La récession mondiale sera moins sévère qu’anticipé, dit le FMI

Le bâtiment du FMI à Washington
Photo: Eric Baradat Agence France-Presse Le bâtiment du FMI à Washington

L’économie mondiale reste plus que jamais à la merci de la pandémie. La récession va être moins sévère que prévu en 2020 grâce à un été d’insouciance dans beaucoup de pays avancés, mais la reprise s’essouffle déjà, a prévenu mardi le Fonds monétaire international (FMI).

La COVID-19 a fait plus de 1,07 million de morts dans le monde. En Europe, la France, l’Espagne et l’Angleterre, qui font face à une nouvelle vague d’infections, multiplient les mesures ciblées pour éviter un confinement généralisé dévastateur pour l’économie.

Le Fonds Monétaire International table désormais sur une contraction du Produit intérieur brut (PIB) mondial de 4,4 % cette année, contre une estimation de 5,2 % en juin.

« Vivre avec le nouveau coronavirus est un défi pas comme les autres, mais le monde s’adapte », estime son économiste en chef, Gita Gopinath, dans un blogue accompagnant le dernier rapport de l’institution sur les prévisions mondiales.

Pour le Canada, le FMI prédit sur une contraction de 7,1 % de l'économie cette année, qui devrait être suivie d'une croissance de 5,2 % en 2021. En juin, l'organisme prévoyait pour le pays une contraction de 8,4 % en 2020 et une croissance de 4,9 % en 2021.

La révision pour cette année reflète des données économiques meilleures que prévu enregistrées au deuxième trimestre, principalement dans les pays avancés — en Europe et aux États-Unis — mais aussi en Chine. Et elle s'est poursuivie au troisième trimestre dans la première économie mondiale, celle des États-Unis, malgré une vague d'infections.

Toutes les régions du monde sont concernées par cette amélioration, exception faite des économies émergentes et en développement, dont la prévision a été abaissée à -3,3 %.

Le PIB des États-Unis va plonger de 4,3 % contre 8 % estimé précédemment, celui de la zone euro va chuter de 8,3 % et celui de la France de 9,8 %.

« Cela reste toujours la pire récession depuis la Grande Dépression » des années 1930, a souligné dans un entretien à l'AFP Gita Gopinath, relevant que la crise était loin d'être terminée.

Face à l’immense incertitude, l’institution de Washington a une nouvelle fois révisé à la baisse le rythme de la reprise attendu l’an prochain (+5,2 % ; -0,2 point). Et si l'on exclut la Chine, deuxième économie mondiale, « le PIB mondial cumulé entre 2020 et 2021 est négatif », a-t-elle précisé lors d'une conférence de presse.

28 000 milliards de pertes entre 2020 et 2025

« L’ascension sera probablement longue, inégale et incertaine », a résumé l’économiste, soulignant que depuis les prévisions de juin, « les perspectives se sont considérablement détériorées dans certains pays émergents et en développement où les infections augmentent rapidement ».

Après la contraction historique en 2020 et la reprise en 2021, le niveau du PIB mondial ne devrait être au final que très légèrement supérieur à celui de 2019, détaille le FMI.

À moyen terme, les perspectives sont aussi moroses puisque la distanciation sociale va probablement persister jusqu’à la fin de 2022, empêchant un véritable rebond économique.

Gita Gopinath a souligné que, « pour un grand nombre de pays », le retour aux niveaux prépandémiques interviendra « très progressivement », pas avant 2022 pour certains et même pas avant 2023 pour l'Amérique Latine.

De plus, on ne peut pas exclure un scénario du pire avec une intensification des vagues d’infections combinée à un ralentissement des progrès sur les traitements et les vaccins, obligeant les autorités à des mesures plus draconiennes.

Dans ce contexte, remettre l’économie mondiale sur la trajectoire prévue avant la pandémie est compromis. Le FMI a d’ailleurs fait ses calculs : la perte cumulée de PIB pour la période 2020-2025 est estimée à 28 000 milliards de dollars, dont 11 000 milliards pour 2020-2021.

« C’est un sérieux revers à l’amélioration du niveau de vie » dans tous les pays, a réagi Gita Gopinath.

Écoles fermées, un « sacrifice »

Comme la Banque mondiale, le FMI déplore que cette crise ait anéanti les progrès accomplis depuis les années 1990 dans la réduction de la pauvreté dans le monde et le fait qu’elle augmente les inégalités.

La fermeture des écoles, « un sacrifice » pour des générations entières, pose « un défi supplémentaire », dit-il.

« Ce sont des temps difficiles, mais il y a quelques raisons d’espérer », a toutefois tempéré Gita Gopinath. « Les tests se sont intensifiés, les traitements s’améliorent et les essais de vaccins se déroulent à un rythme sans précédent, certains étant maintenant au stade final des essais ».

Elle note en outre que la solidarité internationale s’est renforcée.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, insiste depuis des semaines sur un élément clé : garantir que toutes les innovations (tests, traitements ou vaccins) soient produites à grande échelle et au profit de tous les pays.

« Cet effort devrait inclure une forte composante multilatérale pour aider à distribuer des doses [de vaccins] à tous les pays à des prix abordables », abonde Gita Gopinath.

En attendant un vaccin, les responsables du Fonds recommandent aux gouvernements de maintenir leur aide aux plus vulnérables et d’augmenter les investissements publics en se focalisant sur les projets « verts », générateurs de plus d’emplois.

Avec l'Associated Press

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