L’industrie aérospatiale veut toucher les jeunes

Avant la pandémie, on estimait qu’il faudrait pourvoir un peu plus de 63 000 postes d’ici 10 ans dans l’industrie aérospatiale au Québec. Une révision de ce chiffre sera publiée en novembre.
Photo: Sergey Dolzhenko La Presse canadienne Avant la pandémie, on estimait qu’il faudrait pourvoir un peu plus de 63 000 postes d’ici 10 ans dans l’industrie aérospatiale au Québec. Une révision de ce chiffre sera publiée en novembre.

Les personnes de 15 à 39 ans semblent mal connaître l’industrie aérospatiale et estiment qu’une carrière au sein de ce secteur est « hors de portée » pour elles, suggère un sondage réalisé pour la grappe Aéro Montréal qui vient souligner toute l’ampleur des difficultés vécues par les entreprises dans leurs efforts visant à assurer une relève dans un contexte de population vieillissante.

Bien que 67 % des jeunes disent avoir une opinion favorable du secteur, 47 % d’entre eux estiment qu’il « n’est pas à « [leur] portée », selon le sondage Léger publié vendredi. De plus, 80 % des répondants affirment n’avoir « jamais » reçu d’information sur les formations et les emplois qui se trouvent dans le secteur aérospatial, où travaillaient quelque 43 400 personnes avant la pandémie.

Selon la p.-d.g. d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît, diverses initiatives ont été mises de l’avant au fil des années, mais il faut poursuivre les efforts.

« Ça fait 15 ans qu’on essaie par tous les moyens de rejoindre les jeunes. Même les conseillers en orientation dans les écoles, souvent ils ne parlent pas beaucoup du secteur aéronautique comme tel. Je le sais parce que j’ai des jeunes qui sont passés par là. Quand on sonde les jeunes, ils ne réalisent pas tout le potentiel du secteur. »

« On est très bien organisés pour les stages en entreprise dans le domaine de l’ingénierie, avec toutes les facultés de génie au Québec et au Canada. On a vu récemment que Bombardier a dépassé son objectif de 1000 stages », a précisé Mme Benoît.

 
43 400
C'est le nombre de personnes qui travaillaient dans le secteur aérospatial, avant la pandémie. Il était alors estimé qu’il faudrait pourvoir un peu plus de 63 000 postes d’ici 10 ans.

« Mais les jeunes qui ne sont pas en génie, c’est difficile de les rejoindre et souvent ils perçoivent le secteur comme inatteignable. Ils pensent que les gens qui vont en aérospatiale, ce sont tous des ingénieurs, des techniciens, que ça prend des maths, des sciences, etc. On veut défaire cette perception-là. »

Ajuster le message

Réalisé en décembre 2019 et en janvier 2020, le sondage réalisé par Léger repose sur les réponses de 1000 Québécois de 15 à 39 ans. La firme a ensuite organisé six groupes de discussion avec des dizaines de jeunes à Montréal, à Québec et à Trois-Rivières. Dans les commentaires récoltés, le rapport mentionne notamment : « Ce sont des génies dans ce secteur, et je ne suis pas un génie », ou encore « Je ne suis pas assez intelligent pour aller dans ce secteur ».

Le rôle des ingénieurs est important, a dit Mme Benoît, « mais avec l’évolution du secteur, par exemple avec l’intelligence artificielle, on aura besoin d’informaticiens, d’analystes d’affaires, des gens avec d’autres compétences » et l’industrie devra trouver les moyens d’« élargir les stages à cettecommunauté-là ».

Dans les constats du rapport, Aéro Montréal remarque aussi qu’il pourrait y avoir un « recadrage » des messages pour mettre plus d’accent sur la « dimension “Aéro” plutôt que “Spatiale” pour éliminer la perception inexacte de l’industrie ». Il est également question de cibler davantage les femmes dans les futures campagnes de sensibilisation et de travailler à accroître la notoriété des programmes de formation professionnelle ou technique.

L’industrie a mis sur pied une campagne de sensibilisation en 2018 intitulée « Ose l’aéro » afin d’attirer davantage de jeunes dans les écoles de formation, une opération qui a entraîné une hausse d’environ 50 % de l’achalandage au cours des Journées portes ouvertes en 2019.

À l’époque, il était, entre autres, question de contrer les mauvaises nouvelles associées souvent à Bombardier, par exemple, qui peinait toujours à prendre le contrôle de ses finances.

« Mais il y a une méconnaissance du secteur, et le sondage le confirme vraiment », dit la directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ), Nathalie Paré.

63 000 postes d’ici 10 ans

Selon l’organisme, aux 43 000 emplois de l’aérospatiale liés à la fabrication s’ajoutent environ 19 000 postes dans l’aviation et 1800 dans le créneau aéroportuaire. Avant la pandémie, on estimait qu’il faudrait pourvoir un peu plus de 63 000 postes d’ici 10 ans. Une révision de ce chiffre sera publiée en novembre.

Le secteur pourrait redoubler d’efforts sur la sensibilisation, dit Mme Paré, notamment avec des capsules vidéo, « pour expliquer les métiers » et définir ce qu’est l’aérospatiale. « Et qu’est-ce que tu peux faire comme parcours dans ta carrière ? Ce n’est pas connu des parents ni des jeunes, à moins d’avoir quelqu’un dans l’entourage qui travaille dans le secteur. » Le CAMAQ a également commencé à travailler avec la communauté des conseillers en orientation. « Mais si je me mets dans leurs souliers, ils sont sollicités de tous les côtés. »

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