire, « après le rebond de 2021, la croissance mondiale devrait progressivement ralentir à environ 3,5 % à moyen terme. Elle ne rattraperait donc que partiellement la trajectoire de l’activité pour 2020-2025 qui était envisagée avant la pandémie ». En dollars, le FMI estime que la perte cumulée du PIB serait de 11 000 milliards pour 2020-2021, de 28 000 milliards pour la période 2020-2025, selon les données publiées par l’Agence France-Presse.

« Il s’agit d’un lourd revers pour l’amélioration projetée du niveau de vie moyen dans tous les groupes de pays. La pandémie va balayer les progrès engrangés depuis les années 1990 en matière de réduction de la pauvreté dans le monde et creuser les inégalités. » Le FMI ajoute que près de 90 millions de personnes pourraient tomber cette année au-dessous du seuil de privation extrême, qui est de 1,90 $US par jour.

Les projections retenues composent le scénario de référence de l’institution, qui suppose que les mesures de distanciation physique se maintiendront jusqu’en 2021. Le FMI ajoute toutefois que « le risque demeure considérable que les chiffres de la croissance s’avèrent pires que prévu, avec une intensification des vagues d’infections combinée à un ralentissement des progrès sur les traitements et les vaccins ».

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