Des coopératives nouvelle génération en émergence

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Depuis mars dernier, la coopérative Radish offre une application pour aider les restaurateurs à développer leur offre numérique.
Photo: Radish Depuis mars dernier, la coopérative Radish offre une application pour aider les restaurateurs à développer leur offre numérique.

En cette période de pandémie, des jeunes cherchent à mettre leurs ressources ou leurs expertises en commun pour adapter nos milieux de vie, assurer notre sécurité alimentaire ou nous doter de meilleurs moyens numériques.

Avant même que la COVID-19 nefrappe le milieu de la restauration, l’industrie faisait face à de nombreuses transformations, notamment avec l’arrivée des grandes plateformes internationales de livraison, comme Uber Eats, qui imposent leur modèle d’affaires.

« Or, le service offert aux restaurateurs par ces joueurs n’est souvent pas très bon, déplore Mansib Rahman, directeur général et cofondateur de Coop Radish. Les gens quitravaillent pour ces plateformes n’ontsouvent jamais travaillé dans des restaurants. Mais l’inverse est aussi vrai : les restaurateurs n’ont souvent pas les connaissances technologiques pour proposer leurs repas en ligne. »

Mise sur pied officiellement en mars 2020, Radish offre une application pour mettre en contact clients et restaurateurs, de même que des services complémentaires pour aider cesderniers à mieux développer leur offre numérique.

« La livraison ne consiste pas seulement à préparer les commandes et à les donner aux livreurs, cela requiert des changements dans les façons de faire, comme l’aménagement d’un espace de cueillette des livraisons à même le restaurant », mentionne-t-il à titre d’exemple. La coopérative voit donc déjà le potentiel de mutualiser d’autres besoins, comme l’embauche de développeurs ou d’experts en marketing.

Changer sa vision d’entreprise

Radish fait partie des 20 coopératives en démarrage ayant reçu depuis le 1er janvier 2020 la bourse Jeunes entreprises collectives. Ce programme de soutien au démarrage est une initiative de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, en collaboration avec des partenaires locaux spécialisés dans l’accompagnement d’entreprises, tels que PME Mtl.

« Les entreprises collectives sont souvent sous-estimées, croit Marc Picard, directeur général de la Caisse d’économie solidaire Desjardins. Pourtant, on le voit chaque fois qu’il y a une situation de crise, elles réussissent à mieux tirer leur épingle du jeu puisque tous les acteurs qui gravitent autour offrent une stabilité aux projets. »

Les travailleurs et les partenaires des coopératives apportent en effet une expertise diversifiée et sont engagés dans l’entreprise, ce qui les rend plus investis dans le maintien des activités lorsque cela va mal.

« Ce n’est pas un modèle réservé à certains secteurs d’activité seulement, ajoute M. Picard. Le modèle collectif peut être envisagé pour tous les secteurs que l’on retrouve sous la forme d’une entreprise privée. »

« Nous avons d’ailleurs reçu beaucoup d’appels de propriétaires d’entreprises qui souhaitaient céder leur organisation, observe Jean-François Lalonde, directeur général de PME Mtl Centre-Est. La transformation de celles-ci en entreprises collectives peut s’avérer une belle solution à mettre de l’avant en ce moment et dans les années à venir. »

Ne pas croître sans fin

L’alimentation est l’un des trois secteurs qui se sont le plus tournés vers le modèle coopératif durant la pandémie, avec le numérique et le milieu culturel, très durement touché par la crise actuelle. On assiste également à l’émergence de nouvelles coopératives dans le milieu de l’agriculture urbaine et des distilleries, ainsi que parmi les professionnels, tels que les architectes, les ingénieurs ou les urbanistes.

Le Picbois est une coopérative en aménagement du territoire créée il y a moins d’un an. Ses cinq membres, tous formés en aménagement mais ayant des centres d’intérêt différents — paysage, patrimoine, design urbain, urbanisme transitoire, planification des activités récréotouristiques —, ont décidé de se regrouper pour réfléchir à leurs projets de façon intégrée plutôt qu’en vase clos. Le modèle coopératif s’est alors imposé. L’équipe ne souhaite pas acquérir un marché et croître sans fin, mais plutôt mettre à profit ses expertises pour le bien-être des collectivités.

Ses clients ? Des MRC, des municipalités ou même des individus possédant de grands terrains. Parmi ses plus récents projets, la coopérative compte celui de l’occupation transitoire de la Cité des Hospitalières à Montréal.

« Pour monter le projet, nous avons consulté les usagers, nous nous sommes questionnés sur les besoins du quartier immédiat et sur les opportunités qu’offre ce site », illustre Karl Gauthier, l’un des cinq membres de Picbois.

« Nous constations trop souvent que le territoire était réduit à sa seule valeur, à son potentiel de développement et à ses ressources naturelles, poursuit-il. Il était rarement vu avant tout comme un cadre de vie. Si la coopérative nous est apparue comme la meilleure solution, c’est qu’elle laisse plus de place à la créativité. »

Le modèle coopératif sous les projecteurs

Depuis plus d’un siècle, les coopératives et mutuelles occupent une importante place dans l’économie du Québec. Si certaines, comme les Caisses Desjardins, sont devenues des entreprises de grande envergure, ce sont près de 3300 coopératives et mutuelles de toutes les tailles qui sont actives dans la province. La Semaine de la coopération, qui se déroule cette année du 10 au 17 octobre, cherche à les faire connaître et rayonner.

« En cette période d’incertitude où l’économie et la qualité de vie sont fragilisées, la coopération et la mutualité prennent tout leur sens, écrit le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM) sur son site. L’économie coopérative permet à nos collectivités de se développer, d’assurer le maintien de nos emplois et de nos entreprises et d’offrir des services essentiels à nos régions. »

Les coopératives et mutuelles regroupent 8,8 millions de producteurs, de consommateurs et de travailleurs dans de nombreux secteurs d’activité, allant des services financiers au soins de santé en passant par les assurances, l’industrie agroalimentaire et l’alimentation, l’habitation, l’industrie forestière, les services funéraires ou encore le milieu scolaire. Celles-ci génèrent des retombées tout en contribuant, par leur nature même, au développement économique et social, continue le CQCM.

Webinaires, 5 à 7 virtuels et discussions autour du modèle coopératif figurent au programme d’activités de la Semaine de la coopération.